[Critique] Un Chic type (2010)
Réalisateur: Hans Petter Moland
“Une offensive mondiale contre la précision mesquine et minable qui gouverne le monde”. Voilà comment Hans Petter Moland, réalisateur norvégien méconnu chez nous, Un Chic type étant son premier film distribué en France au cinéma, qualifie son film. Un programme plus qu’alléchant, à l’image de tous ces films venus du froid et dont on a [...]
“Une offensive mondiale contre la précision mesquine et minable qui gouverne le monde”. Voilà comment Hans Petter Moland, réalisateur norvégien méconnu chez nous, Un Chic type étant son premier film distribué en France au cinéma, qualifie son film. Un programme plus qu’alléchant, à l’image de tous ces films venus du froid et dont on a tendance à ne garder en mémoire que les films de genre (ou les films des auteurs les plus réputés tels que Lars Von Trier, Susanne Bier ou Thomas Vinterberg) alors qu’ils sont capables de livrer de délicieuses comédies sans véritables comparaisons ailleurs en Europe. Récemment auréolé de la flèche de cristal au festival des arcs, après son passage remarqué à la Berlinale de 2010, Un Chic type va tenter de se frayer un chemin jusqu’au public français. Et l’air de rien ce film est un évènement majeur car le grand (par la taille mais surtout le talent) Stellan Skarsgård y signe son retour en Europe du Nord après sa longue succession de seconds rôles aux USA (Pirates des caraïbes, Anges et démons…), et ça c’est plutôt une bonne nouvelle en attendant Melancholia de Lars Von Trier. L’acteur porte Un Chic type sur ses larges épaules du début à la fin, apportant tout son talent à ce portrait délicieux d’un pauvre type pas chic du tout mais tenu par de vrais principes de vie face à la connerie ambiante et communicative. À l’arrivée c’est une comédie douce-amère comme on n’en fait que trop peu, qui ne plonge jamais dans l’humour outrancier et facile, et nous emporte par sa retenue justement, et son humour à froid absolument délicieux. Et en plus, Un Chic type est un film qui à l’image a vraiment de la gueule! Que demande le peuple?
La trame générale d’Un Chic type n’a à priori rien de bien original, avec ce type costaud et bourru qui sort de prison après y avoir passé 12 ans. À vrai dire on n’est jamais vraiment surpris par les situations, même les plus improbables, et encore moins par le final très attendu. Pourtant quelque chose nous séduit immédiatement. Tous les personnages sont des caricatures ambulantes, du voyou avec ses chaînes en or à la secrétaire du garage un peu con, mais pourtant ils possèdent chacun un trait de caractère absolument génial. Ainsi le patron du garage est capable de balancer des phrases carrément interminables avec une élocution parfaite et sans prendre sa respiration mais surtout ses phrases sont toutes pleines de sens, le boss un peu mafieux sur les bords est tout à fait conscient d’être une partie de l’histoire ancienne, le fils a beau se plier aux souhaits de sa femme, il reste attiré par ce père qu’il n’a pas connu… bref, au milieu de situations grotesques, de personnages haut en couleurs, se cache un propos tout à fait juste sur le caractère humain. Mais si Un Chic type est si bon, c’est surtout qu’il est incroyablement drôle.
Un humour bien spécial toutefois, un humour à froid et un comique de situation qui peut très bien laisser de marbre. Mais il y a quelque chose d’irrésistible à voir ce grand gaillard sortant de prison incapable de prendre son fils dans ses bras ou de refuser les avances de sa logeuse, dont les “allez viens puisque tu en meurs d’envie” resteront dans les annales des préliminaires les plus glauques et drôles de l’histoire de la comédie sexuelle. Autrement on y croise aussi un nain assistant d’un marchand d’armes haut de gamme, signe d’un film de qualité. Plus sérieusement tout ce qui arrive à Ulrik est tellement pathétique, tellement embarrassant, et il y réagit de façon tellement maladroite mais touchante qu’on ne peut qu’être séduit. Ce colosse, un vrai bad boy et homme de main violent, est en tel décalage avec son environnement qu’il nous emporte sans effort dans son errance bizarre qui n’est pas sans rappeler l’humour présent chez les frères Coen parfois.
Si Hans Petter Moland ne parvient pas toujours à éviter quelques baisses de rythme assez gênantes, il n’empêche qu’il signe avec Un Chic type un modèle de comédie à froid, tout en illustrant la chose avec une certaine classe. S’il met son film en scène de façon assez classique, privilégiant les longs plans plutôt qu’un montage énergique, il a la chance de bénéficier de la présence d’un grand directeur de la photographie, Philip Øgaard, déjà à l’oeuvre sur Kitchen Stories de Bent Hamer ou Nord de Rune Denstad Langlo, qui signe encore une image hyper travaillée profitant de cette si belle lumière qui baigne l’Europe du Nord. Mais bien évidemment, comme on pouvait s’en douter, LE gros point dort d’Un Chic type c’est Stellan Skarsgård. L’acteur suédois démontre à quel point il peut être un monstre de comédie, alors qu’il n’est jamais utilisé de cette façon aux USA, et porte tout le film sur ses épaules, avec son regard de prisonnier qui se sent coupable de tout et n’importe quoi, avec les pires difficultés du monde pour aborder les relations humaines. L’acteur fait son show, éclipsant même tous ses camarades pourtant tous excellents, sans exception. Vraiment, il devrait retourner en Europe plus souvent!
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