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Extrêmement fort et incroyablement près (Stephen Daldry, 2011)

 
Extrêmement fort et incroyablement près de Stephen Daldry (2011)
Extrêmement fort et incroyablement près de Stephen Daldry (2011)
Extrêmement fort et incroyablement près de Stephen Daldry (2011)

 
Overview
 

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Monteur:
 
Genre:
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Titre original: Extremely Loud & Incredibly Close
 
Synopsis: Oskar Schell, 11 ans, est un jeune New-Yorkais à l'imagination débordante. Un an après la mort de son père dans les attentats du World Trade Center, le "jour le plus noir", selon l'adolescent, il découvre une clé dans les affaires du défunt. Déterminé à maintenir un lien avec l'homme qui lui a appris à surmonter ses plus grandes angoisses, il se met en tête de trouver la serrure qui correspond à la mystérieuse clé. Tandis qu'il sillonne la ville pour résoudre l'énigme, il croise toutes sortes d'individus qui, chacun à leur façon, sont des survivants. Chemin faisant, il découvre aussi des liens insoupçonnés avec son père qui lui manque terriblement et avec sa mère qui semble si loin de lui, mais aussi avec le monde déconcertant et périlleux qui l'entoure...
 
Note
 
 
 
 
 
1.5/5


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Texte de

 
Critique
 
 

Que deviennent les grands romans lorsqu’ils sont placés dans les mauvaises mains ? À cette question Extrêmement fort et incroyablement près apporte un début de réponse plutôt intéressant tant le film n’atteint jamais l’impact d’un livre réputé imparable. Il y avait pourtant une vraie dose de confiance envers Stephen Daldry car même si son dernier, The Reader, s’était attiré les foudres d’une certaine critique par sa surcharge émotionnelle et sa maladresse morale, Billy Elliot était formidable et The Hours bouleversant, malgré toujours ce recours à des effets mélodramatiques trop appuyés. Il n’y a pas de doute, c’est bien le même réalisateur qui se trouve à la barre d’Extrêmement fort et incroyablement près et ce n’est clairement pas le bon choix. Son goût pour la lourdeur est absolument incompatible avec un récit déjà porté sur le mélodrame, et encore moins lorsqu’il décide de ne surtout pas se retenir et de se laisser aller à l’outrance. À multiplier les mauvais choix, Extrêmement fort et incroyablement près n’émeut pas. Pire, il devient extrêmement pénible et incroyablement lourdingue.

extremement fort et incroyablement pres 11 Extrêmement fort et incroyablement près (Stephen Daldry, 2011)

Le problème d’Extrêmement fort et incroyablement près est qu’il s’agit d’un film qui sonne faux de la première à la dernière image. Et ce car Stephen Daldry possède cette faculté, comme une malédiction pour un cinéaste, de prendre en otage le spectateur. Il est toujours dans l’exploitation de la tragédie, jusqu’à l’écœurement. Pourtant il a en main un récit qui aurait été formidable s’il avait été traité sur le mode de la fable. Tous les éléments y sont, sauf qu’à toujours appuyer la où ça fait mal, à rouvrir des plaies en pleine cicatrisation, à chercher par tous les moyens à tirer les larmes d’un public qui n’a rien fait pour mériter ça, ça ne fonctionne pas. Il y avait quelque chose de magique dans cette quête ludique, un jeu de piste citadin avec un jeune héros un peu lunaire à la rencontre de personnages étranges et qui se forgerait un tempérament, grandirait à travers son aventure… il est possible de faire cohabiter la fable et le drame, il n’y a qu’à voir comment a fait Guillermo Del Toro sur l’extraordinaire Le Labyrinthe de Pan. Au lieu de ça, Stephen Daldry sort l’artillerie lourde pour souligner le trauma post-11 septembre plutôt que pour aborder la sortie de ce trauma et le processus de deuil. Avec encore moins de finesse qu’Oliver Stone sur le déjà pas très fin World Trade Center, il va répéter inlassablement le même message au spectateur, à savoir que cela fût un drame terrible pour les familles ayant perdu un de leur membre (merci, on n’en avait pas la moindre idée) en argumentant avec sa grammaire de cinéaste lourdaud. Pour que le spectateur se sente proche d’Oskar, sous réserve toutefois qu’il soit sensible au gosse remportant l’Oscar du plus horripilant de l’année, il va multiplier les gros plans, toujours plus près, toujours en macro pour ne capter qu’une infime partie des visages, il va pousser le volume de la musique (composition difficilement supportable d’Alexandre Desplat qu’on a connu bien plus raffiné) bien fort, ainsi que les dialogues. Stephen Daldry cherche à provoquer son audience par les sens et accouche d’un film pachydermique qui croule sous les effets de style gratuits, se vautre dans la répétition jusqu’à ce qu’on en vienne à se demander s’il ne nous prend pas pour des imbéciles incapables de saisir ce qu’il avait à dire la première fois. C’est en fait l’échec d’un réalisateur qui manque tout simplement d’idées et de confiance, qui a cru bon de suivre la voie tracée par Ron Howard et Un Homme d’exception et réussit à rendre son film carrément désagréable. Qui trop embrasse mal étreint et c’est exactement ce qui se passe avec Extrêmement fort et incroyablement près. On en vient à détester ce gosse insupportable, on ne comprend pas que sa mère agisse de façon si illogique, son aventure n’a pas grand intérêt. D’autant plus que Stephen Daldry, ou plutôt son scénariste Eric Roth qui n’est pourtant pas un manche, nous sort l’artifice de trop dans un retournement de situation qui tient plus du grand n’importe quoi programmé qu’un d’un véritable parcours dramatique. Il y a certains sujets qui méritent un minimum de mesure pour fonctionner.

extremement fort et incroyablement pres 2 Extrêmement fort et incroyablement près (Stephen Daldry, 2011)

Tirant en permanence sur des ficelles de mélodrames beaucoup trop voyantes, parfois même bien trop bêtes, Extrêmement fort et incroyablement près est aussi indigeste que son titre. Et tout ça pour pas grand chose quand tout le propos se voit résumé dans une tirade grotesque entre la mère et son fils : « Beaucoup ont perdu quelqu’un. Comme nous ». On remercie vraiment Stephen Daldry de nous éclairer sur le véritable statut d’un drame tel que le 11 septembre, on pensait tous que ces familles vivaient dans le bonheur d’avoir perdu quelqu’un. Plus sérieusement, le gros soucis est que son film ne fait qu’exploiter la tragédie pour en raconter une autre, plutôt que de bâtir dessus un propos d’une autre ampleur. En gros, Extrêmement fort et incroyablement près exploite le 11 septembre au premier degré quand le cinéma américain s’en nourrit pour construire ses nouvelles thématiques. Une sorte de film anachronique et un mélodrame de base qui flirte bien plus avec l’attentat lacrymal qu’avec autre chose. On retiendra ces plans grotesques de silhouettes qui chutent, cette métaphore grossière du 6ème district, cette gestion catastrophique des mécanismes de la tragédie en cours et de son déroulement, cette incompréhension gênante, qui résument finalement très bien un film excessivement maladroit et beaucoup trop facile. Sans même mentionner le fait qu’en plus de l’insupportable Thomas Horn on a droit à une Sandra Bullock dont les interventions chirurgicales ont éliminé le peu d’expression qui lui restait. Insipide comme jamais. Restent Tom Hanks et Max Von Sydow, immenses comme le sont toujours les grands acteurs, mais que font-ils là-dedans ?