[Critique] Very Cold Trip (2010)
Réalisateur: Dome Karukoski
Non ce film n’est pas la suite de Very Bad Trip où le quatuor de choc se serait perdu en chemin pour Vegas en prenant la direction du Canada, les manœuvres du marketing ne nous auront pas. En finnois, car c’est un film finlandais, le “Napapiirin sankarit” du titre original signifie quelque chose du genre1 “les héros [...]
Non ce film n’est pas la suite de Very Bad Trip où le quatuor de choc se serait perdu en chemin pour Vegas en prenant la direction du Canada, les manœuvres du marketing ne nous auront pas. En finnois, car c’est un film finlandais, le “Napapiirin sankarit” du titre original signifie quelque chose du genre1 “les héros du cercle polaire”, on est donc bien loin d’un enterrement de vie de garçon qui tourne à l’orgie avec des poules et un tigre. Un point commun toutefois, il s’agit là aussi d’une comédie sous forme de road trip, fin de la comparaison. Very Cold Trip c’est un principe tout bête qui a largement fait ses preuves dans la comédie américaine : prendre trois potes du genre gros glandeurs, leur filer une mission avec un délai de réalisation relativement court et leur faire rencontrer le plus de gens bizarres possible. Ici c’est Janne qui doit à tout prix acheter un décodeur pour que sa petite amie, Inari, puisse voir Titanic. Sinon elle va quitter ce loser incapable de faire quoi que ce soit, une espèce de larve, cousin nordique éloigné du Dude de The Big Lebowski. Point de départ assez original d’un film qui l’est tout autant, à défaut d’offrir au spectateur ce qu’il est en droit d’attendre d’une bonne comédie. Car bizarrement malgré ses deux prix récoltés au Festival de la comédie de l’Alpe d’huez, Very Cold Trip n’est pas un film très drôle, caractéristique un peu gênante pour une comédie.
Very Cold Trip adopte une autre idée déjà utilisée également dans une comédie US, celle de transposer dans un univers contemporain une variation de l’Odyssée d’Homère, un peu à la manière de ce qu’avaient fait les frères Coen sur O’Brother même si moins évident. Pourtant c’est bien cela avec le voyage de Janne qui veut reconquérir sa fiancée et qui sur son chemin va croiser divers personnages pour autant d’épreuves à surmonter, dont une troupe de sirènes lesbiennes (mais pas que) assez sympathiques il faut le dire. Une rencontre avec des russes patibulaires (mais presque), des accidents, des courses poursuites, des lavages de pare-brise et des parties sur borne d’arcade plus tard, on se retrouve devant une drôle de comédie mais pas très drôle. Chaque gag se voit désamorcé par le ton décontracté du bulbe des trois “héros”, chaque accélération du rythme est irrémédiablement frainée, comme si Dome Karukoski cherchait à tout prix à empêcher le spectateur de rire.
Plus étrange encore, il sombre parfois dans un propos limite dépressif à travers le personnage de Kapu, au bord du suicide. Néanmoins il naît de ce paradoxe un intérêt majeur qui rend Very Cold Trip attachant, à défaut d’être un joyau de comédie. Mais il n’empêche qu’on regrette quelques choix, comme celui de ne pas laisser plus de place au personnage de l’ex-petit ami, personnage hyper trouble au regard de psychopathe, ou encore celui de ne pas pousser les gags plus loin justement, alors qu’il y avait matière à le faire. On sourit tout de même, et c’est déjà pas mal au temps des comédies pas drôles, mais en fin de projection la frustration demeure, et l’impression d’avoir vu un tout petit film de rien du tout, absolument pas mémorable, prédomine.
Il faut dire qu’en plus de ne proposer que peu de moments de bravoure comiques, Very Cold Trip n’hérite pas d’un traitement visuel en sa faveur. Des nuits américaines assez moches, une réalisation parfois pataude, des effets visuels dégueulasses (l’accident est une véritable agression pour la rétine), mais pire, une photographie d’une banalité incroyable quand on sait à quel point la lumière des pays nordiques est généralement sublime au cinéma. Tout ceci est bien moyen, mais heureusement les acteurs sur qui repose l’essentiel du film sont pour la plupart excellents, qu’ils jouent dans l’excès ou dans la grosse retenue. Leurs personnages sont tellement des gros nazes qu’ils en deviennent forcément attachants, et dès lors on se prend à entrer dans leur jeu émotionnel, tout simplement. Pour le reste, on est tout de même assez loin de ce que le cinéma finlandais (Kaurismäki au hasard, on oublie Renny Harlin) est capable de faire de mieux. Une petite comédie amusante mais qui ne restera pas dans les mémoires.
- selon google traduction car on parle assez mal le finnois ici [↩]
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