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[Critique] Twixt (2011)

 
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Bottom Line

Festival du Film Fantastique de Gérardmer : film d’ouverture. Francis Ford Coppola et le cinéma de genre, voire d’horreur, c’est une vieille histoire qui remonte à son premier long-métrage, Dementia 13. Par la suite, la réalisation de Dracula et la production de Frankenstein ont affirmé l’intérêt de l’artiste indépendant pour ce type de cinéma peu [...]

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Posté le 2012/01/26 par

 
Critique
 
 

Festival du Film Fantastique de Gérardmer : film d’ouverture.

Francis Ford Coppola et le cinéma de genre, voire d’horreur, c’est une vieille histoire qui remonte à son premier long-métrage, Dementia 13. Par la suite, la réalisation de Dracula et la production de Frankenstein ont affirmé l’intérêt de l’artiste indépendant pour ce type de cinéma peu commercial. Après son comeback partiellement raté de L’homme sans âge puis la merveille Tetro, Francis Ford Coppola renoue avec l’horreur dans Twixt, récit improbable pour lui et qui mêle joyeusement thèmes de sorcières et vampires dans un ensemble qui, avouons-le, ne ressemblait à rien dans la phase de promotion très en amont, notamment à cause d’images on ne peut plus cheap, tout juste dignes d’une vulgaire série Z. À l’arrivée, on était malheureusement un peu dans le vrai. Twixt est un ratage dans ses grandes largeurs, mais parcouru de fulgurances qui rappellent que ce n’est pas n’importe quel tâcheron qui se trouve derrière la caméra. Mais globalement le résultat est indigne du nom affiché au générique. Une énorme déception qui pourrait bien laisser des traces dans une carrière qui n’en avait pas besoin.

twixt 1 [Critique] Twixt (2011)

Twixt commence comme n’importe quelle série B fantastique avec une vieille histoire de malédiction contée en voix off par l’inaltérable Tom Waits. Rien n’indique qu’il s’agit là de la dernière œuvre du génie qui a mis en scène la trilogie du Parrain ou Apocalypse Now. Tourné en numérique et sans doute en quatrième vitesse, avec un budget minable et une petite troupe d’acteurs emmenés en vacances dans un coin perdu, Twixt s’avère d’entrée de jeu assez moche. Un rendu qui ressemble parfois à de la vidéo, des couleurs trop flamboyantes, la « patte » Coppola ne se fait sentir que dans les mouvements de caméra et cadrages qui sont clairement l’œuvre d’un bonhomme qui connait son boulot et le fait à la perfection. En vrai metteur en scène, Coppola construit son cinéma mais le bâtit sur un semblant de scénario qui n’a rien à faire dans sa filmographie haut de gamme. Rapidement, Twixt prend une drôle de direction avec cette histoire pas bien originale d’un écrivain à succès en sérieuse panne d’inspiration et qui se réfugie dans l’alcool doublé d’une sous-intrigue sur un deuil impossible. La fuite de l’artiste, Coppola voit surement dans le personnage de Val Kilmer une sorte d’alter-ego pour représenter sa période de passage à vide et dans l’intrusion frontale du fantastique à travers des séquences de rêve une façon d’illustrer les démons qui ont pu l’assaillir à ce moment-là. L’intrusion du fantastique justement cristallise tout ce qui ne va pas sur le plan graphique dans Twixt. Dans une nuit américaine monochrome à tendance fortement bleutée, Francis Ford Coppola développe une identité visuelle désuète en faisant apparaître ses fantômes à coups de taches de couleur rouge au milieu du noir et blanc à la manière des photos qui ornent des milliers de skyblogs. Autant dire qu’on l’a connu plus inspiré et moins adepte du mauvais goût. D’autant plus qu’il pousse le vice jusqu’à utiliser une musique bien pompeuse qui aurait tout à fait sa place dans le pire des direct-to-DVD sorti dans l’anonymat. Au milieu de cette débâcle Coppola tente pourtant de développer quelque chose au niveau du parcours de l’auteur auquel il permet de rencontrer en rêve un certain Edgar Allan Poe afin de l’aider dans sa quête policière et identitaire. Aussi détestable qu’il peut l’être parfois, le film parvient pourtant à fasciner sporadiquement. Cependant, à grands coups d’effets maladroits et choix narratifs plus que douteux il ne parvient jamais à aboutir sur autre chose qu’un exercice de style qui flirte ouvertement avec la série Z. Il est par ailleurs difficile de saisir la motivation profonde de Coppola sur ce film, tant il reste en surface de tous les thèmes qu’il aborde, du déracinement social et amoureux à l’inspiration littéraire, en passant par le poids du passé ou la mort à laquelle il s’attaque de façon tragicomique légèrement maladroite mais frontale. Dans son dernier acte, Twixt embrasse complètement le fantastique pur et dur, le temps d’une résolution un brin grotesque mais qui pourrait tenir la route si elle était traitée de façon plus subtile. En mélangeant le rêve, la réalité et le roman, Coppola tente une ultime figure de style de trop et qui malgré le bain de sang n’apporte rien de bien précieux à l’ensemble. Plus intelligente est par contre son utilisation de Poe et sa vision de la littérature faite d’un drame permanent, d’une blessure ouverte qui permet la création.

twixt 2 [Critique] Twixt (2011)

Entamant sa narration par des plans assez figés, Francis Ford Coppola développe ensuite une grammaire cinématographique plus élaborée, faite de travellings en dutch angle, d’angles et de cadres complexes. Soulignant comme il peut la déformation de la réalité par le rêve ou la psychologie, se livrant parfois à une véritable analyse et abordant frontalement une variation temporelle étrange, il ne peut toutefois s’empêcher de faire preuve d’un mauvais goût flagrant dans ses compositions picturales et l’utilisation de ses couleurs (ou leur absence d’ailleurs). Gentiment brutal et parfois très mélancolique, porté sur le flashback symbolique et les images satanistes, Twixt se pare d’une véritable identité visuelle et thématique mais qui peut décevoir, voire agacer tant le résultat transpire l’absence de limites ou de contrôle. Quelques belles idées surnagent, dont la seconde séquence en 3D (il y en a deux annoncées par un petit logo à l’écran) qui vient s’inscrire intelligemment dans la mise en scène, l’utilisation astucieuse du splitscreen, le discours face caméra ou des conversations Skype. Pour le reste, on se demande bien ce qu’Elle Fanning est venue faire dans cette drôle d’aventure un peu grotesque accompagnée d’un Val Kilmer tellement bouffi qu’il va finir par exploser. On a vu mieux que cette blague pour illustrer la mécanique de l’écriture et l’embrasement du baroque. Mais derrière une forme d’échec, cette liberté de cinéma et cette forme de régression adolescente fascinent.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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