[Critique] Timecrimes (2007)
Réalisateur: Nacho Vigalondo
Petit film précédé d’un excellent bouche à oreilles, Los Cronocrimenes a tout de même souffert d’une grosse concurrence à sa sortie qui lui a interdit l’accès en salles chez nous. En effet la même année sont sortis [REC], L’Orphelinat et Les Proies… soit parmi les plus gros succès venus d’Espagne! Conséquence malheureuse, direction le marché [...]
Petit film précédé d’un excellent bouche à oreilles, Los Cronocrimenes a tout de même souffert d’une grosse concurrence à sa sortie qui lui a interdit l’accès en salles chez nous. En effet la même année sont sortis [REC], L’Orphelinat et Les Proies… soit parmi les plus gros succès venus d’Espagne! Conséquence malheureuse, direction le marché direct-to-video, coup de massue un peu injuste pour un film qui aurait mérité bien mieux! D’ailleurs la plupart des festivals dans lequel il a été montré ne s’y sont pas trompés, il s’agit d’une petite perle tournée avec un budget ridicule (2.6M€) et qui vient d’un coup d’un seul faire taire cette fausse idée selon laquelle il est impossible d’oeuvrer dans le domaine de la Science-Fiction sans un budget colossal!! Bien entendu on n’est pas dans de la S.F. à la Star Trek, non c’est du minimalisme mais ça fonctionne du tonnerre. Et surtout ce n’est pas du cinéma de poseur qui recherche le beau plan pour le beau plan, pas de démonstration d’une virtuosité vaine, c’est l’efficacité qui prime sur tout le reste. Pourtant ça commence avec un travelling magnifique en ouverture mais les gros mouvements s’arrêtent là, jusqu’au plan final lui aussi démonstratif.
Ensuite, difficile d’en parler sans trop en dévoiler de l’intrigue… On l’aura compris avec le titre, il est question de temps et de meurtres, mais plus précisément il est question de voyage dans le temps! Les déplacements spatio-temporels ne sont pas une nouveauté au cinéma mais intelligemment, et avec succès, Vigalondo réussit à ne jamais citer de classique du genre… chose assez rare pour être soulignée! Il construit son film comme une boucle temporelle, une sorte de cercle infernal duquel il est impossible de sortir et qui vient souligner un point très précis: non seulement on ne peut pas améliorer le passé mais le destin est tellement écrit de façon indélébile qu’on ne peut même pas le modifier. Les actes aux conséquences les plus désastreuses auront toujours tendance à se reproduire!
![timecrimes 1 timecrimes 1 [Critique] Timecrimes (2007)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2009/09/timecrimes-1.jpg)
Et cette leçon, Hector l’apprend assez douloureusement. La première partie du film ne passionne pas vraiment car la mise en scène est plate, les acteurs et les dialogues fades… on se croirait dans un slasher lambda jusqu’au premier voyage qui vient tout à coup élever le film. Dès lors on ne cherche pas vraiment qui est ce tueur aux bandelettes roses car on trouve son identité assez vite, mais on va prendre un plaisir malsain à voir le réalisateur manipuler ses personnages avec une cruauté jouissive. On pourra aussi apprécier la précision des voyages temporels jusque dans les moindres détails et saluer une vraie performance de ce côté là, ce qui n’est jamais facile.
Avec cet interprète principal qui a tout du beauf ennuyeux et bedonnant, le stéréotype parfait du monsieur-tout-le-monde qui ne peut s’empêcher de fourrer son nez là où il ne faut pas, on passe un excellent moment et on n’arrive jamais à prendre la narration en défaut! On pourra lui faire tout de même deux petits reproches… à savoir qu’est-ce qui a causé le premier incident? Mais aussi certains actes d’Hector qui semblent injustifiés et enlèvent du coup un peu de crédibilité à l’ensemble. Mais ce ne sont que des détails car le tout est d’une sincérité à toute épreuve dans un jeu de puzzle presque interactif qui accumule les twists pour remettre toutes les pièces en place. D’ailleurs le réalisateur ne joue jamais la carte de l’esbrouffe, chaque scène ou twist étant carrément justifié pour faire avancer le récit! On se prend donc au jeu assez facilement sans jamais s’ennuyer, chose qui n’était pas vraiment gagné car tout le film s’articule autour de seulement quatre personnages, ce qui serait déjà peu même dans un huit-clos!! Sauf que non ça fonctionne avec ce système de boucle et Vigalondo signe peut-être la plus belle déclaration d’amour à un des fondements de la S.F., le paradoxe temporel.
![timecrimes 2 timecrimes 2 [Critique] Timecrimes (2007)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2009/09/timecrimes-2.jpg)
Il signe un film épuré au possible, jusque dans son image granuleuse au possible comme un vieux film d’exploitation (mais sans tomber dans l’outrance à la Grindhouse, contrairement à ce qu’annonce fièrement la jaquette du DVD…), superbement construit et dans lequel il n’oublie pas un humour bien particulier qui était déjà présent dans ses courts métrages, un humour très noir et cruel.
Pour donner vie à ce personnage principal qui ne nous est jamais sympathique malgré tout ce qu’il traverse (après tout il se l’est bien cherché!), excellent choix que d’avoir fait appel à Karra Elejalde, qu’on avait déjà croisé plusieurs fois chez Julio Medem (dans Vacas, la Ardilla Roja ou Tierra), Balaguero (la Secte sans Nom) ou Alex de la Iglesia (Action Mutante). Pas un amateur donc et qui est ici excellent même avec la gueule complètement défoncée! Vigalondo se paye le luxe d’apparaître tout le long du film en second rôle…
En bref on tient là un film de qualité, qui ne frime jamais et trouve toujours l’image juste. Un film qui tourne en rond mais c’est pour le bon déroulement du récit. Enfin un film vraiment étrange, original, dérangeant et drôle, et qui n’est pas ridicule du tout face aux autres mastodontes ibériques produits la même année!














