[Critique] The Cat (2011)
Réalisateur: Byeon Seung-wook
Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2012 : compétition. Avec son affiche magnifique et son titre digne d’Edgar Allan Poe, The Cat, production horrifique coréenne, avait tout pour plaire. L’idée de violer littéralement l’image inattaquable du chaton tout gentil et mignon, alors que la mode des lolcats bat toujours son plein, est également assez géniale. [...]
Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2012 : compétition.
Avec son affiche magnifique et son titre digne d’Edgar Allan Poe, The Cat, production horrifique coréenne, avait tout pour plaire. L’idée de violer littéralement l’image inattaquable du chaton tout gentil et mignon, alors que la mode des lolcats bat toujours son plein, est également assez géniale. De la Corée du Sud on peut tout attendre, généralement quelque chose de qualité quand le film atteint le circuit des festivals. La douche est d’autant plus froide quand l’exercice tourne au vinaigre et The Cat se vautre dans une médiocrité inattendue, transformant son concept sympathique en un simple postulat pour pondre un remake à peine masqué du grand classique de l’épouvante asiatique des années Nakata : Dark Water. Tout y est ou presque, manquent juste à l’appel le talent de conteur du japonais, son originalité permanente et visionnaire, ou de façon plus basique son sens de la peur.
![the cat 1 the cat 1 [Critique] The Cat (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/01/the-cat-1.jpg)
Dans les premières minutes on se prend presque au jeu totalement improbable du film d’épouvante se situant en plein salon de toilettage pour chats. Les miaulements et jeux félins se succèdent tandis que se dessinent les premières apparitions spectrales et la première salve de jump scares. Aucun doute à avoir, on est en plein terrain ultra-balisé du film de fantômes asiatiques avec la petite fille au regard noir, aux cheveux gras (coupés au carré ici, ne tombant donc pas devant ses yeux) et qui ne peut s’empêcher de surgir dans le cadre à chaque plage narrative un peu plus calme. Aucune surprise donc tant le timing du genre est respecté, à tel point qu’il ne reste même plus de place pour quelques sursauts bien sentis. Devant The Cat, pour faire simple, on s’ennuie plutôt ferme. Aucun effroi, aucune implication du spectateur dans la narration, aucune idée ludique et aucune scène mémorable. Ne reste que la sensation d’avoir déjà vu ce film des milliers de fois, à la différence près que celui-ci est rempli de chats dans tous les coins du cadre, jusqu’à en déborder complètement. Et cette mascarade dure bien trop longtemps, allant jusqu’à repomper des scènes entières de Dark Water, y compris la résolution passant par une citerne. Complètement grotesque dans ce recyclage grossier et mal fichu, The Cat ne survit que pour la qualité de sa mise en scène, au niveau de toutes ces productions du pays du matin calme pensées pour être ensuite exportées. C’est d’une beauté sans nom mais ça ne raconte rien ou presque, si ce n’est la sempiternelle quête d’une femme pour sauver l’âme en perdition d’une petite fille décédée dans l’indifférence. Pas vraiment de quoi se lever la nuit tant la figure est archi-connue et aujourd’hui épuisée. Sans surprise non plus, l’héroïne va voir ses crises d’angoisse – car elle est claustrophobe en plus – aller de mal en pis alors que les apparitions de la petite fille se font de plus en plus présentes et de plus en plus brutales quand elle applique le châtiment qui ravirait Brigitte Bardot. À force de répéter au sein même du film les mêmes effets et procédés narratifs, ou dans la façon de préparer aux apparitions “effrayantes”, The Cat va jusqu’à devenir un poil agaçant de fainéantise. Plus fort, il en devient grotesque quand il aborde le lieu le plus glauque de tout le film, un refuge pour animaux bien dégueulasse, et dans lequel l’héroïne So-hee se met à cracher des boules de poils…
![the cat 2 the cat 2 [Critique] The Cat (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/01/the-cat-2.jpg)
Ponctué de quelques scènes amusantes, dont une attaque de chats en CGI qui ressemble à une version nanardesque de celle de Morse, ne développant jamais ses idées de mise en scène à l’image des plans en vue subjective selon le point de vue d’un chat qui se limitent à quelques plans dans la première partie, ce second film de Byeon Seung-wook est une déception complète tant il passe complètement à côté du potentiel de son sujet. Les chats ne sont là que pour le décor et pour ponctuer la bande-son de leurs miaulements, le film est bâti sur des jumps scares foireux et ne créé aucune véritable ambiance. Certes on assiste à un spectacle visuellement inattaquable, parfois audacieux quand la mise en scène adopte une grammaire guidée par l’état d’esprit de So-hee, c’est beau, classe, avec un découpage d’une précision diabolique et une photographie souvent sublime, mais The Cat n’a rien de plus à apporter. Plutôt que de jouer la carte de l’originalité, The Cat vient ajouter son titre à la longue liste d’ersatz insipides de films de fantômes asiatiques, sans rien pour se démarquer de la concurrence et en oubliant totalement le concept d’efficacité, y compris dans son traitement du trauma ou de l’univers familial pour la partie dramatique.











