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[Critique DVD] Katyn (2007)

 
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Bottom Line

À 84 ans, le réalisateur polonais peut être fier d’une filmographie qui flirte avec les cinquante films, récompensé dans la plupart des festivals majeurs, dont une palme d’or à Cannes en 1981 pour l’Homme de Fer. En gros, il n’a plus rien à prouver à personne. Et c’est avec cette légitimité de grand réalisateur (ce [...]

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Posté le 11 avril 2010 par

 
Critique
 
 

À 84 ans, le réalisateur polonais peut être fier d’une filmographie qui flirte avec les cinquante films, récompensé dans la plupart des festivals majeurs, dont une palme d’or à Cannes en 1981 pour l’Homme de Fer. En gros, il n’a plus rien à prouver à personne. Et c’est avec cette légitimité de grand réalisateur (ce que n’avait absolument pas la réalisatrice de la Rafle) qu’il peut s’attaquer librement à ce qui reste comme un des plus grands traumatismes du peuple polonais, le massacre de Katyn par l’armée russe. Fait d’actualité étrange, c’est en route pour la commémoration des 70 ans du massacre que le président polonais Lech Kaczyński a trouvé la mort dans un crash d’avion. Il faut savoir que ce véritable drame qui a vu s’éteindre la grande majorité de l’élite polonaise (militaires, intellectuels, notables), n’a été reconnu par l’URSS qu’en 1990, soit cinquante ans après les faits. Un grand traumatisme donc, longtemps caché et attribué aux nazis (la Russie a libéré la Pologne, comment l’accuser de telles atrocités?…), et auquel Andrzej Wajda apporte aujourd’hui le premier véritable hommage du cinéma polonais. Un film très important donc, qui fait office de catharsis pour tout un peuple, un film qui par son traitement fait bien entendu office de devoir de mémoire, de façon très juste. Car contrairement à d’autres, Wajda ne cherche pas à forcer l’émotion, au contraire il l’oublie presque, livrant une oeuvre plus proche du livre d’histoire que d’un véritable film. C’est ce qui fait sa force et sa faiblesse à la fois.

katyn 1 [Critique DVD] Katyn (2007)

Pour développer son récit, Andrzej Wajda s’y prend en trois étapes pour autant de parties dans son film. Premièrement il va s’intéresser à la période de l’occupation de la Pologne par l’Allemagne et la Russie, avec déportation des élites. Ensuite il va se focaliser sur l’après-guerre, c’est là que se tient tout le propos du film. Et il va enfin aborder de manière frontale le trauma en nous assénant le drame proprement dit dans une dernière demi-heure coup de poing. Pendant les deux premiers tiers, le réalisateur semble comme menotté par son sujet. Adoptant un ton extrêmement solennel, il ne semble pas vraiment faire du cinéma, sans montrer la liberté à laquelle son statut lui permet pourtant d’accéder. On comprend pourquoi tout de même, il aborde là un sujet qui le touche personnellement de la même manière qu’il est ancré dans l’inconscient collectif. Difficile dans ce cas de ne pas être fébrile dans l’approche.

Ainsi, il aborde le sujet de façon terriblement classique, utilisant le symbolisme du drame familial tout d’abord, pour représenter la grande histoire à travers la “petite”. 4 personnages et leurs familles qu’on va suivre pendant deux heures, qui vont passer de l’espoir de la libération rapide à la peur de perdre leur proche. Quelques scènes fortes qui trouvent leur puissance dans leur caractère intimiste (une discussion entre Anna et sa belle-mère) ou dans la tension dramatique du moment (l’annonce publique des morts de Katyn). Mais dans l’ensemble, l’académisme total empêche le film de s’envoler. On sent bien que le but de Wajda est avant tout d’en faire un objet filmique utile pour que la nouvelle génération prenne conscience de ce qui s’est passé ce jour-là, de comment les rescapés ont du se taire, comment le pouvoir post-conflit a enfoui l’affaire afin de ne surtout pas déstabiliser le libérateur russe.

katyn 2 [Critique DVD] Katyn (2007)

Le sujet prend souvent le pas sur le film, c’est une évidence. Mais c’est la première fois qu’un cinéaste polonais (ou autre d’ailleurs) aborde cette page de l’histoire, ce n’est pas tout à fait la même chose que notre indigestion de Shoah (aussi dramatique soit-elle, il faudrait que nous nous penchions sur d’autres pages sombre de notre histoire pour avancer un peu). Katyn possède cette valeur pédagogique inestimable qui fait passer la pilule malgré la froideur du ton employé. Ainsi, on ne ressent pas vraiment d’émotion malgré ce que traversent ces familles et le pays entier, malgré des acteurs formidables de justesse, tout simplement car on regarde ce film comme on lirait un livre d’histoire. On y apprend énormément, la reconstitution historique est remarquable, c’est bourré d’informations (parfois à l’excès, d’autant plus qu’on navigue d’une famille à l’autre sans véritable repère), mais c’est très (trop) solennel.

Mais il y a cette dernière demi-heure. En décidant de clore son film sur le massacre de Katyn lui-même, avec une construction scénaristique intelligente, Wajda frappe fort. Pendant 1h30, il nous donne une leçon d’histoire, et pendant les trente dernières minutes il fait du cinéma, du vrai. La mise en scène prend de l’ampleur devant l’horreur, il trouve le ton parfait pour décrire la terreur mécanique de l’exécution de près de 15000 officiers, froidement. Comme libéré du poids de l’histoire et du fantôme de son père (mort à Katyn), le réalisateur trouve enfin le souffle qui lui manquait et nous assomme littéralement. Le risque est de perdre des spectateurs avant d’en arriver là mais cet acte final est d’une telle efficacité qu’il impressionne durablement. Film important donc, bien que trop académique sur la longueur, Katyn reste une oeuvre d’une force sidérante dans sa dernière partie, et c’est surtout un exutoire pour Andrzej Wajda au même titre que pour son peuple.

katyn jaquette [Critique DVD] Katyn (2007)

Distribution DVD : Editions Montparnasse

Date de sortie : 02/03/2010

Logo Cinetrafic [Critique DVD] Katyn (2007)

Film important même si pas forcément majeur dans la filmographie du réalisateur, Katyn bénéficie des grâces de l’éditeur Montparnasse, réputé pour son choix éditorial et la qualité de ses éditions toujours sérieuses. Sauf que le film polonais continue d’être maltaité en DVD, comme partout ailleurs dans le monde sauf au Royaume-Uni.

Au niveau de l’image, elle a beau être de qualité, le transfert et la compression sont sans faille, un premier problème saute aux yeux concernant les couleurs. L’ensemble du film est baigné dans une ambiance verdâtre qui semble assez artificiel, le chef opérateur étant reconnu pour ses images habituellement très réalistes. Mais le gros soucis est le recadrage. En effet, le film a été tourné en 2.35 et se voit diffusé en DVD en 1.77 avec donc une grosse perte d’image. Choix du réalisateur à la manière de Kubrick? Difficile à dire mais l’édition parue chez nos voisins anglais est en 2.35…

Pour le son, déception également. Nous avons droit aux mixages polonais et français en simple stéréo alors qu’il existe un mixage DD EX à 6 canaux. Les pistes sont claires et de qualité mais manquent cruellement d’ampleur et de puissance.

katyn menu 1 [Critique DVD] Katyn (2007)

Mais l’éditeur se rattrape sur les suppléments, tout simplement passionnants:

  • Entre Propagande et Désinformation: Deux documents d’archive retrouvés, un russe et un allemand, sur la découverte du massacre. Deux points de vue opposés bien entendu sur les coupables…
  • Post Mortem: Entretien passionnant de près d’une heure avec le réalisateur qui revient sur ce projet et ses enjeux. Essentiel.
  • Le Martyrologe Polonais: Entretien là aussi très intéressant avec Alexandra Viatteau, spécialiste de l’histoire polonaise.
  • Un Grand Témoin: Entretien radiophonique entre Alexandra Viatteau et Joseph Czapski, témoignage poignant sur la réalité de ces camps.

katyn menu 2 [Critique DVD] Katyn (2007)

L’interactivité rattrape donc des choix techniques douteux.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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