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[Critique] There Will Be Blood (2007)

 
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Bottom Line

Déjà responsable d’oeuvres décalées et passionantes, avec derrière lui seulement quatre films dont deux peuvent prétendre au statut de film culte (Boogie Nights et Magnolia, exceptionnels), Paul Thomas Anderson fait partie de ces cinéastes indépendants dont la vision du monde possède quelque chose de savoureux, rare et précieux. Même si au niveau mise en scène ses [...]

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Posté le 2008/05/21 par

 
Critique
 
 

Déjà responsable d’oeuvres décalées et passionantes, avec derrière lui seulement quatre films dont deux peuvent prétendre au statut de film culte (Boogie Nights et Magnolia, exceptionnels), Paul Thomas Anderson fait partie de ces cinéastes indépendants dont la vision du monde possède quelque chose de savoureux, rare et précieux. Même si au niveau mise en scène ses travaux précédents étaient beaucoup trop influencés par le cinéma de Martin Scorsese ou de Robert Altman, ils possédaient ce petit quelque chose presque inexplicable qui fait qu’un film ne s’oublie pas, le talent sans doute, le génie peut-être. Excellent directeur d’acteurs qui avait donné à Tom Cruise, Adam Sandler et Mark Wahlberg un de leurs tous meilleurs rôles, il n’avait plus rien réalisé depuis le sous-estimé mais fascinant Punch-Drunk Love – Ivre d’amour en 2002. Et il était attendu au tournant le bougre.

there will be blood 1 [Critique] There Will Be Blood (2007)

Il revient avec There Will Be Blood, qui n’est ni plus ni moins que son meilleur film à ce jour et sans doute le meilleur film produit sur le sol américain depuis très longtemps, à ranger juste à côté du dernier chef d’oeuvre en date des frères Coen, No Country for Old Men, sorti à quelques mois d’intervalle.

Avant d’être une histoire de pétrole, There Will Be Blood est une histoire d’homme(s), celle de Daniel Plainview, petit prospecteur qui perdra son humanité à mesure qu’il deviendra richissime, mais aussi H.W. Plainview, adopté par la magnat ou encore Eli Sunday, l’antithèse de Plainview guidé seulement par sa foi. On retrouve des thèmes déjà abordés dans les autres films du réalisateur comme la relation père-fils ou le comportement vis-à-vis de la religion (ou de la foi au sens plus large, en un dieu ou en une cause). Le récit est d’une noirceur extrême et le personnage de Plainview, interprété par un Daniel Day-Lewis tout simplement magistral (Paul Thomas Anderson a réussi à le garder sous contrôle tout en le laissant jouer à la limite, le résultat est d’une puissance à couper le souffle), se dévoilera petit à petit au détour de quelques scènes et laissera exploser son côté sombre lors d’un final grandiose et inoubliable.

there will be blood 2 [Critique] There Will Be Blood (2007)

Mais There Will Be Blood n’est pas seulement le film d’un acteur, il serait tellement réducteur de n’y voir qu’une performance hallucinée de Daniel Day-Lewis (et Paul Dano, tout aussi impressionnant), c’est l’oeuvre d’un réalisateur qui met tout en oeuvre pour arriver à la perfection. Mise en scène épurée, construction des cadres au millimètre, beauté folle des images (la lumière de Robert Elswit est incroyable), musique en décalage extrême et percutante (merci Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead) et acteurs au diapason. C’est un film qui montre au spectateur la noirceur présente dans le coeur des hommes et la corruption par l’argent sans être pour autant didactique.

There Will Be Blood est une oeuvre maitrisée de bout en bout qui deviendra un classique au fil du temps, c’est une certitude. Avec une maîtrise aujourd’hui totale qui dépasse allègrement l’inspiration de ses précédents films, P.T. Anderson signe un film qu’on a envie de voir et revoir malgré sa longueur. Noir, pessimiste, s’offrant de nombreux niveaux de lecture et de fabuleuses thématiques à réfléchir, c’est un pur chef d’oeuvre qui prouve que le grand cinéma américain n’a pas dit son dernier mot.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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