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The Land of Hope (Sion Sono, 2012)

 
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Overview
 

Réalisateur:
 
Acteurs: , , , , , , ,
 
Scénariste:
 
Directeur De La Photographie:
 
Monteur:
 
Genre:
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Titre original: 希望の国
 
Synopsis: Un tremblement de terre frappe le Japon, entraînant l'explosion d'une centrale nucléaire. Dans un village proche de la catastrophe, les autorités tracent un périmètre de sécurité avec une bande jaune qui coupe en deux la localité. Une sorte de ligne de démarcation absurde, entre danger bien réel et sécurité toute théorique. Au sein de la famille Ono, les parents, âgés, choisissent de rester. Leur fils et son épouse acceptent d'être évacués pour fuir la radioactivité…
 
Note
 
 
 
 
 


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Texte de

 
Critique
 
 

A la manière d’un Takashi Miike qui s’est essayé non sans succès à un cinéma plus « classique » que d’accoutumée, en marge de ses délires habituels, Sion Sono délaisse le temps de The Land of Hope ses excès en tous genres pour aborder la grande figure classique du drame japonais. En toile de fond, un drame ancré dans l’histoire contemporaine du Japon avec un incident nucléaire, et au premier plan un drame choral sur deux générations et leur gestion de la catastrophe. En résulte un film passionnant, étonnamment très sobre de la part d’un réalisateur punk, et aboutissant sur une charge émotionnelle savamment dosée.

Dans Himizu, incroyable requiem pour un Japon blessé dans sa chair construit autour du cinéma du chaos, Sion Sono abordait déjà la catastrophe de mars 2011. Avec un recul supplémentaire, il poursuit son exploration d’une des catastrophes majeures de notre temps sur l’archipel nippon mais aborde cette fois l’exercice à travers le drame pur. Extension évidente d’Himizu, The Land of Hope et son titre plein d’ironie, là où justement le film précédent laissait une porte entrouverte sur l’espoir, est un film à la fois très engagé sur le plan politique et social, mais également un triple récit à la fois très japonais et universel autour d’un évènement tragique qui vient bouleverser l’ordre des choses. Entre torrents d’émotion, humour grotesque et visions cauchemardesques, Sion Sono développe une grammaire cinématographique clairement héritée des grands maîtres classiques pour mieux la dynamiter par intermittences, aboutissant sur une œuvre à la fois simple et riche pour le portrait d’un Japon en pleine apocalypse nucléaire. Le traitement a beau se vouloir naturaliste, il n’en reste pas moins purement cinématographique et propulsé par une rage en sourdine qui explose l’écran le temps de quelques séquences hallucinées. Sion Sono a l’air de s’être calmé, mais a-t-il jamais été plus en colère ?

The Land of Hope 1

The Land of Hope s’articule autour de trois récits, traités avec un certain déséquilibre pour mieux aborder un large panel des répercussions que peut entraîner ce genre de catastrophe mais également pour appuyer plus fort sur un thème bien précis : l’héritage. Le récit le plus mis en avant concerne un vieux couple qui ne compte surtout pas quitter la terre de leurs ancêtres, le vieil homme débordant d’amour pour prendre soin de sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer. Vient ensuite celui de leur fils unique et de sa femme enceinte puis celui d’un jeune couple qui ne sont autres que leurs voisins déplacés suite à l’irradiation. De ces trois arcs narratifs, Sono Sion compose une mosaïque de portraits aux traitements subtilement variés. Très largement en retrait en terme de temps à l’écran, le couple le plus jeune représente à la fois le déracinement à travers le personnage de la fille et l’attachement soudain aux origines à travers celui du garçon. La catastrophe entraîne un vide d’un côté car elle ne sait pas ce que sont devenus ses parents et un nouveau lien pour lui qui bénéficie enfin de l’amour et du respect paternel. Sion Sono reste très sobre pour traiter ce duo, donnant lieu à quelques scènes déchirantes, et opte pour un sorte de road-movie, une aventure en terre désolée à la recherche de la famille et donc de l’héritage. La conclusion de cette partie est d’autant plus bouleversante qu’elle repense l’idée de structure familiale pour sortir du drame. Concernant la première famille, divisée avec d’un côté les parents et de l’autre les enfants, c’est également plusieurs motifs complémentaires qui se dessinent. Au niveau des enfants, il s’agit d’un récit qui aborde un thème classique du film catastrophe, à savoir la paranoïa liée à la contagion, un concept d’autant plus forcé par l’idée d’une femme enceinte cherchant non seulement à se protéger mais surtout à protéger l’enfant qu’elle porte dans son ventre. C’est sans aucun doute l’arc le plus tragique car jouant sur une palette d’émotion extrêmement large, passant de l’humour pathétique (les moqueries des congénères naïfs) à une forme de poésie contemplative tragicomique. Dans ses derniers instants, cette partie embrasse littéralement la plus cruelle des tragédie, effaçant toute trace d’espoir. Belle ironie encore une fois.

The Land of Hope 2

Mais c’est bien le récit tournant autour des parents qui intéresse le plus Sion Sono. A travers ce portrait touchant d’un couple qui a déjà vécu sa vie, il pose un regard à la fois tendre et tragique sur des idées bien précises de propriété et d’héritage au sein de la culture japonaise. Ces parents, assurés que leur fils a bénéficié de leur sagesse et va pouvoir construire son propre foyer, sont prêts à abandonner tout espoir de vieillir encore un peu ensemble, préférant s’opposer paisiblement aux autorités pour ne pas quitter leur foyer et y mourir irradiés ou autrement. La tragédie que tisse The Land of Hope autour de ces personnages, trouvant son apogée dans un final bouleversant, est un modèle du genre. Certes, Sion Sono s’efface devant son sujet, se réservant simplement quelques ruptures de ton cauchemardesques dans des séquences surréalistes et névrosées, mais sa mise en scène n’en demeure pas moins très intelligente. Il faut le voir pervertir l’imagerie du drama japonais contemporain (image peu travaillée, cadres fixes et couleurs fades) pour en perturber les codes à l’arrivée de la catastrophe, varier subtilement la géométrie de ses cadres pour symboliser le drame (à ce titre le découpage de la séquence de l’étable est formidable) et faire émerger l’apocalypse d’un cinéma très classique en apparence. Le réalisateur parvient également à capter la menace des éléments, et l’air en particulier, impalpable, simplement par la qualité de sa mise en scène et de son montage. Parcouru de séquences incroyables, de ce mouvement symphonique mettant en scène ce vieux couple dansant sur la neige, à la scène surréaliste utilisant la symbolique des pieux (un motif revenant régulièrement y compris dans la bande son, apportant de l’agressivité bizarre à la mélodie dramatique) en passant par ce discours en contre-plongée d’un vieil homme sur l’héritage de sa famille lié aux arbres ou la terrible séquence de l’abattage et ses conséuqneces, The Land of Hope développe un discours complexe sur la gestion d’une catastrophe et ses conséquences sur un peuple. Le grotesque de l’évacuation et ces barrières prenant les habitants pour des idiots, le ton pince-sans-rire de la manipulation par les médias et leur humour déplacé ou la folie liée à la paranoïa, autant de thèmes qui construisent une œuvre sensible, loin de la rage habituelle de Sion Sono qui préfère cette fois faire passer son discours en douceur. Il n’a pourtant rien perdu de sa verve, car son film, derrière ses apparats de drama classique et très maîtrisé, n’en reste pas moins une charge extrêmement virulente contre le système et une fable d’une tristesse infini sur un monde qui s’écroule, dont les accents dans le final ne sont pas si éloignés de ceux de Melancholia.