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[Critique] We Need to Talk About Kevin (2011)

 
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Bottom Line

En deux films tournés à quelques années d’écart, Ratcatcher et Morvern Callar, la photographe Lynne Ramsay s’est imposée parmi les réalisateurs qui comptent au Royaume Uni. Pourtant, plus de nouvelles depuis 2002 et la voilà en compétition à Cannes avec We Need to Talk about Kevin, l’adaptation du roman épistolaire choc éponyme de Lionel Shriver. [...]

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Posté le 12 mai 2011 par

 
Critique
 
 

En deux films tournés à quelques années d’écart, Ratcatcher et Morvern Callar, la photographe Lynne Ramsay s’est imposée parmi les réalisateurs qui comptent au Royaume Uni. Pourtant, plus de nouvelles depuis 2002 et la voilà en compétition à Cannes avec We Need to Talk about Kevin, l’adaptation du roman épistolaire choc éponyme de Lionel Shriver. Le roman est réputé pour sa noirceur et son portrait glaçant de la maternité, ainsi que le portrait d’un enfant monstrueux et sa relation haineuse avec une mère qui ne voulait pas de lui. Un matériau de base des plus alléchants pour un film plus qu’attendu, et qui s’avère au final bien décevant. L’exemple type du film qui devrait conquérir les connaisseurs et amateurs du récit original pour laisser tous les autres, ou presque, sur le bord de la route. Une oeuvre excessivement maniérée, maladroite, dont l’émotion est tellement guidée et matraquée qu’elle s’évapore. La première grosse déception du festival pour un film qui se cherche entre le drame et l’horreur, sans jamais embrasser un des deux honnêtement.

we need to talk about kevin 11 [Critique] We Need to Talk About Kevin (2011)

Occultons le roman pour aborder le film. Et on se retrouve devant une oeuvre à priori très ambitieuse. Lynn Ramsay va s’échiner pendant presque deux heures à déconstruire son récit, à le fragmenter pour mieux rechercher l’essence de ses personnages et de leurs relations. Concrètement, une femme souffre à priori d’un deuil impossible qui l’a complètement sortie de toute vie sociale. En même temps qu’elle va faire un ultime effort pour se ré-insérer, les bribes de son passé proche vont se mettre en place. Rien de bien originale dans le procédé, qui n’est finalement qu’une succession de flashbacks à la linéarité mise à mal. Certes le jeu est amusant, pour savoir ce qui a bien pu se passer dans cette famille étrange, mais malheureusement sans gros effort on grille le “twist” qui sonne comme la conclusion surprise mais attendu d’un drame familial bien noir qui flirte volontiers avec l’épouvante.

En effet, derrière la chronique d’une maternité difficile, pour ne pas dire reniée, impossible, se cache un film d’horreur. Seulement, les films d’horreur avec des enfants il est absolument impossible d’en faire un qui soit un brin original depuis la Malédiction. On se souvient avec horreur d’Esther, soufflé assez puant dans le genre. We Need to Talk about Kevin est meilleur, car il ne mise pas tout sur l’horreur justement. Le drame est important, mais le parcours de l’enfant et son emprise trop ouvertement maléfique sur sa famille compte pour beaucoup. Et il faut avouer que sur ce point le film est véritablement bien écrit. Beaucoup moins ceci dit quand il s’agit de traiter des émotions avec finesse. Ezra Miller incarne un Kevin manquant cruellement de subtilité dans l’effroi et qui se contente de l’image du beau brun ténébreux au regard animal, éliminant toute empathie éventuelle, et possible pourtant, vis-à-vis du monstre au regard d’ange. Pourtant il possède ce charme incroyable des personnages de l’univers d’Araki, bizarrement. Le drame qui aura fait basculer la vie de tout le monde, on le devine assez tôt, et il manque quelque peu de rigueur dans son illustration. Mais, il est fort possible d’y être sensible, à condition d’apprécier les mises en scène pachydermiques.

we need to talk about kevin 21 [Critique] We Need to Talk About Kevin (2011)

Lynn Ramsay aime la belle image et elle voulait vraiment le montrer à tout le monde. On peut très bien qualifier We Need to Talk about Kevin de film ultra poseur, peut-être même plus que certaines réalisateurs stars réputés pour leur goût pour la pose. Les plans sont beaux, c’est indéniable, la réalisatrice sait composer des cadres et capter la lumière mais le tout est d’une artificialité confondante. C’est bien simple, elle agresse le spectateur, par le son et par l’image, de façon toute aussi sournoise que ce qu’avait fait Darren Aronofsky sur Requiem for a Dream, en moins choquant au final, car moins virtuose. Elle ne nous laisse aucune issue et ce sentiment s’avère assez désagréable, éliminant tout prémice d’émotion vraie. Ajoutons à cela un sous-emploi assez honteux de l’excellent John C. Reilly pour nous faire définitivement enrager. Heureusement, Tilda Swinton est absolument magistrale dans ce rôle. Éblouissante de noirceur, elle embrasse le drame qui se voudrait variation d’Elephant sans jamais lui arriver à la cheville.

Poseur, racoleur, lourdingue, We Need to Talk about Kevin est un petit échec et une grosse déception. La prestation remarquable de son actrice principale et la présence fantomatique du jeune adolescent ne parviennent pas à masquer de sérieuses faiblesses. Que ce soit dans la construction du récit, parfois approximatif, ou dans une stylisation bien trop appuyée pour être honnête, le troisième film de Lynn Ramsay s’avère bien trop boursouflé pour convaincre. Et peu importe la puissance du matériau de base qui jamais ne transparaît ici.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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