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[Critique] Subconscious Cruelty (Karim Hussain, 2000)

 
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Bottom Line

Étrange Festival 2012 : les pépites de l’étrange. Au rayon de ces fameux “films dont on ne sort pas indemne”, Subconscious Cruelty, premier film du très talentueux Karim Hussain, se pose en tête de gondole. Complètement fou, parcouru de visions surréalistes qui viennent briser toute notion de morale dans un maelström d’images aussi belles que [...]

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Posté le 12 septembre 2012 par

 
Critique
 
 

Étrange Festival 2012 : les pépites de l’étrange.

Au rayon de ces fameux “films dont on ne sort pas indemne”, Subconscious Cruelty, premier film du très talentueux Karim Hussain, se pose en tête de gondole. Complètement fou, parcouru de visions surréalistes qui viennent briser toute notion de morale dans un maelström d’images aussi belles que terriblement dérangeantes, cet exercice cathartique projette sur l’écran une succession de scènes chocs vraisemblablement issues d’un hémisphère droit dominant. Le résultat est fascinant, hypnotique, hors normes et probablement inacceptable pour certains spectateurs qui auront osé l’aventure.

Subconscious Cruelty c’est un film qui, comme l’évoque son introduction déjà très bizarre, va explorer l’inconscient par l’ablation symbolique de l’hémisphère gauche, assimilé dans l’inconscient collectif comme le réceptacle de la raison et la logique. C’est l’œuvre d’un canadien alors âgé d’une vingtaine d’années, devenu par la suite une valeur essentielle d’un certain cinéma en marge du système et plus ou moins underground (en plus de ses trois films et de sa participation à l’anthologie The Theatre bizarre, il est le surdoué directeur de la photographie sur Hobo with a Shotgun, Territoires et Antiviral, mais également co-scénariste d’Abandonnée de son pote Nacho Cerda) et qui en 90 minutes propose une réflexion extrême sur la perception du réel ainsi que tout ce qui peut se passer de fondamental entre la naissance et la mort. Concrètement Karim Hussain reprend le flambeau du mouvement panique, la perception mentale de David Lynch et un traitement visuel qui n’est pas sans rappeler les travaux de Mario Bava ou Dario Argento, avec une utilisation symbolique de couleurs agressives. La genèse de ce film est aussi folle que le film lui-même, avec un tournage étalé sur 6 ans sans véritable budget et en mode guérilla, une sombre histoire de premier montage confisqué par les douanes canadiennes jugeant les images obscènes, avec pour résultat un film forcément très personnel et porté par une forme de colère malsaine retranscrite par le choc des images.

Subconscious Cruelty 1 [Critique] Subconscious Cruelty (Karim Hussain, 2000)

A l’écran, difficile de trouver matériau plus subversif, comme si le cerveau d’un psychopathe se voyait disséqué en direct et projeté par une système d’imagerie. Comme semble nous le dire lors du prologue ”Ovarian Eyeball” cet œil ensanglanté retiré des ovaires d’une femme étendue sur un autel rituel, on s’aventure sur les sentiers de la perception et des plus noirs fantasmes de l’esprit humain. Tel un pensum surréaliste, s’y côtoient non sans une certaine forme de poésie morbide des représentations de vices extrêmes ou de tabous inacceptables dans une société puritaine. La violence, le sexe, le sang, l’odyssée de la vie et la religion forment un puzzle mental sans ligne narrative claire, Subconscious Cruelty étant monté comme un enchainement de quatre visions autonomes liées par la perversion et la manifestation de l’inconscient. Dans la première partie “Human Larvae”, Karim Hussain entre dans un esprit dérangé, celui d’un homme incestueux déterminé à remettre en cause le processus d’accouchement de sa sœur et ainsi se moquer de la vie en tuant le nouveau-né à l’instant même de sa naissance. À la clé on a droit à la scène d’accouchement la plus écœurante jamais vue sur un écran de cinéma, un choc à la fois graphique (c’est vraiment dégueulasse) et symbolique, la nature de l’homme étant souillée à sa racine. De nature il en est question lors du second segment qui met en scène une communauté en communion avec la terre. les hommes et femmes nus y ont des rapports sexuels entre eux ou directement avec la nature, pénétrant un orifice à même le sol duquel s’écoule des litres d’hémoglobine. On est là face à du pur surréalisme, l’être humain baisant littéralement le monde duquel il est issu, vision extrême d’œdipe et rapport charnel à l’univers entraînant à la fois la création (le sexe, un écho aux premiers hommes) et la destruction (la nature qui saigne). Plus près du sol en apparence, le troisième segment “Right Brain” porte un regard vertigineux sur la pornographie et la masturbation, mais avant tout sur la culpabilité inconsciente que ces pratiques peuvent provoquer au sein de cette société. Virant d’une vision froide et brutale, appuyée par des images très crues, au cauchemar détruisant l’objet phallique dans un bain de sang dégueulasse, le récit dévie logiquement vers la raison principale de cette culpabilité, la religion qui est au centre de l’ultime segment “Martyrdom”. Là, Karim Hussain se lâche totalement. Après avoir souillé des icônes et écritures saintes d’images malsaines (massacres, croix gammées…) il s’en prend directement à ce pauvre Jésus Christ qui regrette amèrement d’être redescendu de sa croix.

Subconscious Cruelty 2 [Critique] Subconscious Cruelty (Karim Hussain, 2000)

Ce segment final, également très inspiré des surréalistes et leur goût pour la maltraitance des icônes religieuses, représente un tour de force rarement vu au niveau transgression. Trois femmes réduites à l’état d’animaux sauvages y séquestrent un Christ égaré dans la jungle urbaine pour lui faire vivre les pires sévices et humiliations. L’être humain est réduit à l’état primitif en se nourrissant littéralement de la chair de son prétendu sauveur, aveuglée et emmurée dans sa croyance, la femme diabolisée s’y adonne à l’onanisme avec les viscères de son prophète déchu transformé en masse de chair sanguinolente subissant les derniers outrages. L’inconscient perturbé et la monstruosité, c’est tout le propos de Subconscious Cruelty qui cherche à provoquer une réaction épidermique liée au dégoût de sa propre nature chez le spectateur. Le spectacle est d’une intensité assez rare, et tellement extrême dans sa démarche qu’il y a de quoi en ressortir transformé. D’autant plus que sans moyens, Karim Hussain ne manque pas d’idées et emballe le tout d’une caméra virevoltante qui n’hésite jamais à affronter directement l’horreur des images, les plus extrêmes étant toujours en plein cadre. Subconscious Cruelty est une œuvre courageuse et complètement “autre”, une expérience de cinéma qui joue avec les limites morales et physiques du spectateur, écrasant tabou sur tabou sans recul et qui trouve dans toute cette horreur et cette perversion une beauté insensée, comme la trouvèrent en leur temps Arrabal et Jodorowsky. Manifestation poétique de l’inconscient malade ou film sans queue ni tête inacceptable et à vomir ? c’est toute la question d’un premier film incroyablement puissant qu’il est bien difficile “d’aimer” mais qui provoque des sensations de malaise presque uniques au cinéma.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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