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[Critique] The Moth Diaries (2011)

 
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Bottom Line

Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2012 : compétition. Avec son American Psycho féministe réalisé il y a maintenant 12 ans, Mary Harron passait complètement à côté du roman coup de poing de Bret Easton Ellis mais accouchait d’un film pas inintéressant par son traitement. Depuis, c’est un peu la traversée du désert avec principalement [...]

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Posté le 3 février 2012 par

 
Critique
 
 

Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2012 : compétition.

Avec son American Psycho féministe réalisé il y a maintenant 12 ans, Mary Harron passait complètement à côté du roman coup de poing de Bret Easton Ellis mais accouchait d’un film pas inintéressant par son traitement. Depuis, c’est un peu la traversée du désert avec principalement la réalisation de quelques épisodes de séries TV, de L World à Fear Itself en passant par Six Feet Under. Et pourtant la revoilà aux commandes de The Moth Diaries, adaptation du premier roman éponyme de Rachel Klein et qui a fait le bonheur des amatrices de bit lit outre atlantique avant de faire le malheur des quelques festivaliers qui ont la malchance de croiser ce machin à Toronto, Venise, Sitges ou Gérardmer (oui car en plus il fait le tour des festivals sans qu’on comprenne trop pourquoi). The Moth Diaries est une catastrophe qui ferait presque revoir à la hausse le jugement porté sur la déjà bien médiocre saga Twilight.

the moth diaries 1 [Critique] The Moth Diaries (2011)

Avec son décor prometteur – un pensionnat pour filles – et sa note d’intention quasi immédiate qui cite les bases classiques de tout bon récit vampirique ou romantique, à savoir du sexe, du sang et de la mort, The Moth Diaries part pourtant sur des bases saines. Ou tout du moins solides. Cependant, les choses se gâtent au bout de cinq minutes avec une caractérisation des personnages grotesque et surtout une narration qui suit exactement ce qu’il ne faut pas faire au cinéma. Non seulement l’action à l’écran est rapidement ridicule, mais en plus Mary Harron fait tout raconter à son personnage principal qui lit son journal intime en voix off. Donc on entend ce qui va se passer puis on le voit. La conséquence est inévitable : on se fout complètement de ce qu’on voit. Puis vient ce moment où le spectateur imagine qu’il est devant une comédie, une parodie du genre un brin cynique car poussant la moquerie assez loin. Sauf que pas du tout, The Moth Diaries est un film très sérieux qui cherche à imprimer une ambiance oppressante (ratée) en se donnant une caution infaillible en citant ouvertement Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu, soit le récit qui inspira Bram Stoker pour Dracula. La référence n’est pas fortuite et va jusqu’à intégrer des séquence du classique dans le récit. D’une bêtise incroyable, The Moth Diaries multiplie les séquences grotesques et passe complètement à côté de tout ce qui est entrepris, avec une maîtrise de l’échec filmique et narratif qui laisse coi. Le romantisme de pacotille n’est finalement qu’un détail tant les personnages sont bêtes et mal écrits, à tel point que même un(e) fanatique de Twilight pourrait presque voir le subterfuge. Une poignée de minutes accompagnées de plans d’une insistance gênante efface d’entrée de jeu la révélation qui arrivera concrètement dans le dernier acte, multipliant cliché sur cliché sans le moindre respect pour le mythe. Alors certes tout cela reste plus fidèle au mythe du vampire que les étrons cinématographiques tirés des bouquins de Stephenie Meyer, avec l’illustration de la métaphore sur le passage de la fille à la femme, mais c’est d’une maladresse telle qu’on en vient à se demander si ce film a bien été réalisé par une femme. C’est incroyablement bête et vulgaire, des apparitions de Lily Cole (au moins quatre plans où elle lance son regard de méchante par dessus son épaule au cas où le spectateur n’aurait pas bien compris qu’elle représentait un danger) à cette embarrassante séquence des règles avec la tâche de sang sur le lit et la chemise de nuit. Il faut le voir pour le croire mais on atteint des sommets de mauvais goût. Pour le reste les sentiments adolescents sont vulgarisés au possible, les jeunes filles y sont soit débiles, soit faibles, soit excessivement jalouses. Le seul homme du film, interprété par l’inénarrable Scott Speeman, est un prof qui veut se taper son élève. On navigue en pleine caricature tout juste indigne d’un téléfilm de troisième zone, qui jongle avec les images du vampire et du fantôme sans le moindre respect et pire, sans rien y comprendre. À l’arrivée, c’est une catastrophe, une nullité qui se vautre dans tout le propos.

the moth diaries 2 [Critique] The Moth Diaries (2011)

La volonté de faire un film adressé aux adolescentes pour leur parler intimement aboutit sur un échec. Grotesque, le film l’est jusque dans son discours simpliste et méprisable sur le suicide, traité par dessus la jambe et prouvant que Mary Harron n’a pas la moindre idée de quoi elle parle. Les personnages font tellement la girouette qu’ils se font le symbole d’un film sans direction précise, et ce jusque dans ce final incroyable. Là encore, difficile à réaliser mais The Moth Diaries contient le “climax” le plus minable vu depuis bien longtemps. Une telle absence d’enjeux, un tel désintérêt de la progression dramatique, c’est tout de même rare. Le mauvais goût de The Moth Diaries est partout. Ce film n’a globalement rien d’un film de cinéma tant il est grossier, avec sa photographie hideuse et sa musique poussive, ses flashbacks qui réinvente le concept de laideur de l’image et ses séquences de rêves surréalistes tellement mal fichues qu’elles en deviennent hilarantes (en tête, la douche de sang dans la bibliothèque, un grand moment). Mal monté, mal filmé, en majorité mal joué à part Sarah Bolger qui ne s’en sort pas si mal, The Moth Diaries prouve une bonne fois pour toutes que Mary Harron n’est rien. Elle qui réussit cet exploit incroyable de rendre Lily Cole moche et de lui faire perdre toute personnalité, et qui rate même ses scènes de poésie fantastique, l’envol des deux filles étant d’un ridicule inimaginable. Moche et bête.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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