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The Master (Paul Thomas Anderson, 2012)

 
The Master - Affiche
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Synopsis: Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui…
Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd – « le Maître », charismatique meneur d’un mouvement nommé la Cause, il tombe rapidement sous sa coupe...
 
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Texte de

 
Critique
 
 

Depuis Double Mise il y a 16 ans, Paul Thomas Anderson n’a cessé de faire évoluer son cinéma vers les cimes, tout en abandonnant peu à peu ses modèles écrasants. Véritable auteur mégalomane et metteur en scène surdoué, le californien a façonné une oeuvre toujours plus imposante et qui atteint de nouveaux sommets avec The Master. Toujours plus ample, et en même temps toujours plus épuré, son cinéma perd en accessibilité ce qu’il gagne en puissance et en rigueur. En résulte un film qui assomme littéralement celui qui accepte de le recevoir et provoque la sensation paradoxale d’un objet à la fois repoussant, car désagréable, et hypnotique. C’est grand, c’est distant, c’est froid comme la mort et beau comme les plus grands chefs d’œuvres hollywoodiens, c’est du PTA tout craché.

There Will Be Blood marquait déjà une rupture dans l’œuvre de PTA. Moins pop, plus éthéré, plus rigide également que ses films précédents, il amorçait un virage radical en maintenant une certaine forme de lyrisme pour sursignifier sa grandeur évidente. The Will Be Blood mène logiquement à The Master, film totalement débarrassé de ce lyrisme et qui ne ménage jamais le spectateur, film très désagréable en première lecture car posant une forme de barrière entre le public et l’écran, mais film dont la toute puissance transpire de chaque point du cadre majestueux composé en 70mm. The Master impressionne car il semble intouchable, car Paul Thomas Anderson est très conscient de son statut de génie et qu’il en joue en permanence. Pourtant, et paradoxalement, The Master est peut-être un des films les plus généreux de ces dernières années tant le réalisateur développe tout ce qu’il peut pour produire du très grand cinéma. On se trouve ici face au travail le plus abouti d’un maître qui ne laisse plus rien au hasard et affirme totalement sa signature d’auteur et de metteur en scène. The Master pue la maîtrise à un tel point que cela ressemble à de l’insolence, mais le pouvoir de fascination de Paul Thomas Anderson, l’élaboration d’un projet de fond abordant les rapports de force entre un maître, un élève, leur entourage et le basculement opéré, ajoutés à cette rigueur formelle franchement impressionnante, tout cela aboutit sur quelque chose d’immense.

The Master 1 The Master (Paul Thomas Anderson, 2012)

Les premiers plans de The Master sont époustouflants, comme pour asséner de façon définitive au spectateur que ce spectacle ne sera pas comme les autres. Puissance de la géométrie dans la composition des cadres, fourmillement de détails du format 70mm, patine incroyable des teintes, Paul Thomas Anderson nous écrase littéralement, comme s’il était en pleine représentation ou démonstration de force. Il n’y a pas de place pour l’hésitation dans le cinéma de PTA, tout y est précis, presque froid, sans âme diront certains. Le fait est qu’il s’agit là d’un cinéma de maître. Un maître qui sait précisément où il veut aller et ce qu’il doit mettre en œuvre pour y parvenir. Et le résultat désarçonne toujours plus car au plus l’œuvre du réalisateur grandit, au plus elle se vide de toute émotion simple. Concrètement cela se traduit par un film à l’apparence austère et presque mécanique, sans le bouillonnement de ces films qui jouent sur la corde d’une émotion évidente. Pourtant, passée la première impression plutôt désagréable – celle d’assister au travail d’un artiste qui fait un film pour lui – se dessine quelque chose de colossal. Derrière le portrait d’une Amérique à la sortie de la seconde guerre mondiale, dont le fantôme est incarné par un Joaquin Phoenix littéralement habité par son rôle et la portée symbolique de son personnage, s’affirmant toujours un peu plus comme le seul digne héritier de Marlon Brando, The Master est une nouvelle histoire d’amour. Chez Paul Thomas Anderson, Punch Drunk Love relativement mis à part, les histoires d’amour ne sont jamais évidentes, et elles incluent généralement une grande part de domination/manipulation. Comme ce fut le cas dans Boogie Nights et There Will Be Blood, c’est à nouveau un mélange entre (b)romance, relation maître/élève et relation père/fils. Troublant, le film ne l’est jamais autant que lorsqu’il laisse s’exprimer dans le même cadre ses deux personnages, captant toutes les nuances de leurs opposition et de leur étrange relation en pleine évolution. Le maître fascine l’élève, l’élève fascine le maître, on en vient à se demander qui est le véritable « Master » de cette fresque.

The Master 2 The Master (Paul Thomas Anderson, 2012)

Le sujet de fond, celui de la création d’un culte se rapprochant franchement de la scientologie, est essentiellement présent pour caractériser les relations tortueuses entre tous les personnages. Chacun rayonne à sa façon et cherche à appuyer, consciemment ou non, son influence sur le monde qui l’entoure. Qu’il s’agisse de théories plus ou moins fumeuses, côté Lancaster Dodd, ou d’une tendance destructrice au mépris de l’être humain, côté Freddie Quell, on assiste à d’étonnants rapports de force entre des êtres égocentriques et profondément torturés. La manipulation dont il est question à propos du culte et de la mise en place d’une philosophie, d’un mode de pensée, elle se retrouve logiquement dans la mise en scène. Paul Thomas Anderson engage un rapport de force avec le spectateur, un combat dans lequel il garde toutes les armes de son côté. Entre la grandiloquence du 70mm, format rare réservé aux très grands films généralement, et qui assomme littéralement, et le jeu subtil sur les cadrages en contre-plongée pour faire de ses personnages des entités immédiatement supérieures, ce rapport de force tourne rapidement à l’avantage du réalisateur. Le spectateur se retrouve ainsi dans la position du disciple et sera soit écrasé soit fasciné, balancé au milieu d’une relation multiple, entre des faibles et des puissants, des leaders et des suiveurs, un véritable microcosme aux réactions exacerbées. D’un univers 50′s The Master n’en tire pas un portrait vieillot mais au contraire une réflexion très moderne sur les luttes de pouvoir et le désir de domination sur l’autre. Un portrait fascinant et trouble, souvent hypnotique de par sa précision, et qui puise dans sa relative sobriété et sa linéarité des instants de cinéma presque fondamentaux. The Master ressemble à un classique intemporel et inépuisable, à la fois très imposant, épuisant, et finalement limpide car il ne parle que de l’humain dans toute sa faiblesse. Pour en arriver à un tel résultat, Paul Thomas Anderson peut à nouveau compter sur la partition étrange de Jonny Greenwood et l’étonnante photographie de Mihai Malaimare Jr. (directeur de la photo de Francis Ford Coppola de L’homme sans âge à Twixt) qui transcende le 70mm. Et bien entendu, que serait un film comme The Master sans cet affrontement titanesque entre deux des acteurs les plus fascinants de ces dernières années. Car si Joaquin Phoenix y est sublime et animal, Philip Seymour Hoffman se porte à sa hauteur et irradie l’écran. Une de leurs dernières scènes en commun, en écho évident à la conclusion de There Will Be Blood, vient d’ailleurs sceller cette rencontre fiévreuse entre deux acteurs américains parmi les meilleurs du moment, une lutte morale et physique qui déteint dangereusement sur l’esprit du spectateur, le poussant lui également dans ses derniers retranchements. Paul Thomas Anderson est décidément doué pour sonder les tréfonds de l’âme humaine, et il le fait de façon si élégante, si magistrale…