[Critique] The Silent House (2010)
Réalisateur: Gustavo Hernández
Quelques semaines avant sa présentation au festival de Cannes, en compétition à la Quinzaine des Réalisateurs, le film avait déjà crée un petit buzz sur la toile. En effet était mis en avant la performance technique d’un film tourné en un seul plan séquence (ce n’est pas une première proprement dit, souvenez-vous de l’Arche Russe [...]
Quelques semaines avant sa présentation au festival de Cannes, en compétition à la Quinzaine des Réalisateurs, le film avait déjà crée un petit buzz sur la toile. En effet était mis en avant la performance technique d’un film tourné en un seul plan séquence (ce n’est pas une première proprement dit, souvenez-vous de l’Arche Russe d’Alexandre Sokourov sorti en 2002, mais c’est une chose rare pour un film “d’horreur”). Soit-disant performance aidée par la mention “inspiré de faits réels” toujours aussi vendeuse chez les crédules, ça suffit pour créer une grosse attente, avec toujours le risque de voir apparaitre un pétard mouillé, ce qui est malheureusement le cas ici. Par contre, si le film est des plus oubliables, sa présence à la prestigieuse Quinzaine qui a vu défiler les plus grands noms du cinéma contemporain rassure sur le regard nouveau que pose l’industrie sur le cinéma de genre, largement représenté cette année. C’est également la confirmation de la vitalité du cinéma sud-américain, malgré la faible production d’un pays comme l’Uruguay (270 oeuvres listées sur l’imdb), et même si l’essai est partiellement raté (ou plutôt vain) il a le mérite d’exister et de faire parler du cinéma d’horreur si souvent dénigré. Après il convient de rappeler au réalisateur, dont c’est le premier essai, qu’un bon concept c’est bien, mais que pour en faire un vrai film il faut le transcender afin de ne pas tomber dans une démonstration technique sans grand intérêt cinématographique. Et comme on pouvait le craindre c’est exactement sur ce point que la Casa Muda se plante, le film ne dépasse jamais son concept de départ et s’avère d’un ennui effrayant.
Ainsi devant ce plan séquence de 78 minutes, on s’ennuie ferme pendant les premières 45, soit plus de la moitié. Au départ on est plutôt impressionné par la mise en scène, même si cela reste de la caméra à l’épaule (ou plutôt de l’appareil photo à la main, on y reviendra), comme d’habitude pour souligner un pseudo-réalisme. Mais cette longue attente à la limite du supportable, pour les mauvaises raisons (on ne ressent pas la moindre tension, on lutte contre le sommeil qui guette), rapproche plus la Casa Muda de l’immonde Paranormal Activity que des dernières références du faux documentaire d’horreur, à savoir [•REC] et le Projet Blair Witch ou leur lointain grand-père Cannibal Holocaust. Alors certes il sera facile de répondre que c’est un tout petit budget et qu’ils font ce qu’ils peuvent sauf qu’il faudrait tout de même avoir quelque chose à raconter, surtout quand l’ambition annoncée du réalisateur est de faire peur au spectateur, de le secouer d’effroi.
Le soucis est qu’une fois passé ce calvaire des trois premiers quarts du film, on entre enfin dans ce qui s’apparente aux choses sérieuses. Ainsi on a droit à notre premier sursaut, un jump scare assez efficace bien qu’un peu facile mais qui présente au moins le mérite de nous sortir de notre torpeur. Ainsi cette seconde partie s’avère bien plus intéressante à première vue. Sauf que là également Gustavo Hernández semble se soucier bien plus de la technique et de son plan séquence que de son scénario. Ainsi entre quelques idées plutôt bien vues et d’autres directement pompées de classiques que le réalisateur semble connaitre sur le bout des doigts, on assiste à une sorte de bouillie narrative sous forme d’errance dans un huis clos mariant thriller, survival et film de fantôme avec une pointe de drame familial comme l’apprécient tant les cinéaste hispanique. Malheureusement la sauce ne prend jamais, d’autant plus qu’à trop vouloir manipuler le spectateur, le scénario tombe dans du grand n’importe quoi et se plante lamentablement lors d’un final qui tient de l’arnaque pure et dure. Et ce à tel point qu’au moment de quitter la salle on a la vilaine impression d’avoir été pris pour un con par un scénariste qui s’est perdu dans son projet.
Sur un plan purement technique par contre, on ne peut que féliciter le réalisateur qui utilise à merveille les possibilités offertes par le fameux Canon 5-D (comme pour Rubber, le film est entièrement shooté avec un appareil photo), et en particulier une liberté de mouvements impossible à obtenir avec une caméra. De plus, le travail sur la photographie est là aussi impressionnant, de part la nature du plan séquence et de la faible lumière (à peu près 2 sources). Le résultat nous offre des teintes glaciales qui virent au bleu, et objectivement c’est très beau. Le réalisateur nous propose quelques idées originales comme des variations de point de vue qui ont sans doute été un casse-tête technique à mettre en place mais le résultat est là et ils peuvent en être fiers. Sur le plan séquence par contre, même si Gustavo Hernández affirme avoir tourné la totalité de son film en one-shot, quelques plans très noirs pourraient bien cacher des coupes. Mais sans l’oeil d’un technicien pour le confirmer, on lui laissera le bénéfice du doute.
Au niveau des acteurs qui sont en très petit comité, on n’a pas vraiment droit à des performances extraordinaires. Même si Florence Colucci assure plutôt pas mal en scream queen il n’y a pas de quoi sauter au plafond. Rempli de belles promesses, la Casa Muda ne peut que décevoir. Certes pour le grand public peu habitué aux frissons sur grand écran, il peut y avoir matière à se faire peur, l’ambiance étant très travaillée et les quelques effets de trouille efficaces même si déjà vus. Mais pour les autres, très franchement c’est la débandade.
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