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[Critique] Warriors of the Rainbow: Seediq Bale (2011)

 
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Bottom Line

Festival du Film Asiatique de Deauville 2011 : Action Asia L’occupation de la Chine par le Japon à la fin des années 30 est un décor historique de cinéma assez fascinant, et largement exploité. C’est pourtant la première fois que quelqu’un s’intéresse véritablement au sort réservé aux tribus de l’île de Taïwan. Pour l’occasion on [...]

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Posté le 11 mars 2012 par

 
Critique
 
 

Festival du Film Asiatique de Deauville 2011 : Action Asia

L’occupation de la Chine par le Japon à la fin des années 30 est un décor historique de cinéma assez fascinant, et largement exploité. C’est pourtant la première fois que quelqu’un s’intéresse véritablement au sort réservé aux tribus de l’île de Taïwan. Pour l’occasion on retrouve John Woo à la production (comme pour Reign of Assassins ou Blood Brothers), un budget de 25 millions de dollars et un grand réalisateur taïwanais à qui il manquait un film de cette ampleur pour enfin se faire un nom après le formidable Cape No. 7. Warriors of the Rainbow: Seediq Bale possédait tout, sur le papier, pour s’imposer tel une grande fresque guerrière. À l’arrivée, le grand film s’évapore face aux aléas de la distribution du cinéma asiatique. En effet, cette fresque composée de deux parties de respectivement 2h25 et 2h15, soit 4h40 au total, est montrée hors de Taïwan dans son format “international” de 2h30. Logiquement, Warriors of the Rainbow: Seediq Bale est un film auquel les deux heures manquantes se font cruellement sentir…

seediq bale 1 [Critique] Warriors of the Rainbow: Seediq Bale (2011)

Dans son introduction, Warriors of the Rainbow: Seediq Bale impressionne. Un combat entre deux tribus dans une rivière, dont on aura un écho lors du grand final. La mise en scène est brutale, les combats frappent fort, et on comprend déjà qu’il va falloir composer avec des effets numériques techniquement dépassés. Ce combat sera la seule période d’exposition, et c’est un énorme problème. En ne prenant pas le temps de définir correctement les tribus et personnages qui les composent, en cédant à l’ellipse gigantesque pour entrer dans le moule des 2h30, le film part handicapé. Il lui manque les bases nécessaires à tout récit un brin ambitieux. Et ce remontage aberrant affectera le film jusqu’à la fin, le transformant parfois en bouillie narrative totalement incompréhensible. Les Seediq capitulent trop vite, s’effacent face à l’envahisseur trop vite, décident de se soulever trop vite, tout va trop vite. Et c’est bien dommage car entre les quelques séquences d’action barbares exécutées à merveilles et boostées par un sens du spectaculaire gore très marqué, les Seediq ayant la particularité de décapiter leurs victimes pour conserver leurs crânes, l’ensemble du film brille par son découpage intelligent et sa mise en scène souvent inspirée. Malgré les coupes sauvages, Warriors of the Rainbow: Seediq Bale développe un sens de l’épique marqué, issu de la rencontre entre la grande histoire méconnue et la volonté de faire du grand cinéma spectaculaire. De cette ambition découle un autre défaut assez ennuyeux, des SFX un peu dégueulasses et dont l’apothéose de mauvais goût arrive dans une succession d’explosions qui rappelle les heures les plus sombres d’un tutoriel After Effects. Ces excès se retrouvent également dans la bande originale qui a tendance à souligner bien lourdement la moindre petite émotion, jusqu’à la faire disparaître. Pourtant, difficile de nier le plaisir ressenti face à ce spectacle d’une générosité à toute épreuve. Les propos les plus intéressants, entre les affrontements, ayant surement été virés au montage, on est bien obligé de passer sous silence le côté pédagogique du film complètement annihilé au profit du grand spectacle. Dommage car on sent le potentiel dans ce mélange entre Braveheart, Apocalypto et Bang Rajan, celui d’un très grand film qui n’est pas.

seediq bale 2 [Critique] Warriors of the Rainbow: Seediq Bale (2011)

Dans ses excès les plus fous, Warriors of the Rainbow: Seediq Bale fait chanter deux générations de guerriers, laisse apparaître des arc-en-ciels mystiques, montre plein cadre des dizaines de femmes et mères se pendre et pendre leurs enfants, joue sur des effets de style über kitsch. Mais le film ne manque pas d’intelligence. Ainsi Wei Te-Sheng s’affirme comme un metteur en scène extrêmement doué, bien que peu conscient des possibilités liées à son budget, mais également comme un conteur assez fascinant. Il est capable de jouer avec l’empathie du spectateur en le faisant s’attacher à cette tribu avant de lui balancer sa pure barbarie à la gueule, de capter le rapport des hommes à la nature et aux traditions ancestrales, de définir l’héroïsme guerrier ou encore de livrer un portrait nuancé d’une armée japonaise assez peu excusable. Et même s’il est parfois maladroit, notamment dans l’évolution du général japonais qui vulgarise l’esprit du bushido pour lui comparer le sacrifice des Seediq, Warriors of the Rainbow: Seediq Bale possède de sérieux atouts. Par exemple sa gestion du fantastique afin d’ancrer le film non pas dans un pur réalisme mais dans un discours presque mystique. On attendra tout de même de voir le montage complet avant de donner un jugement définitif car en l’état il s’agit tout de même d’un demi-film franchement confus, et la version entière a l’air passionnante. Warriors of the Rainbow: Seediq Bale doit également beaucoup à l’interprétation habitée de Lin Ching-Tai, fascinant en chef de guerre vieillissant au caractère complexe et arrogant, porteur de cette philosophie qui prône l’entretien de la culture et des traditions au détriment de la liberté. Dommage que ce montage international le massacre ainsi.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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