[Critique] The Spirit (2008)
Réalisateur: Frank Miller
Alors celui-là il se traîne une sale réputation de nanar! Réputation pas tout à fait volée car le film souffre d’une infinité de maux dont le pire est qu’il ne correspond en rien à ce qu’on pouvait attendre. L’adaptation des aventures du héros mythique de Will Eisner (le maître de Frank Miller) n’en est pas [...]
Alors celui-là il se traîne une sale réputation de nanar! Réputation pas tout à fait volée car le film souffre d’une infinité de maux dont le pire est qu’il ne correspond en rien à ce qu’on pouvait attendre. L’adaptation des aventures du héros mythique de Will Eisner (le maître de Frank Miller) n’en est pas vraiment une, le film noir dans la veine de Sin City auquel on pouvait s’attendre quand ont été dévoilées les premières images n’en est pas un non plus… The Spirit est un film tout aussi malade que son auteur et réalisateur, qui utilise une matière pour poser sur pellicule ses obsessions dans un immense bordel filmique assez troublant. En fait, pour sa première réalisation en solo, Miller fait exactement la même chose que sur ses BDs, il dynamite une oeuvre pour en arriver là où on ne l’attendait pas du tout…
Et le résultat est un échec passionnant! Mais c’est avant tout un échec… déjà, il y a une erreur de casting monumentale en prenant Gabriel Macht dans le rôle principal. Il n’a aucun charisme, aucune présence, du coup on n’éprouve absolument rien pour ce personnage important et relativement torturé. Sa relation avec Ellen, pourtant fondamentale, s’en voit également affaiblie et sans intérêt… Autre erreur, Central City. Jamais on ne sent la présence de la ville comme cela était le cas dans Sin City, Dark City ou même the Dark Knight, alors qu’elle est sensée être omniprésente! En résulte une simple relation amoureuse, comme si la ville était un peu la conquête ultime du playboy Spirit… très étrange. Bizarrement on ne la voit que par morceaux, et de façon tellement artificielle que ça ne colle jamais avec les tourments intérieurs du Spirit qui en parle sans cesse.
![spirit1 spirit1 [Critique] The Spirit (2008)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2009/12/spirit1.jpg)
Mais je crois que le pire dans tout ça c’est le scénario et la narration… alors que c’était justement là-dessus qu’on pouvait placer les plus gros espoirs. En effet il n’y a qu’à lire les planche de Miller pour bien se rendre compte de son talent de ce côté-là! D’autant plus que ses planches sont justement très inspirées par les cadres du cinéma!! C’est donc incompréhensible quand on voit la narration de The Spirit, un modèle de n’importe quoi qui part dans tous les sens, enfonçant un peu plus un scénario d’une faiblesse sans nom. C’est la preuve vivante qu’une narration éclaté et elliptique nécessite un minimum de talent de la part du réalisateur et du monteur car là c’est vraiment mal foutu, ça manque de rythme, et surtout on s’en fout de ce qui se passe. On a l’impression d’assister à une succession de vignettes avec une vague intrigue qui les relie entre elles et en s’affranchissant de toute convention le résultat est très mauvais tout simplement.
Dès lors on pourrait penser que The Spirit est tout simplement un mauvais film… sauf que paradoxalement ce n’est pas le cas. Comme cela a été dit ci-dessus, c’est un échec oui, mais un échec fascinant. Car on sait depuis longtemps que Miller s’intéresse au cinéma, cela va de ses influences évidentes pour ses travaux sur papier jusqu’à ses scripts (dont celui parait-il extraordinaire pour Robocop 2 mais qui a été complètement massacré). Le fait de le voir s’attaquer tout seul à la réalisation d’un film est donc tout à fait logique et si la réussite n’est pas au rendez-vous c’est tout simplement par manque d’expérience et de maîtrise du langage cinématographique. Car au-delà de cette narration horrible, on retrouve sa patte dans la composition des cadres. Et sur ce point The Spirit est sublime.
Il compose ses plans dans l’esprit de Sin City, créant des images par le contraste entre ombre et lumière, l’omniprésence du noir et du rouge, des couleurs presque métalliques… Qu’est-ce que c’est beau!!! Sur le plan graphique le film est une très grande réussite, peut-être encore plus beau que le film de Rodriguez! Des plans iconiques à mort, de beaux ralentis… on est bien dans ce qui aujourd’hui caractérise un comic book au cinéma.
![spirit2 spirit2 [Critique] The Spirit (2008)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2009/12/spirit2.jpg)
Dans les autres réussites, il y a le reste du casting, et en particulier le cast féminin. Miller se fait plaisir et nous pond des tonnes d’images sensuelles au pouvoir érotique incroyable, aidé bien sur par les formes d’Eva Mendes, Scarlett Johansson, Jaime King et Paz Vega sur lesquelles il s’attarde pour notre plus grand plaisir. Il fait du Spirit une sorte d’accro aux femmes qui va de l’une à l’autre sans le moindre remord, éternel séducteur et surhomme séduisant malgré une interprétation lamentable.
En fait pour apprécier The Spirit, il faut le prendre pour ce qu’il est et oublier ce qu’on en attendait. Il s’agit d’un mélange de genres pas toujours heureux, qui passe du drame grave à l’humour potache sans la moindre logique, qui comporte un nombre hallucinant de scènes surréalistes qui en font plus un cartoon live qu’un film noir à base de super héros… Les combats à coups de WC, les expérience du docteur Octopus (énorme Samuel L. Jackson qui cabotine comme jamais), des gunfights d’où on sort des armes à l’infini de son manteau, un spectacle nazi, des clones stupides, une scène manga… ça part absolument dans tous les sens, comme si Miller s’était dit que ça serait peut-être sa première et dernière réalisation et qu’il se devait d’y mettre tout ce qui lui passait par la tête. Le résultat c’est un film malade, où le ridicule côtoie le sublime, l’ennui le jouissif et la noirceur l’humour de bas étage mais souvent drôle… mais c’est une impression de WTF général qui l’emporte (quand même, Eva Mendes qui photocopie son cul si c’est c’est pas gratuit ça!!)
Il ne reste plus qu’à espérer que cet échec serve de leçon et d’expérience au génial auteur anarchiste et réactionnaire qu’est Frank Miller pour on prochain passage derrière la caméra, en duo une nouvelle fois avec Robert Rodriguez sur Sin City 2.











