[Critique] Wrong (Quentin Dupieux, 2012)
Réalisateur: Quentin Dupieux
Après deux films déjà bien barrés, Quentin Dupieux s’est imposé comme le symbole d’un certain cinéma alternatif auquel il est le seul ou presque à oser se frotter. Un cinéma de l’absurde qui déroute profondément et sur lequel il s’applique à livrer une vision de cinéaste. Wrong est un film qui poursuit la même recherche [...]
Après deux films déjà bien barrés, Quentin Dupieux s’est imposé comme le symbole d’un certain cinéma alternatif auquel il est le seul ou presque à oser se frotter. Un cinéma de l’absurde qui déroute profondément et sur lequel il s’applique à livrer une vision de cinéaste. Wrong est un film qui poursuit la même recherche d’absurde sauf qu’il a un mal fou à se sortir du simple exercice de style. L’amour d’un homme pour son chien a beau être un sujet fort, le film joue avant tout la carte de l’absurde pour l’absurde.
Steak sondait les dérives d’un monde rongé par le culte de l’apparence, Rubber tentait la traversée du miroir de l’objectif de cinéma et Wrong raconte l’histoire d’un type qui adore son chien et qui voit son ami fidèle disparaître, kidnappé par un drôle de gourou. Une (en)quête à laquelle il en faut même pas essayer de donner du sens tant Quentin Dupieux, qui aime se glisser dans la peau d’un génie incompris et facétieux, n’y voit qu’un vaste terrain de jeu pour surréaliste en herbe. Il ne faut plus chercher dans Wrong une quelconque charge sociale ou quoi que ce soit, le film tendant vers une épure totale de son scénario à sa mise en scène, pour le meilleur comme pour le pire. Et si son délire est follement communicatif, si son premier degré et son absence de cynisme sont tout à son honneur, si sa liberté de ton fait plaisir à voir, il faut bien avouer que ce qu’il nous raconte, on n’en a un peu rien à faire. Mais ça il le sait très bien car lui non plus. Ce qu’il cherche à montrer c’est à quel point il est un grand artiste bizarre qui vit dans un monde beaucoup plus bizarre que le notre.
Et cette posture de l’artiste plus libre que la terre entière qui sonne comme un véritable note d’intention, on est plutôt content pour lui sauf que ce n’est pas un sujet très intéressant. Par contre, celui de l’exploration de la connexion invisible entre un homme et son chien l’est beaucoup plus. Et tout commence par une séquence qui n’a pas grand chose à voir avec le sujet. Quentin Dupieux aime le surréalisme et les symboles, il en a truffé tout son film, et sa scène d’ouverture de déroge pas à ce principe. On y voit un pompier s’accroupir avec un journal et faire caca devant ses collègues et un fourgon en flammes en arrière plan. Et on comprend que le “no reason” n’a pas vraiment quitté la tête de Quentin Dupieux. En fil conducteur de Wrong, sorte de road-movie peu mobile, on trouve cette enquête multiple pour retrouver le chien Paul, avec en filigrane cet amour qui déplace des montagnes. Mais ce fil rouge est surtout là pour confronter le personnage principal de Dolph1 à toute une galerie de personnages secondaires totalement absurdes. Un jardinier français, un flic qui s’appelle Duke, un détective privé en colère, une femme amoureuse au premier coup de fil et un expert en langage canin, voilà de quoi est fait le ciment de Wrong. Des ingrédients qui n’ont pas vraiment de raison d’être là, mais une fois encore, on s’en fout un peu. Quentin Dupieux construit une aventure et un univers contaminés par l’absurde, comme si David Lynch et les Monty Python avaient décidé de faire un film ensemble mais ne s’étaient jamais mis d’accord pour lui donner une certaine uniformité. Wrong part dans tous les sens, sans prendre en compte la moindre cohérence. Bien entendu cela colle au concept, mais l’épure voulue tranche avec cette sensation de bordel. Cependant, on se surprend à se prendre à ce jeu loufoque qui touche à une certaine idée du malaise parfois, à travers un traitement agressant le spectateur presque physiquement, mais qui s’avère surtout très drôle tant le n’importe quoi y règne en maître absolu.
Dans Wrong, on peut revivre les évènements du passé d’un chien en analysant ses crottes, les palmiers se changent en sapin sans crier gare, les horloges ne s’arrêtent pas à 59, les femmes y vivent une grossesse ultra rapide et il pleut dans des bureaux où trônent sur les murs des affiches d’Hawaï. L’étrange et l’absurde contaminent complètement le réel mais sans que l’image ne soit transformée. Il en découle une sensation souvent très bizarre, la normalité absurde, traitée de façon complètement neutre (aucun étalonnage, image numérique brute et plans fixes) et distancée. Au milieu de tout ça, une séquence de rêve pendant laquelle la fantaisie prend définitivement le pas sur tout le reste et un final tellement premier degré qu’il en devient émouvant. Wrong est une drôle d’expérience, car personne ne fait ça au cinéma et on comprend un peu pourquoi. Et si ce pur exercice de style légèrement vain, qui ne raconte pas grand chose mais parvient à captiver, n’a pas grand chose à dire, il n’empêche que cette liberté d’action dont jouit Quentin Dupieux et sa folie douce ont quelque chose de fascinant. Voir même d’optimiste, car cela prouve que derrière un type aux idées aussi folles il existe encore des personnes capables de soutenir et financer ce genre d’exercice. Et cette ode à l’absurde et au surréalisme a le mérite d’exister, portée par une troupe d’acteurs géniaux qui semblent sur la même longueur d’onde que ce diable de Quentin Dupieux, avec en tête l’excellent Jack Plotnick. Et si on se demande où tout cela mène, c’est qu’on se pose la mauvaise question, car le parcours du voisin Mike et sa dernière apparition nous y répondent de façon très précise dans une image digne d’une réplique de Buzz l’éclair.
- Ce prénom est-il lié à sa moustache ? [↩]
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![Wrong 2 Wrong 2 [Critique] Wrong (Quentin Dupieux, 2012)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/08/Wrong-2.jpg)













