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[Critique] The Secret (Pascal Laugier, 2012)

 
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Bottom Line

Il est toujours intéressant de suivre la carrière d’un réalisateur français qui tente l’aventure américaine. La plupart s’y sont cassés les dents, d’autres ont tout compris au système et ne reviendront sans doute jamais plus dans l’hexagone. Quoi qu’il en soit, c’est cette fois au tour de Pascal Laugier, réalisateur du choc Martyrs, peut-être un [...]

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Posté le 2012/06/30 par

 
Critique
 
 

Il est toujours intéressant de suivre la carrière d’un réalisateur français qui tente l’aventure américaine. La plupart s’y sont cassés les dents, d’autres ont tout compris au système et ne reviendront sans doute jamais plus dans l’hexagone. Quoi qu’il en soit, c’est cette fois au tour de Pascal Laugier, réalisateur du choc Martyrs, peut-être un des types les plus doués issu du “cinéma de genre” français, de s’essayer à l’exercice périlleux de l’expérience chez l’oncle Sam, même si le film est co-produit par la compagnie française SND. Maître du scénario qu’il a écrit, avec une star déjà un peu has been en tête d’affiche et un casting de seconds rôles assez formidables, Pascal Laugier réussit sa traversée de l’atlantique avec tous les honneurs et signe un thriller horrifique retors et souvent brillant. On retiendra quelques déchets ça et là, des maladresses parfois franchement gênantes mais qui s’expliquent sans doute par le fait que le public américain aime être guidé et ne pas sortir d’un film en se posant trop de questions, mais globalement The Secret est une franche réussite qui joue à un jeu pervers avec le spectateur. Et l’exercice est assez délicieux dans son genre.

The Secret 1 [Critique] The Secret (Pascal Laugier, 2012)

Le truc de Pascal Laugier scénariste, c’est de briser les lignes, de surprendre le spectateur au moment où il s’y attend le moins, avec cette incapacité jubilatoire à deviner vers où le film s’engage. Est-ce l’histoire d’un boogeyman ? Est-ce une enquête policière sur des enfants disparus ? Le portrait d’une communauté dégénérée à la Twin Peaks ? The Secret c’est un peu tout cela à la fois et même plus, avec une charge assez virulente et amorale contre une certaine stratification sociale. Pascal Laugier est bien décidé à secouer le concept de l’american dream et utilise encore des voies détournées pour établir son discours qui pourrait paraître un peu réactionnaire, voire carrément bête, mais s’avère finalement assez courageux dans ce qu’il ose mettre en lumière et dans la façon dont il le fait. Difficile d’en dire plus sur ce discours sans dévoiler tout un pan de l’intrigue mais The Secret emprunte un chemin assez étonnant dans son dernier tiers, éclairant tout ce qui précédait sous un nouveau jour. Construit comme une sorte de thriller-labyrinthe en 3 actes s’ouvrant sur ce qu’on comprend être un flashforward, le film développe assez rapidement à travers la voix off du personnage de Jenny (formidable Jodelle Ferland qui confirme tout le bien qu’on pouvait penser d’elle avec Tideland et Silent Hill) une réflexion sur la vengeance et le pouvoir des légendes, deux thèmes qui se retrouveront bien sur développés par l’image plus tard dans le film. On retrouve des motifs récurrents chez Laugier, de son goût pour la provocation à travers une violence frontale dont la victime est une personnage féminin, pour la torture, pour les miroirs, pour les scènes d’home invasion (celle-ci est extrêmement brutale et ne suit plus la sitcom qui tourne au carnage de Martyrs) mais également un goût prononcé pour le fantastique qui ne s’assume pas totalement à travers des communautés maléfiques dont les actes se voient généralement remis en perspective. En jonglant entre les perceptions de ses personnages et les discours, le réalisateur livre un film au scénario extrêmement solide, qui ose le twist à mi-parcours, et ne souffre finalement que de son tout dernier acte sous forme d’explication de texte complètement inutile, et qui à vouloir pousser encore un peu plus loin sa morale douteuse finit par faire disparaitre la sensation de malaise. C’est d’autant plus dommage que ce final soit si poussif car il introduit une notion de choix qui apporte également un nouveau regard sur les actes pratiqués dans cette communauté. Mais quoiqu’il en soit, et même si la conclusion est essentielle pour un film, étant la dernière liaison avec le spectateur, tout ce qui précède est tellement brillant qu’il serait dommage de s’arrêter là-dessus.

The Secret 2 [Critique] The Secret (Pascal Laugier, 2012)

Car pour tout le reste, Pascal Laugier accomplit miracle sur miracle, produisant à nouveau ce que le cinéma de genre peut livrer de plus beau en terme de mise en scène et de montage. The Secret est non seulement une petite prouesse d’écriture à la fois ludique et sadique, qui n’oublie jamais le spectateur, mais également un morceau de vrai cinéma très haut de gamme. Et la beauté de l’ensemble c’est qu’il ne reste jamais dans un seul registre. De ses plans aériens qui convoquent l’ouverture de Shining au lyrisme de certaines séquences faisant suite au fameux retournement de situation central, en passant par une longue séquence douloureuse d’enlèvement puis de poursuite accrochée à une camionnette et d’affrontement avec un chien, ou encore par la mise en place astucieuse de la suspicion au sein d’un groupe d’individus jusqu’au lynchage, ainsi qu’une partie formidable dans un orphelinat abandonné rappelant quelques pépites ibériques, Pascal Laugier développe une grammaire cinématographique complexe. Éclairé à merveille par Kamal Derkaoui – une petite surprise à la vue de sa filmographie – et monté par le très doué Sébastien Prangère, The Secret peut se targuer, au-delà même de son discours radical sur les classes sociales et de sa vision tout aussi brutale de la maternité et du sacrifice, de proposer du grand et beau cinéma de genre qui, s’il peut être maladroit ou poussif, reste souvent impressionnant. Jessica Biel se montre tout à fait à l’aise dans un rôle schizophrène1 et se trouve bien appuyé par des choix de seconds rôles pertinents, avec en tête Jodelle Ferland et le génial Stephen McHattie. Labyrinthique mais limpide, tragique et lucide, frontal et un brin dérangeant, The Secret n’atteint clairement pas les sommets de Martyrs mais prouve à nouveau qu’avec le support nécessaire les artistes français sont capables de sortir victorieux de l’aventure américaine. The Secret est un thriller virtuose et qui ose choquer le public par sa morale trouble. Une belle surprise, avec un boogeyman en forme de symbole intelligemment utilisé.

  1. ne pas lire “de schizophrène” ceci n’est pas un spoiler []

Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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