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Une Vie simple (Ann Hui, 2011)

 
Une vie simple affiche
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Overview
 

Réalisateur:
 
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Scénariste: ,
 
Compositeur:
 
Directeur De La Photographie:
 
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Genre:
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Titre original: 桃姐
 
Synopsis: Au service d’une famille bourgeoise depuis quatre générations, la domestique Ah Tao vit seule avec Roger, le dernier héritier. Producteur de cinéma, il dispose de peu de temps pour elle, qui, toujours aux petits soins, continue de le materner. Le jour où elle tombe malade, les rôles s’inversent...
 
Note
 
 
 
 
 
4/5


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Texte de

 
Critique
 
 

Une Vie simple est un film important. Non seulement il est l’un des 2 films d’Ann Hui (sur une trentaine) à avoir droit à une sortie au cinéma en France, non seulement il s’agit d’un puissant mélodrame qui évite à peu près tous les travers du genre, non seulement il est dopé au beau cinéma, mais il scelle en plus les retrouvailles entre un acteur devenu superstar, Andy Lau, et la réalisatrice qui lui offrit son tout premier rôle au cinéma il y a 30 ans. Autant de raisons de ne surtout pas passer à côté de cette belle sortie.

Il aura fallu attendre 30 ans pour qu’Ann Hui, cinéaste essentielle du cinéma HK, retrouve le chemin des salles françaises. 30 ans d’une carrière bien remplie de films allant du drame engagé au film de genre plus commercial, une carrière à mettre en parallèle des autres auteurs de cette nouvelle vague, Tsui Hark, Stanley Kwan, Kirk Wong ou Patrick Tam, qui ont tous suivi des trajectoires surprenantes. Avec Une Vie simple, Ann Hui a bénéficié de l’exposition d’un grand festival, Venise, et a donc droit à une sortie en salles, en espérant qu’elle permette au public de s’intéresser à cette réalisatrice pas comme les autres. Cela faisait de nombreuses années qu’Andy Lau souhaitait retravailler avec la réalisatrice qui lui mit le pied à l’étrier il y a 30 ans, avec Passeport pour l’enfer (Boat People), et c’est à travers ce mélodrame aussi touchant que traité tout en retenue que se passent leurs retrouvailles. L’histoire, elle provient tout droit de la vie de Roger Lee, producteur et financier du cinéma HK, et de sa domestique Tao Jie. Une histoire simple, faite de moments plus que d’un véritable récit, et qui articule tout le film sous forme de petites vignettes. Des instants, des instantanés de vie, qui finalement en disent bien plus qu’un déroulement narratif classique et donnent du corps aux personnages.

Une vie simple 1 Une Vie simple (Ann Hui, 2011)

Ann Hui, réalisatrice toujours aussi prolifique et engagée, n’a pas son pareil pour filmer des drames auxquels elle insuffle un naturel qui détonne dans le paysage cinématographique hongkongais. Une singularité qui la cantonne à une carrière formidable de par son talent et la multitude de genres abordés, mais qui ne lui aura valu que peu de reconnaissance, si ce n’est celle de ses pairs, et une exposition à l’étranger absolument honteuse. Cette singularité se retrouve dans Une Vie simple et son sujet qui se serait transformé en film imbuvable entre des mains moins expertes. Une vieille dame victime d’un accident cérébral qui se retrouve en maison de retraite, avec toute sa famille à l’étranger et seulement son patron pour lui rendre visite, de quoi tomber rapidement dans un drame facile et plombant. Mais il n’en est rien, car notamment grâce à cette narration très elliptique, elle n’a pas besoin de tisser un récit à la progression dramatique convenue, avec les étapes classiques menant à un climax émotionnel attendu. Ces tranches de vie lui permettent de mettre à contribution sa sensibilité pour s’extirper d’un cadre trop restreint et traiter la chose avec subtilité. Le propos social, si cher à Ann Hui, reste très présent à travers la notion de déracinement et d’abandon, à travers leurs conséquences sur la cellule familiale inexistante, mais elle les garde en toile de fond pour mieux se pencher sur ses personnages et toucher leur destin. Des destins simples traités avec une humilité et une distance toujours appréciables, mais sans pour autant s’imposer des tabous. Il y est question de vieillesse, de maladie, et d’une forme d’abandon. Pas tant l’abandon d’un être, mais celui d’un mode de vie. Car une des plus belles choses de ce film est de voir Ah Tao, qui a passé sa vie à servir les autres, lutter de toutes ses forces pour ne pas s’abandonner à devenir celle qui est servie. A travers son personnage, plein de relief, et sa relation avec Roger, c’est le cycle de la vie qui se dessine.

Une vie simple 2 Une Vie simple (Ann Hui, 2011)

Comme toujours chez Ann Hui, la sobriété est de mise, et l’émotion ne vient jamais de là où elle était attendue. Ainsi, ce n’est pas à travers les séquences répondant à la logique d’un mélodrame sur ce sujet que nait l’émotion, mais bien plus dans des instants fugaces, des regards, des gestes, qui transpirent tellement l’humanité qu’ils en deviennent bouleversants. Cette dame qui rencontre enfin le cadet d’une famille qu’elle aura servi pendant deux générations, découvrant ainsi la troisième, cet argent donné à un homme en sachant très bien qu’il n’en a pas besoin simplement car « il peut encore le faire », ou cette conversation téléphonique avec ces hommes, jadis enfants qui lui en ont fait voir de toutes les couleurs. Dans Une Vie simple, rien n’est appuyé plus que de raison, la musique ne vient pas souligner les paroles et les actes, qui voient leur portée démultipliée. Et même si la mort rode du début à la fin, elle y est traitée comme une vieille amie qu’il conviendra de dompter pour mieux s’y abandonner. On pourrait regretter le manque d’ampleur de la chose, son refus du spectaculaire, ses personnages ne souffrant d’aucun vice, mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Une Vie simple est une collection de souvenirs qui liés forment un double portrait fascinant. Et ce qui ne s’apparentait qu’à une simple relation maître/servante, dans une scène d’introduction assez froide, devient au fil des bobines une magnifique histoire d’amour à la fois drôle et touchante, dans laquelle une femme dit adieu et un homme prend conscience de ses responsabilités. C’est Deannie Yip, devenue très rare sur les écrans depuis bientôt 15 ans, après une carrière florissante dans les années 80 et 90, qui prête sa silhouette vieillissante à Ah Tao, livrant une composition remarquable de justesse dans un rôle difficile car traité sans tabou. Face à elle, Andy Lau, avec qui elle n’avait plus tourné depuis Prince Charming de Wong Jing en 1999, impressionne par la solidité et la sobriété de son jeu. Posé, l’acteur a clairement fait un bon en avant depuis quelques années. Mais toutes les louanges sont à attribuer à Ann Hui, qui en plus de diriger merveilleusement ses acteurs, y compris les innombrables caméos permis par le script (le personnage de Roger est un producteur de cinéma donc on y croise Tsui Hark, Sammo Hung, Anthony Wong, Gordon Lam…), fait preuve d’une sacrée élégance dans sa mise en scène, n’hésitant jamais à fondre sa caméra, et donc le regard du spectateur, dans le décor pour mieux l’immerger au centre des relations et garder le recul nécessaire. Une élégance permise par l’utilisation systématique et délicate de la caméra à l’épaule, accentuant un peu plus le naturel de l’exercice.