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[Critique] The Dictator (2012)

 
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Bottom Line

Dès ses débuts au cinéma, avec le trop méconnu Masked and Anonymous, Larry Charles s’est montré comme un grand amateur de dystopies. Sa rencontre avec Sacha Baron Cohen, trublion adepte des déguisements et personnages durables qui fera du Da Ali G Show un des shows TV américains les plus drôles des années 2000, ne pouvait [...]

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Posté le 15 juin 2012 par

 
Critique
 
 

Dès ses débuts au cinéma, avec le trop méconnu Masked and Anonymous, Larry Charles s’est montré comme un grand amateur de dystopies. Sa rencontre avec Sacha Baron Cohen, trublion adepte des déguisements et personnages durables qui fera du Da Ali G Show un des shows TV américains les plus drôles des années 2000, ne pouvait que donner lieu à une relation longue durée. C’est à chaque fois dans ses personnages récurrents qu’il pioche pour le cinéma, car le bonhomme est également scénariste, et après l’excellentissime Borat, leçons culturelles sur l’Amérique au profit de la glorieuse nation Kazakhstan et le déjà plus limité mais franchement corrosif Brüno, place au général Aladeen dans The Dictator. La spécialité de Sacha Baron Cohen, c’est le happening, une campagne de promotion savamment étudiée dans laquelle il interprète son personnage le temps d’évènements importants, dont le festival de Cannes cette année, et qui s’avèrent au final bien plus drôles que le film. Car malheureusement, après avoir fait monter la sauce peut-être plus que de raison, et aussi corrosives soient certaines de ses scènes, The Dictator est une vraie déception, au moins à la hauteur des attentes qu’il avait suscité.

The Dictator 1 [Critique] The Dictator (2012)

Pour cette troisième collaboration, la recette de base reste inchangée. Ainsi c’est encore une fois un personnage venu d’un univers décalé qui se retrouve parachuté aux États-Unis. La seule différence, de taille et au-delà du personnage lui-même, vient de la façon de mettre tout cela en forme ainsi que du budget. Sur ce point l’ascension continue, de 18 millions de dollars pour Borat et 42 pour Brüno, on passe à 65, ce qui permet à The Dictator de ressembler cette fois à un véritable film de fiction plus qu’à un faux documentaire. Sauf que cette évolution, principalement graphique, n’est pas vraiment ce qui pouvait arriver de mieux au duo d’acteur/réalisateur qui semble quelque peu bridé par l’enjeu : un budget en hausse équivaut à une attente revue à la hausse en termes de résultats financiers. Et si l’idée est toujours de faire dans l’humour politiquement incorrect, dans le trash, dans cette volonté d’égratigner la bonne morale américaine en lui mettant le nez dans sa propre merde, il ne fait aucun doute que l’équipe garde le pied sur la pédale de frein. The Dictator est trash, clairement, et particulièrement quand il se fait le porte-étendard d’un humour raciste et misogyne. Dans ces cas-là il est assez percutant et irrésistible, jusque dans son final qui ramène un peu sur le devant de la scène la haine entre juifs et musulmans, ou quand il tacle l’américain moyen pour qui tout étranger est un “arabe”. Là il est drôle, car il est méchant, au moins autant que dans Borat. Plus incisif encore, quand il met en scène une discussion entre Aladeen et son ex-responsable du programme nucléaire à propos de porsche 911 et autres, recréant l’angoisse du 11 septembre. la séquence est hilarante, une des rares qui fonctionne vraiment. Car pour le reste, The Dictator tourne rapidement à vide, les vannes sur le régime totalitaire semblent se répéter inlassablement jusqu’à l’épuisement, la fougue qui portait les deux films précédents s’évapore chaque minute un peu plus, écrasée par la volonté de raconter une histoire sans trop savoir comment faire. On retrouve ainsi les passages mélodramatiques, les plus ennuyeux déjà dans Borat, qui prennent trop d’importance. L’histoire du tyran qui se retrouve perdu, doit faire face à une autre culture, se l’approprie, la bafoue encore une fois, on l’a déjà vue, et les scuds ne ressemblent plus qu’à de petites piques inoffensives. Et même dans l’ultime discours d’Aladeen face à l’ONU, pas bête du tout dans sa démonstration, la leçon de morale parait bien trop facile et surtout, pas très drôle.

The Dictator 2 [Critique] The Dictator (2012)

De The Dictator, on attendait des éclats de rire bruyants, de vrais moments de comédie hardcore qui mettraient mal à l’aise, mais au lieu de ça on se retrouve face à une resucée des deux films précédents dopée à l’humour pipi-caca à peu près du niveau médiocre des frères Farrelly aujourd’hui. On se raccroche comme on peut à quelques vannes bien senties, de l’apparition d’Oussama ben Laden aux démonstrations de pouvoir du ministre chinois, mais la pauvreté des running gags doublée d’une mise en scène assez médiocre, qui en vient à nous faire regretter sérieusement le côté documentaire des autres films, peinent à convaincre. The Dictator avait tout pour être leur chef d’œuvre, avec des moyens permettant d’obtenir autre chose qu’un visuel cheap, mais cette profusion agréable à l’œil, dans les décors et les costumes, ne remonte en rien l’intérêt du film qui ne propose que de trop rares moments de comédie efficace. Et dans un film qui se veut être une pure comédie, tout cela pose tout de même un léger problème. Alors oui, Sacha baron Cohen est toujours excellent, les seconds rôles et caméos sont savoureux, la bande son qui reprend des tubes bien connus en arabe est des plus agréables et il y a bien quelques scènes franchement réussies dans leur méchanceté ou dans les quiproquos, mais The Dictator marque l’essoufflement de tout un système. Avec le succès international s’est perdue l’apparente fougue du bonhomme et surtout sa spontanéité, qui même si elle était artificielle, tout étant souvent très mis en scène, était communicative. Sous les projecteurs, le système Sacha Baron Cohen devient comme celui de Jean-Yves Lafesse : inefficace, noyé, perdu, voué à l’échec. Dommage, car son “bestiaire” est passionnant mais avec The Dictator il est clair qu’il ne fonctionne plus vraiment au cinéma, sur la durée. Ni plus ni moins qu’une comédie ratée à l’écriture très pauvre.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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