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[Critique DVD] Infectés (2009)

 
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Bottom Line

Depuis l’excellent (jusqu’à ce qu’arrive son final ultra décevant) 28 Jours plus Tard de Danny Boyle, le cinéma de genre s’est emparé à outrance du film de zombies new age, qu’on peut catégoriser comme film de virus, un genre à part entière. Et si le genre peut être fier de quelques pépites et merveilles telles [...]

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Posté le 21 octobre 2010 par

 
Critique
 
 

Depuis l’excellent (jusqu’à ce qu’arrive son final ultra décevant) 28 Jours plus Tard de Danny Boyle, le cinéma de genre s’est emparé à outrance du film de zombies new age, qu’on peut catégoriser comme film de virus, un genre à part entière. Et si le genre peut être fier de quelques pépites et merveilles telles que la Route ou 28 Semaines plus Tard, il faut avouer que beaucoup sont oubliables car ils n’ont absolument rien apporté de nouveau. Arrivé un peu trop tard sur les écrans pour surfer sur la vague de la grippe A, Infectés n’a pas rencontré son public, lassé sans doute et s’attendant à un énième film de virus sans intérêt. Dommage, car ce tout premier long métrage des jeunes frères espagnols Pastor (29 et 32 ans) aborde le genre sous un angle inédit en s’éloignant le plus possible des attentes du public en la matière. C’est sa principale qualité et sans doute pourquoi il s’est planté au box-office, c’est malheureusement ce qui arrive souvent quand un film prend le spectateur à revers, aussi bon soit-il. Infectés c’est l’anti-film de genre sanglant, l’anti-film d’action post-apocalyptique, un film bâti à l’économie et jouant avec les nerfs du spectateur, ses attentes et sa crispation. Tout cela n’est bien entendu pas parfait, il s’agit d’un premier film, mais Infectés possède de sérieux atouts pour s’imposer parmi les plus belles réussites du film de virus, avec humilité.

infectes 1 [Critique DVD] Infectés (2009)

Comme pour poser les bases du film qu’il ne sera pas, Infectés s’ouvre sur l’inscription “The Road Warrior” – titre de Mad Max 2 le modèle indétrônable des films post-apocalyptiques – en clin d’oeil vite effacé. Car pour la suite, Infectés s’éloigne complètement de ce genre en s’y substituant par un rythme extrêmement posé, pour ne pas dire lancinant, et un style qui le rapprocherait presque d’un huis clos plus que d’autre chose. Mais un huis clos à ciel ouvert, et avec seulement 4 personnages. Ils font certes quelques rares rencontres, dont une qui entraînera une des plus belles scènes du film, mais pour l’essentiel ils sont seuls, terriblement isolés. Et c’est de cette situation traumatisante que va éclore toute la tension dramatique d’Infectés. On entre rapidement dans le jeu, en particulier pendant la première partie, la plus efficace et originale. Les 4 personnages correspondent plus ou moins à des archétypes mais leurs relations évoluent avec une logique qui colle parfaitement au ton pessimiste ambiant, une véritable ambiance de fin du monde.

Au centre il y a la relation entre les deux frères, Danny et Brian Green. Relation manquant parfois de naturel mais qui souligne judicieusement l’éloignement entre deux personnages qui poursuivent une utopie appartenant bien trop au passé pour être envisagée comme un avenir probable. Assez rapidement le thème du film est dévoilé, il s’agit de la survie. Face au virus avec l’application de règles strictes mais surtout face aux autres, les porteurs du virus avant qu’ils ne soient véritablement infectés et meurent tout simplement (pas de zombies ici, le virus tue et c’est tout) ou les êtres sains mais ayant lâché toute notion d’humanité pour ne suivre qu’une voie, celle de la survie, peu importent les moyens. Et ce qui s’apparentait à un film de genre avec des acteurs au physique d’éternels jeunes premiers devient une sorte de parabole sur la notion d’instinct qui balaye les valeurs morales modernes. Une fois qu’un membre du groupe est atteint, les autres n’ont d’autre choix que de l’abandonner, parfois de la pire manière qui soit. Et pour cela les frères Pastor jouent en permanence sur la suggestion et l’attente. Non pas l’attente de savoir comment ils vont s’en sortir car on ressent assez vite que c’est bien la fin, mais plutôt de comment ils vont tous y passer. Et de cette attente naît une pression parfois assez étouffante.

infectes 2 [Critique DVD] Infectés (2009)

Et si l’intensité faiblit un peu trop dans la seconde partie bien plus convenue en aboutissant sur une conclusion aussi osée pour sa noirceur qu’un peu gerbante pour sa morale cachée, il faut avouer que sur la longueur Infectés tient plutôt bien la route. Et ce en partie grâce au quatuor d’acteurs pour la plupart assez convaincants, y compris Chris Pine, même s’ils se font tous éclabousser par le talent de Christopher Meloni quand il est à l’écran. Mais c’est clairement par la mise en scène que les deux frangins font la différence. En faisant toujours les bons choix ils transcendent un budget limité et l’utilisent au mieux pour créer la différence. Ils adoptent souvent un point de vue très éloigné des personnages afin de les isoler au maximum dans de vastes espaces. Par le procédé ils illustrent le pire aspect de leur situation, la solitude, celle qui détruit les esprits. Et afin de faire forte impression les frères Pastor ont fait appel à ce petit génie de l’image qu’est Benoît Debie (directeur de la photographie sur Irréversible, Vinyan, Enter the Void…) qui signe une image de fin du monde tout simplement sublime, et qui joue un rôle très important dans cette ambiance pesante qui émane d’Infectés.

Avec son ambiance de fin du monde souvent sublime et ses choix narratifs osés dans un genre qui commence déjà à tourner en rond, Infectés propose une sérieuse alternative. Imparfait, ce premier film des frères Pastor, des espagnols sur lesquels on peut miser sérieusement dans l’avenir, séduit car il impose un pessimisme et une noirceur quasi-totale. À mi chemin entre le road movie et le huis clos, il en résulte une oeuvre pleine de promesses superbement mise en scène et qui ne prend pas forcément le spectateur par la main, chose plutôt appréciable.

infectes jaquette DVD [Critique DVD] Infectés (2009)Test en partenariat avec Cinétrafic

Infectés est distribué par Metropolitan Filmexport

Date de sortie du DVD : le 5 octobre 2010

L’image soignée et inédite pour le genre se devait de bénéficier d’un traitement de choix pour en retrouver le rendu si particulier. Beau travail chez Metropolitan, la copie est très belle avec des contrastes très appuyés pour laisser éclater la palette chromatique. On est à un niveau proche de l’excellence pour de la définition standard malgré quelques légers soucis de définition parfois mais qui ne gâchent jamais la fête. On est dans l’ordre du détail si on souhaite être pointilleux.

Même constat au niveau sonore, les deux pistes 5.1 française et anglaise propose quelque chose de sérieux même si de part ses parti-pris Infectés n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler un disque de démonstration, étant donné l’économie de moyens y compris au niveau sonore.

Déception par contre concernant les bonus. Rien à se mettre sous la dent si ce n’est quelques bandes annonces… mais aucun supplément lié au film (même chose sur le blu-ray) alors qu’il aurait bien mérité un peu plus d’attention.

infectes menu DVD 1 [Critique DVD] Infectés (2009)


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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