[Critique] The Theatre Bizarre (2011)
Réalisateur: Buddy Giovinazzo, David Gregory, Douglas Buck, Jeremy Kasten, Karim Hussain, Richard Stanley, Tom Savini
Étrange Festival 2011 : Compétition Internationale. Depuis quelques temps l’horreur est devenue une affaire de famille. Avec coup sur coup des anthologies horrifiques telles que les Masters of Horror puis Fear Itself, ou leur équivalent espagnol Peliculas para no dormir par exemple, grands et petits noms du cinéma de genre provoquent une saine émulation et [...]
Étrange Festival 2011 : Compétition Internationale.
Depuis quelques temps l’horreur est devenue une affaire de famille. Avec coup sur coup des anthologies horrifiques telles que les Masters of Horror puis Fear Itself, ou leur équivalent espagnol Peliculas para no dormir par exemple, grands et petits noms du cinéma de genre provoquent une saine émulation et un profond désir créatif. Il n’est ainsi pas étonnant de voir fleurir un genre particulier, le film omnibus horrifique, composition de courts métrages avec ou sans fil conducteur. De l’exercice on retiendra l’exemple récent de 3 Extrêmes (Fruit Chan, Takashi Miike et Park Chan-wook, la classe) mais les modèle absolus reste le formidable Creepshow, et ce même s’il n’y avait qu’un seul réalisateur à la barre, George A. Romero, ou bien entendu l’inégalable Quatrième dimension par John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller. The Theatre Bizarre c’est un peu la même chose : une belle affiche d’artistes d’horizons très différents, un projet à l’identité forte, un vrai concept, et forcément, un résultat qui manque d’homogénéité. C’est la limite inhérente à l’exercice qui reste toujours aussi fascinant et inégal, certains segments écrasant les autres, quand d’autres ne semblent pas forcément à leur place. Quoi qu’il en soit, l’idée est bonne, l’exécution possède un véritable charme, c’est bel et bien un projet à fort potentiel capable de séduire les amateurs d’horreur et d’objets de cinéma étranges.
![the theatre bizarre 1 the theatre bizarre 1 [Critique] The Theatre Bizarre (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/09/the-theatre-bizarre-1.jpg)
C’est Jeremy Kasten, réalisateur de The Wizard of Gore, qui est chargé d’ouvrir le bal avec ce qui sera le fil rouge, une relecture symbolique d’Alice au pays des merveilles dans un vieux théâtre grotesque, lieu qui fera le lien entre les différents segments et qui met en scène l’infatigable Udo Kier en marionette vivante et maître de cérémonie. Ces intermèdes bien plus beaux qu’inquiétants, et sous forte influence picturale du Dario Argento de la grande époque, s’avèrent assez faibles comparés à certains segments, comme on pouvait s’y attendre. Les hostilités démarrent avec le trop rare Richard Stanley qui signe une fable visuellement assez pauvre mais réjouissante dans son traitement de la magie noire et d’éléments lovecraftiens. C’est surtout l’occasion de retrouver une figure mythique, celle de Catriona MacColl et d’évoquer gentiment la sorcellerie et les légendes. Un court pas nécessairement très excitant mais qui s’inscrit plutôt bien dans un film à sketchs. Avouons que du grand Richard Stanley, on attendait quelque chose de plus puissant. L’ensemble peine à décoller avec le segment de Buddy Giovinazzo à qui on doit l’excellent No Way Home avec Tim Roth. Avec “I Love You” il ne parvient pas à trouver un rythme et le segment ne s’emballe que dans sa résolution un brin grotesque, malgré la présence d‘André Hennicke, inoubliable serial killer de Antibodies. C’est Tom Savini qui remonte le niveau avec “Wet Dreams”, récit aussi cruel que ludique avec du rêve dans le rêve dans le rêve… On prend un pied salvateur devant cette mascarade superbement exécutée, gore à souhait et totalement amorale. c’est l’occasion de se rappeler qu’il n’est pas qu’un immense technicien d’effets spéciaux, mais également un metteur en scène très doué. On rigole beaucoup moins avec “The Accident” signé Douglas Buck. Le génial auteur de Family Portraits signe une fable sur le rapport à la mort d’un enfant. C’est le premier segment à proposer du vrai cinéma, et paradoxalement celui qui s’inscrit le moins dans la thématique générale. C’est pourtant le plus beau, le plus émouvant aussi. La réponse de Karim Hussain avec “Vision Stains” vaut également le détour et s’impose comme le segment choc de The Theatre Bizarre. Sur un postulat qui flirte avec The Eye et Strange Days, il propose une aventure à la fois fascinante et repoussante, jouant sur des peurs primaires du spectateur et des images provoquant un dégoût évident. À déconseiller aux âmes sensibles ou au public qui ne supporte pas qu’on s’attaque aux yeux dans le cinéma d’horreur. Pour conclure, David Gregory livre avec “Sweets” un délire grotesque jouant sur le dégoût de la nourriture et versant dans le cannibalisme bourgeois. Inoffensif mais plutôt amusant et collant tout à fait au thème.
![the theatre bizarre 2 the theatre bizarre 2 [Critique] The Theatre Bizarre (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/09/the-theatre-bizarre-2.jpg)
Un ensemble un brin bancal donc, sans surprise, mais qui contient quelques très beaux morceaux. Des visions batraciennes de Richard Stanley aux errances pessimistes de Douglas Buck, en passant par l’outrage façon Karim Hussain, The Theatre Bizarre est une œuvre imparfaite mais au charme qui sonne comme une évidence. Une entreprise sincère et qui transpire l’amour du genre, avec de vrais morceaux de cinéma dedans et des excès graphiques réjouissants. On n’en attendait même pas autant, même si au final on aurait aimé que cela soit encore plus soigné. Un beau film de festival à fort potentiel qui renoue avec une tradition qui se perdait. On attend le prochain de pied ferme.
Blu-ray édité par Wild Side Vidéo
Sortie DVD et blu-ray le 3 octobre 2012
Après une petite sortie en salles en mai dernier, et un grand tour des festivals, The Theatre Bizarre débarque dans les bacs sous les meilleurs auspices de l’éditeur qui miaule.
Sans surprise, la copie du film est sublime et permet de reproduire à la perfection l’expérience de la projection sur grand écran, avec une définition exemplaire et un encodage qui rend justice au travail pictural souvent très élaboré, entre séquences très sombres et partitions débordant de couleurs assez folles.
Même constat sur la partie sonore qui s’avère également exemplaire, exception faite d’une VF perfectible, en proposant une immersion idéale dans cette mosaïque d’univers sonores allant de la pure ambiance posée à des moments d’hystérie.
Pour un si “petit” film, l’éditeur sort le grand jeu au niveau des suppléments. Chaque segment, sauf Wet Dreams et les séquences de transition, a droit à un making-of agrémenté pour certains d’une interview (réalisateurs, producteur, actrice…), et on trouve des entretiens supplémentaires concernant le projet global ainsi que des affiches du film. Le gros morceau se situe du côté du commentaire audio aux intervenants multiples. On regrette que Douglas Buck manque à l’appel (il est dans les entretiens) mais on y entend enfin Tom Savini et Jeremy Kasten, absents des autres sections. Le commentaire ne manque ni d’anecdotes ni d’informations techniques, de l’intoxication causée par un crapaud aux influences de Mario Bava et Andrzej Żuławski, entre autres informations et parfois dans des conditions pas géniales pour certaines parties du commentaire visiblement enregistrées au téléphone. Mais ce disque regorge de matériel tout sauf promotionnel, un bel écrin pour ce film pas comme les autres.












