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[Critique] Summer Wars (2009)

 
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Bottom Line

Après avoir frappé un grand coup avec La Traversée du temps qui marquait son début de carrière en dehors des franchises, Mamoru Hosoda remettait le couvert en 2009 avec le studio Madhouse pour Summer Wars. Œuvre foisonnante portée autant par la philosophie superflat1 que par l’héritage de Matrix et du Magicien d’Oz, Summer Wars est [...]

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Posté le 26 juin 2012 par

 
Critique
 
 

Après avoir frappé un grand coup avec La Traversée du temps qui marquait son début de carrière en dehors des franchises, Mamoru Hosoda remettait le couvert en 2009 avec le studio Madhouse pour Summer Wars. Œuvre foisonnante portée autant par la philosophie superflat1 que par l’héritage de Matrix et du Magicien d’Oz, Summer Wars est de ces films qui semblent à la fois porter un message entendu des millions de fois et pourtant proposer une variation totalement inédite. C’est avant tout un prolongement logique dans la carrière du réalisateur qui continue d’explorer les thématiques qui lui sont chères et les motifs graphiques qu’il va pousser à l’extrême. Entre le réalisme et le fantastique, l’intimiste et l’épique à échelle titanesque, Summer Wars jongle avec une palette d’idées qui semble infinie, sorte de film-patchwork de la génération numérique qui parvient à agencer une quantité phénoménale d’informations pour aboutir sur un ensemble simple et cohérent. La simplicité, une constante chez Mamoru Hosoda qui est capable, comme le fit Satoshi Kon sur Paprika, œuvre jumelle, de catalyser le chaos pour construire un récit solide aux ramifications insensées. Summer Wars menace à chaque instant de partir dans tous les sens mais la narration ne s’égare pas, tenue d’une main de fer par un artiste qui possède un regard lucide et acéré sur le monde moderne, les dérives du tout numérique mais également, et surtout, les merveilleuses perspectives humaines qu’il ouvre.

Summer Wars 1 [Critique] Summer Wars (2009)

La méthode Hosoda est déjà bien huilée. Il part de l’intime, de l’humain, de la jeunesse tout particulièrement. Et de là il tisse un récit qui prend de plus en plus d’ampleur. Bien aidé par son acolyte Satoko Okudera (scénariste de La Traversée du temps mais également de Kaïdan d’Hideo Nakata) il part d’un portrait furtif d’un otaku pour aller vers l’immensité d’une guerre totale dans un gigantesque univers virtuel. La beauté du geste est que tout se déroule avec une logique imparable, fruit d’une construction scénaristique extrêmement précise, tout en jonglant avec des tonnes de thèmes tous aussi casse-gueules les uns que les autres. De l’isolation programmée des jeunes japonais scotchés à leur écran d’ordinateur au traumatisme nucléaire directement cité à l’écran, en passant par l’héritage du Japon féodal et le pouvoir de la technologie, Summer Wars est à lui seul plus riche que 80% de la production cinématographique d’une année entière. En résulte un film impressionnant par son foisonnement, qui semble synthétiser toute une culture allant du temps des samouraïs au monde de demain. Pas un personnage qui ne soit pas à sa place ou qui semble là pour remplir bêtement le cadre, pas une action dont les conséquences soient prises à la légère, tout est inclus dans un tissu dramatique très précis et par conséquent implacable. Mamoru Hosoda ne fait ni le procès des univers virtuels ni leur bête glorification, il ne tombe jamais dans la morale facile et embrasse son univers dans sa totalité. Ainsi, à l’heure du transmédia et des déclarations toujours aussi idiotes sur les dangers du jeu vidéo dans les médias2, le réalisateur japonais semble être le seul à même de comprendre le système et d’en traduire sa vision avec des images qui ont du sens. Alors certes, son discours global n’est pas nouveau, les Wachowski et Mamoru Oshii par exemple s’y sont intéressés de très près, mais son traitement en animation pure diffère largement. Summer Wars utilise ce discours pour traiter essentiellement d’accomplissement personnel, de place de chaque génération dans la société ou encore de famille, tout simplement. Et sur la famille, Mamoru Hosoda a beaucoup de choses à dire, des choses qui se mêlent parfaitement à son second niveau sur les univers virtuels. C’est brillant.

Summer Wars 2 [Critique] Summer Wars (2009)

Dans une des plus belles scènes du film, c’est la grand-mère, 90 ans qui prend possession du réseau pour résoudre un problème, à sa manière et sans toucher la moindre touche d’un ordinateur. Tout est là, ce monde utopique et effrayant qui se nomme Oz devient tout à coup le ciment d’une famille, le lien entre toutes les générations. La descendante d’un grand seigneur vient au secours des plus jeunes. Et aussi improbable que cela puisse paraître sur le papier, ça fonctionne à merveille à l’écran car le schéma s’inscrit parfaitement dans l’univers créé par Mamoru Hosoda depuis quelques années. Un univers dans lequel le monde réel et le monde virtuel trouvent des points d’entrée commun, où les actions dans l’un influent sur l’autre, où tout acte anodin peut avoir des conséquences dramatique selon où il a lieu. C’est bien simple, le réalisateur a tout compris à comment le cinéma devait illustrer les mondes virtuels et comment ils doivent interagir avec la réalité. Tout en sensibilité au moment de traiter les drames du réel, avec des séquences bouleversantes à la clé, il laisse place à une véritable folie créative et visuelle quand il illustre le monde d’Oz. Ajoutant une dimension aux images des voyages dans le temps de La Traversée du temps, toujours sur ce fond blanc paradisiaque et infini, il bâtit un monde virtuel aux milles couleurs et personnages, parcouru de millions d’avatars. Terrain de jeu formidablement riche pour lui permettre de construire un récit de conquête du monde digne des plus gros blockbusters hollywoodiens. En proposant une nouvelle version des attaques de monstres géants du cinéma catastrophe japonais, avec son kaijū fait d’avatars fantômes, Mamoru Hosoda fait passer ses héros de l’enfance à l’âge adulte à travers le combat, hautement symbolique, mais également par l’entraide essentielle entre les êtres et la puissance inébranlable de la famille. Sans pour autant se la jouer intello, Summer Wars ne sacrifie jamais son spectacle et parvient juste, avec une élégance folle, à faire cohabiter le spectaculaire et l’intime, passant de la naissance d’un sentiment amoureux illustrée avec délicatesse à une des batailles les plus folles jamais mises en scène sur grand écran. Car oui, toute la partie du film se déroulant dans l’univers d’Oz est complètement dingue, visuellement étourdissante et redoutable sur le plan narratif avec sa remise en cause de la figure du héros. La méthode Hosoda est implacable, car elle est tout aussi réfléchie et posée qu’instinctive et virtuose. Et c’est franchement impressionnant.

  1. quelques informations importantes sur le mouvement chez AsiaFilms []
  2. la dernière en date signée Madame Polony []

Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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