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[Critique] Touristes (Ben Wheatley, 2012)

 
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Bottom Line

Après l’impressionnant et presque insaisissable Kill List, qui partait dans tous les sens pour mieux imposer sa cohésion roublarde et la puissance de sa/ses mythologies, le britannique Ben Wheatley renoue avec Touristes avec la pure comédie qui faisait déjà le sel de toute la première partie de son très bon Down Terrace. Touristes, c’est l’humour [...]

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Posté le 2012/06/02 par

 
Critique
 
 

Après l’impressionnant et presque insaisissable Kill List, qui partait dans tous les sens pour mieux imposer sa cohésion roublarde et la puissance de sa/ses mythologies, le britannique Ben Wheatley renoue avec Touristes avec la pure comédie qui faisait déjà le sel de toute la première partie de son très bon Down Terrace. Touristes, c’est l’humour noir anglais dans tout ce qu’il possède de plus cruel, de plus agressif, de plus méchant et d’amoral. Fini les scénarios qui virent de bord sans prévenir, place à une trame des plus rectilignes et sans grande surprise pour capter l’équipée sauvage en caravane d’un couple d’anglais moyens qui se révèlent être des grands malades plus proches de Mickey et Mallory Knox de Tueurs nés que de Gavin & Stacey. Ben Wheatley fait preuve d’un sens de l’humour qui tranche toujours autant avec la barbarie pure dont il est capable, et si Touristes impressionne nettement moins que Kill List, il n’en reste pas moins une comédie british de très haute volée qui ose briser à peu près tous les tabous.

Murder is green

touristes 1 [Critique] Touristes (Ben Wheatley, 2012)

Construit autour de personnages brillamment écrits mais antipathiques d’un bout à l’autre, entre le rouquin maniaque et la pauvre fille dominée, Touristes emprunte la voie de la comédie assassine à la Ricky Gervais plutôt que de reproduire le schéma des Tueurs de la lune de miel, œuvre fondatrice des couples de tueurs au cinéma. Avec un passif plutôt trouble pour lui et pathétique pour elle (une mère proche de Tatie Danielle qui ne lui pardonnera jamais l’accident d’aiguilles à tricoter qui aura coûté la vie à leur chien Poppy) il bâtit une association de monstres ordinaires qui vont se révéler jouisseurs dans l’acte de tuer au fil des bobines. Non sans humour, les transformant en portes-drapeaux d’une avancée démocratique (ils tuent des “bourgeois”) et écologistes (en tuant des gens ils limitent les émanations de dioxyde de carbone) il tisse la trame linéaire de sa petite aventure dans le countryside, ne reculant devant rien, ou presque. Ainsi, il aborde sans rougir un humour parfois bien dégueulasse, par exemple lors de la scène de baise dans la caravane, mais surtout, il flatte en permanence les plus bas instincts du public en filmant en plein cadre des exécutions sommaires excessivement gores. Assez inattendu sur cet aspect, même si on garde en mémoire le crâne défoncé au marteau de Kill List, Touristes s’avère être un spectacle gore frontal franchement brutal parfois, d’autant plus que lors des meurtres l’humour est complètement laissé de côté afin de ne pas désamorcer l’horreur. Sur ce point c’est brillamment écrit, bien plus intéressant sur le plan de la construction dramatique que le film en lui-même, somme toute très classique dans son déroulement. A vrai dire, on sent bien que les personnages passent avant l’histoire, preuve que les comédiens/scénaristes les portent en eux depuis maintenant bien longtemps. Ils les ont en effet déjà incarnés sur scène et dans le pilote d’une série TV. Car même s’ils sont foncièrement antipathiques, leur côté poil à gratter dans une société encadrée par des règles strictes a du charme. Ils sont un peu les envoyés spéciaux du chaos dans la campagne anglaise, et qui brisent les conventions en s’attaquant au peuple. C’est assez amusant, à défaut de vraiment passionner.

Touristes 3 [Critique] Touristes (Ben Wheatley, 2012)

Car il est vrai qu’on attendait forcément un peu plus de Ben Wheatley, un des plus beaux espoirs du nouveau cinéma anglais, et de son association avec les producteurs Edgar Wright (Shaun of the Dead, Scott Pilgrim…) et Andrew Starke (Mondo Macabro). Touristes ne va pas très loin, et c’est sans doute son principal problème, il ne dépasse pas le cadre de la comédie méchante et percutante. Néanmoins, difficile de bouder son plaisir face au spectacle offert, qui transcende des incohérences scénaristiques grossières pour construire une sorte de ballade sauvage surréaliste, portée par des visions cauchemardesques et un humour noir salvateur, qui vient remuer la fange de la classe moyenne pour mieux lui mettre le nez face au ridicule de sa normalité. Touristes c’est souvent hardcore, c’est un film qui parvient à créer de vrais moments de malaise chez le spectateur, que ce soit à travers l’humour crade ou le gore qui tâche, c’est un vrai morceau de comédie acérée et c’est surtout du beau cinéma qui joue encore dans le décalage. Ainsi, quand Ben Wheatley film son aventure dans un scope absolument magnifique, captant l’immensité de la campagne anglaise comme peu d’autres ont su le faire avant lui, avec une lumière splendide signée Laurie Rose, il y oppose des choix musicaux assez dingues, de Tainted Love à The Power of Love par Frankie Goes to Hollywood, dans une séquence magnifique, en passant par du Pool Vuh ou… Françoise Hardy et Jacques Dutronc. Décalé donc, pas un film majeur, mais une vraie liberté et un ton offensif qui marque définitivement l’univers d’un metteur en scène mordant. Et surtout, c’est tout de même un film à mourir de rire, assez souvent, ce qui est déjà assez rare pour constituer une vraie bonne raison d’y aller.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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