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[Critique] Tamara Drewe (2010)

 
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Bottom Line

Après plusieurs films en costumes de qualité variable, généralement vers le bas malgré leurs succès, à l’image de The Queen qui ne brillait pas vraiment, Stephen Frears revient à un de ses genres fétiches, la comédie. Le réalisateur britannique, un des dinosaures de l’île, à qui on doit tout de même quelques chefs d’oeuvres, des [...]

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Posté le 2010/06/20 par

 
Critique
 
 

Après plusieurs films en costumes de qualité variable, généralement vers le bas malgré leurs succès, à l’image de The Queen qui ne brillait pas vraiment, Stephen Frears revient à un de ses genres fétiches, la comédie. Le réalisateur britannique, un des dinosaures de l’île, à qui on doit tout de même quelques chefs d’oeuvres, des Liaisons Dangereuses à The Hit en passant par the Hi-Lo Country, grand touche à tout qui n’a jamais écrit un seul scénario, qui ne possède aucun style vraiment définissable, reste quelqu’un de fascinant par sa capacité à varier les genres. Après Chéri, drame historique adapté de Colette et accueilli assez froidement par le public malgré la présence de la trop rare Michelle Pfeiffer, le voilà qui s’attaque à une nouvelle adaptation, mais cette fois et pour la première fois il s’agit d’une “graphic novel”. Une fois de plus le terme ne convient pas vraiment puisque la bande dessinée Tamara Drewe est à la base un serial diffusé dans les pages du journal anglais The Guardian en 2005. Stephen Frears un réalisateur vendu à la mode des adaptations de comics et donc foncièrement moderne? Oui et non car Tamara Drewe s’éloigne vraiment de tout ce qu’on a pu voir comme adaptation au cinéma, c’est clairement une comédie noire très british dans ses thèmes et son traitement, un grand écart artistique de plus pour le cinéaste qui n’en a pas fini de nous surprendre. Et si son film est d’une légèreté qu’on n’avait plus vu chez lui depuis quelques temps, et qui nous pousse à nous interroger sur sa présence en sélection au Festival de Cannes hors compétition, il faut avouer que l’ensemble est très séduisant.

tamara drewe 1 [Critique] Tamara Drewe (2010)

S’appuyant fortement sur le roman graphique de Posy Simmonds, Frears articule son récit autour des quatre saisons pour nous proposer une sorte de vaudeville en perpétuelle évolution souvent savoureux à défaut de provoquer l’hilarité souhaitée. En bon réalisateur anglais, Stephen Frears manie élégamment divers styles d’humour, du graveleux à l’humour noir, toujours avec délicatesse et une tendresse évidente envers ses personnages. C’est d’ailleurs eux qui sont au centre de toutes les attentions et qui créent le film, qui n’aurait il faut le dire que peu d’intérêt en leur absence. Partant du principe tout bête du grain de sable qui vient mettre en péril une mécanique bien huilée mais fragile, ce conte est très efficace bien qu’il ne restera pas forcément dans les mémoires. Mais c’est justement cette légèreté qui fait toute la force du film, Frears ne cherche pas à en faire des caisses, laisse évoluer ses protagonistes dans un jeu parfois cruel et n’a pas besoin de souligner les seconds niveaux de lecture qui se dévoilent tous seuls en toute simplicité.

Ainsi le retour de Tamara à Stonefield, résidence rurale pour écrivains en manque de calme et de sérénité, et le bouleversement dû à son physique qui par une simple opération du nez la fait passer de vilain petit canard campagnard à bombe sexuelle en puissance, vient faire déraper ce petit bourg tranquille. Elle joue sans le vouloir le rôle de catalyseur car sa beauté vient éclairer les faiblesses de chacun tandis que son esprit fragile se fait écho de tous les maux qui hantent la petite communauté. Culte du paraitre, infidélité, couple au bord de l’implosion et personnage en mal de vivre nous apparaissent ainsi en filigrane pour finalement s’imposer. Au fil de sa progression le récit se fait de moins en moins léger et sans tomber dans le drame d’une noirceur absolue il aborde quelques sujets plutôt graves mais sans jamais forcer le trait. C’est là que Stephen Frears fait très fort, derrière les apparences, derrière l’impression de récréation pour lui et son équipe, derrière les sourires forcés, il a quelque chose à dire et la comédie lui permet de faire passer un message social assez intelligent.

tamara drewe 2 [Critique] Tamara Drewe (2010)

Comme si le thriller à la Agatha Christie rencontrait la comédie british, Tamara Drewe propose un mariage délicieux entre humour et huis clos. Mis en scène de façon très classique comme souvent chez le réalisateur qui n’a rien d’un excité à la caméra, il nous gratifie tout de même de très beaux plans mettant en valeur ces paysages magnifique de la campagne anglaise. Plus fort et plus surprenant, il se permet des clins d’oeil à des genres qu’on n’attendait pas là. Ainsi on retrouve des citations au western lors d’une embardée de bétail mise en scène comme du John Ford, des relents de vrai thriller ou même de film d’horreur dans la superbe composition toute en décalage d’Alexandre Desplat et de rares mais excellentes notes d’humour noir à mourir de rire. Il faut avouer qu’il se repose sur un scénario véritablement bien écrit, avec une finesse toute britannique dans les situations et les personnages qui donnent vie à ce récit d’hommes et femmes au bord de la crise de nerf.

Les personnages justement, comme on l’a dit ils sont au centre de tout. Et pour les faire vivre, pour créer l’empathie, pour qu’on se sente concerné par leurs états d’âmes et leur destin, il fallait des interprètes au niveau. Véritable galerie de gens complexes et souvent torturés à la manière de ce qu’on trouve chez Altman ou Anderson mais sans la construction en film choral, dans Tamara Drewe on croise un écrivain américain qui n’arrive pas à finir son livre sur Thomas Hardy (dont Loin de la Foule Déchaînée est une inspiration du roman graphique), des jeunes ados fans de Ben Sergeant, batteur qui séduira Tamara, un jardinier séducteur, un auteur à succès et sa femme triste, entre autres personnages hauts en couleurs. Et bien sur Tamara Drewe. Au milieu de grands acteurs tels que Roger Allam, Bill Camp, Tamsin Greig ou Luke Evans, Gemma Arterton impressionne par la maturité de son jeu. Elle rassure après ses prestations transparentes dans le Choc des Titans et Prince of Persia et prouve que sa performance dans la Disparition d’Alice Creed n’était pas le fruit du hasard. Son couple avec Dominic Cooper fonctionne du tonnerre! Film sans autre ambition que celle de faire passer un bon moment plein de fraicheur au spectateur, Tamara Drewe rassure un peu sur la santé artistique de Stephen Frears et se suit avec un plaisir certain, à défaut de passionner.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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