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[Critique] Thérèse Desqueyroux (Claude Miller, 2012)

 
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Bottom Line

50 ans tout juste après le monument de Georges Franju, le roman de François Mauriac Thérèse Desqueyroux revient au cinéma devant la caméra du regretté Claude Miller. Un film posthume qui souffre de maux divers et variés, d’une incapacité à capter le caractère si passionnant de son héroïne à une mise en image balourde, en [...]

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Posté le 21 novembre 2012 par

 
Critique
 
 

50 ans tout juste après le monument de Georges Franju, le roman de François Mauriac Thérèse Desqueyroux revient au cinéma devant la caméra du regretté Claude Miller. Un film posthume qui souffre de maux divers et variés, d’une incapacité à capter le caractère si passionnant de son héroïne à une mise en image balourde, en passant un traitement tellement aseptisé qu’il en aspire toute l’âme.

C’est toujours un peu triste lorsque le dernier film d’un réalisateur important n’est pas à la hauteur. C’est le cas de Thérèse Desqueyroux, film perpétuant la vieille tradition de banalité, quand il ne s’agit pas simplement de médiocrité, du film de clôture du Festival de Cannes. Le dernier film de Claude Miller n’est donc pas de ces exceptions qui confirment la règle, malheureusement. Le scénario écrit avec Natalie Carter est un exemple de linéarité qu’aucun élément ne vient briser, à l’inverse justement du film de Franju qui bouleversait la rythmique par le flashback. La conséquence est un récit qui se déroule tranquillement, préférant la fluidité à l’extravagance, mais qui peine ainsi à se positionner entre feuilleton de luxe et portrait de femme en décalage avec son époque. Il y a pourtant quelque chose d’incroyable chez ce personnage coincé en plein drame bourgeois immobiliste, un personnage tout en modernité, à l’esprit bouillonnant et qui ne cherche qu’à canaliser son existence à travers une situation de mariage sécurisée. Thérèse Desqueyroux est le récit d’un être qui sombre en cherchant à se sauver, le portrait d’une haute bourgeoisie d’entre deux guerres rongée par le secret et la nécessité de sauver les apparences, le portrait d’une femme qui va payer cher son ambition de faire évoluer les choses. Sauf que Claude Miller a beau développer les meilleures intentions du monde, son film pêche par manque d’ampleur et de passion, soit précisément ce que réclamait un tel personnage.

therese desqueyroux 1 [Critique] Thérèse Desqueyroux (Claude Miller, 2012)

Un propos aseptisé et un sérieux manque d’audace, c’est bien là que se situent les failles majeures de Thérèse Desqueyroux. A ce titre l’écueil le plus ennuyeux se situe du côté de la relation entretenue avec Anne et qui ne développe surtout pas la pourtant passionnante ambivalence sexuelle du personnage. Au lieu de ça se met en place une relation d’amitié dont la passion dévorante n’est ressentie que dans la belle séquence d’ouverture située pendant l’enfance de Thérèse. Quelques beaux moments qui permettent une exposition assez brillante, partiellement ruinée par la suite. La mollesse de la narration trouve un écho dans la désillusion de Thérèse, qui de passionnée et quelque peu subversive se retrouve enfermée dans un monde totalement déshumanisé, au milieu de simples d’esprit aux valeurs nécrosées. La prison bourgeoise et le voile illusoire des apparences, remparts des traditions, sont au centre de cette fresque historique bien trop immobile. Dans ses plus beaux moments, Thérèse Desqueyroux laisse entrapercevoir un univers aux fondations vacillantes, avant de développer ce propos terrible selon lequel le simple d’esprit et puissant en société sortira toujours grand vainqueur. A ce titre l’acte d’empoissonnement, pièce essentielle du portrait, est traité avec une retenue et une distance symptomatiques de la non compréhension de ce personnage, ou de la relative impossibilité d’en capter toutes les nuances. C’est d’autant plus rageant que Claude Miller réussit parfaitement à illustrer des aspects secondaires du récit, de la confrontation destructive entre la passion insolente de l’exotisme et la rigidité bourgeoise faite de conventions inviolables, au drame de “l’enfant” comme tribut dont l’héroïne est dépossédée avant même qu’il n’arrive au monde, en passant par la complexité du sentiment amoureux entre deux époux poussés l’un vers l’autre sans passion préalable. Sur ces éléments, Claude Miller effectue un travail remarquable, malheureusement noyé dans l’académisme ambiant et la durée excessive du film qui provoque bien plus d’ennui que de passion.

Therese desqueyroux 2 [Critique] Thérèse Desqueyroux (Claude Miller, 2012)

Thérèse Desqueyroux a beau receler d’images magnifiques, bénéficiant d’un soin tout particulier apporté à la composition des cadres, ou d’une utilisation souvent judicieuses de plans purement symboliques en utilisant généreusement les miroirs dans le cadre ou un décor délabré comme extension du personnage, il manque une âme à ce film. Une âme qui l’élèverait au dessus du drame bourgeois très sage et propre sur lui. Claude Miller a peut-être oublié qu’il faisait un film pour des spectateurs et que des images plutôt jolies (la photographie de Gérard de Battista est à ce titre très réussie) ne servent pas à grand chose lorsqu’elles sont aménagées avec un soin tout relatif. Le montage et ses transitions sous forme de fondus au noir est par exemple symptomatique d’un récit ronflant, l’utilisation balourde de la voix off amoindrit toujours la puissance évocatrice intrinsèque des images, et des grossières erreurs de casting viennent sérieusement perturber l’ensemble. Car si Audrey Tautou trouve peut-être le plus beau rôle de sa carrière, comme une extension du modernisme de son personnage de Coco Chanel, qu’elle incarne ici avec une passion et une dévotion totale, il n’en va pas tout à fait de même avec un Gilles Lellouche à l’interprétation lourdingue et sans aucune nuance, préférant illustrer bêtement un fils bourgeois beauf plutôt que de traiter cette pièce essentielle du puzzle avec un brin de subtilité. Restent une poignée d’images insolentes d’un film lumineux mais qui se retrouve à l’image de son héroïne, coincé dans un carcan dont il ne peut s’extirper, privé de toute liberté et ronflant alors qu’il est au fond bâti sur un matériau tout bonnement fascinant.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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