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[Critique] Wu Xia (2011)

 
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Bottom Line

S’il n’a pas tout à fait quitté son activité principale de producteur (après l’échec de Missing de Tsui Hark, il a fait un carton avec Bodyguards & Assassins l’an dernier), le hong-kongais originaire de Thaïlande Peter Chan est en train de se bâtir une oeuvre conséquente derrière la caméra. La brillante comédie musicale Perhaps Love, [...]

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Posté le 24 mai 2011 par

 
Critique
 
 

S’il n’a pas tout à fait quitté son activité principale de producteur (après l’échec de Missing de Tsui Hark, il a fait un carton avec Bodyguards & Assassins l’an dernier), le hong-kongais originaire de Thaïlande Peter Chan est en train de se bâtir une oeuvre conséquente derrière la caméra. La brillante comédie musicale Perhaps Love, le wu xia pian guerrier Les Seigneurs de la guerre, et le voilà sélectionné à Cannes, en séance de minuit et hors compétition, mais tout de même! Wu Xia confirme la sensation, Peter Chan est à la fois un réalisateur populaire et talentueux. Sorti un peu de nulle part, à quelques photos près, le film s’impose comme une franche réussite dans la lignée du Detective Dee de Tsui Hark, toutes proportions gardées. Dans une veine clairement moins auteuriste, mais tout aussi populaire, Peter Chan va s’amuser à construire et déconstruire une enquête policière dans des décors des tréfonds de la campagne chinoise. Comme si Les Experts si chers à TF1 se téléscopaient avec le Sherlock Holmes de Guy Ritchie et A History of Violence de Davis Cronenberg. Le résultat, sorte de patchwork complètement improbable et rempli de moments de folie comme seul Hong Kong reste capable d’en produire, est tout simplement éblouissant. Une merveille inattendue de cinéma spectaculaire bénéficiant d’une maîtrise totale à tous les niveaux. Wu Xia n’est pas juste la réunion d’un casting magique, c’est un film magique.

wu xia 1 [Critique] Wu Xia (2011)

Avec un titre pareil, qui renvoie à tout un pan de la culture chinoise dépassant le cadre strict du cinéma, on en attendait beaucoup. En effet, le Wu Xia1 c’est “les aventures d’un chevalier expert en arts martial durant les temps anciens, qui, lié par un code d’honneur, se doit de protéger les pauvres de l’oppression” . Derrière le divertissement évident et très premier degré il y a cette volonté de porter un regard neuf sur les arts martiaux, un regard sou forme d’hommage à un code. Ce n’est pas quelque chose de nouveau, c’est exactement l’entreprise du film de Ronny Yu, Le Maître d’armes, qui illustrait derrière la fresque d’action l’essence même des arts martiaux. Peter Chan choisit cependant une voie plus ludique, celle d’une enquête policière au déroulement très maniéré, dans un premier temps. Dans sa première partie Wu Xia poursuit le canevas narratif de History of Violence, très clairement : un type lambda démolit des bad guys sans le faire exprès en apparence, devient une idole du village avant que son passé trouble et caché ne vienne gâcher la fête. La meilleure idée de tout ça, offrir deux regards opposés sur une séquence de baston. À travers le récit du personnage de Donnie Yen, la correction des bad guys apparaît comme un fight à la Jackie Chan, où aucun mouvement ne semble venir d’autre chose que d’un instinct de survie aux mouvements maladroits. Mais revu, ou imaginé, par l’enquêteur (joué par Takeshi Kaneshiro) le même combat devient l’oeuvre d’un expert. La démonstration est absolument brillante, la manipulation tout à fait jouissive.

Puis peu à peu le récit dépasse le cadre de l’enquête basique, se transformant en une lutte en distance et un combat mental entre les deux personnages qui tient presque plus de l’affrontement type western que polar. C’est que les personnages de Wu Xia, au moins les principaux, bénéficient d’un sérieux remarquable dans l’écriture qui n’en fait pas de simples instruments de l’action. Il y a cette profondeur qui en ferait presque des symboles du yin et du yang, avec donc les notions de bien et de mal absolus mais qui se trouvent parfois souillées par leur évolution. C’est qu’à leur duel et leurs obsessions (vengeance et boulot pour l’un, désir de changer de vie et de faire le bien pour l’autre) se joint ensuite un troisième élément, une figure paternelle de mal incarné. Et cette figure, c’est tout un symbole car elle est incarnée à l’écran par Jimmy Wang Yu, soit l’acteur le plus mythique du film d’arts martiaux chinois qui a été dirigé par tous les plus grands talents passés à la Shaw Brothers, et qu’on n’avait plus vu au cinéma depuis 15 ans. Le voir en père de Donnie Yen crée une fascinante mise en abîme et leur affrontement très oedipien n’en est que plus impressionnant, au-delà de compétences martiales complètement folles. Cette mise en abîme ira très loin avec une citation très explicite d’Un Seul bras les tua tous, un des plus grands wu xia pian de l’histoire, avec Jimmy Wang Yu.

wu xia 2 [Critique] Wu Xia (2011)

D’ailleurs sur ce point, les chorégraphies signées Donnie Yen sont un modèle du genre. Complètement débarrassé, ou presque, des câbles, il signe un travail collé au sol vraiment remarquable, utilisant très intelligemment les éléments de décors (ou les éléments tout court d’ailleurs). Et s’il sont peu nombreux, les combats s’imposent comme de franches réussites malgré un recours aux CGI qui peut agacer. En effet, l’idée même du film vient de l’illustration presque scientifique des techniques martiales. C’est à dire que Peter Chan cherche une explication très rationnelle aux coups portés sur les méridiens et cela se transforme à l’écran en plongées en CGIs pourris dans le corps humain pour illustrer un arrêt cardiaque par exemple. L’idée est excellente, la mise en application un brin maladroite, mais cette volonté d’éliminer complètement la fantaisie du wu xia pian est à saluer. D’autant plus que Donnie Yen comme Takeshi Kaneshiro imposent à la fois leur présence et un véritable dialogue dramatique qui tranchent avec la mise en scène virtuose mais très démonstrative d’un Peter Chan en plein délire.

Avec Wu Xia, Peter Ho-Sun Chan confirme qu’il possède toutes les armes du grand réalisateur populaire. Son film est un modèle de progression narrative et d’écriture de personnages en plus de développer des qualités assez impressionnantes dans les quelques séquences d’action. Avec un rythme qui sait ménager quelques plages de calmes et des chorégraphies qui ramènent les arts martiaux au ras du sol, et une volonté de démystifier les techniques de combat, Wu Xia s’impose à la fois comme un grand divertissement mais également comme une vraie proposition de cinéma d’action moderne aussi intelligent que jouissif.

  1. combinaison des mots “martial” et “chevalerie” []

Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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