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[Critique] Smiley Face (2007)

 
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Bottom Line

Trois ans après le magnifique mais éprouvant Mysterious Skin, seul film d’Araki que j’avais vu jusqu’alors, le voici qui nous sort un truc qui se situe à l’exact opposé de son précédent film! A croire que chaque artiste, après des œuvres d’une noirceur extrême, a besoin de se faire sa récréation pour sa bonne santé [...]

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Posté le 2009/09/04 par

 
Critique
 
 

Trois ans après le magnifique mais éprouvant Mysterious Skin, seul film d’Araki que j’avais vu jusqu’alors, le voici qui nous sort un truc qui se situe à l’exact opposé de son précédent film! A croire que chaque artiste, après des œuvres d’une noirceur extrême, a besoin de se faire sa récréation pour sa bonne santé mentale… On l’a vu il y a peu dans un autre registre avec Park Chan-wook qui après sa trilogie de la vengeance a eu besoin de légèreté avec Je suis un Cyborg. Et pour le coup Araki de la légèreté il nous en propose à revendre. Son film est un pur délire, qui pourrait passer pour un teen movie banal s’il n’était pas à la barre pour en faire un excellent film.

Donc c’est une véritable comédie, du genre qui part dans tous les sens… il ne pouvait pas en être autrement vu le postulat de départ: une jeune fille qui ne sait pas trop où elle en est dans sa vie passe ses journées à se défoncer en fumant du cannabis, elle accumule les dettes et en ce jour bien spécial où elle a un planning à respecter elle va manger tout un plateau de space cakes sans savoir que c’étaient des gâteaux un peu spéciaux…

smiley face 1 [Critique] Smiley Face (2007)

On la retrouve dès l’intro du film sur une grande roue, complètement paumée, dessinant des smileys dans le ciel et en pleine discussion avec le regretté Roscoe Lee Borwn… c’est le point Z de l’histoire, qu’on va remonter depuis le point A… C’est d’ailleurs un petit jeu auquel nous invite le réalisateur car toutes les lettres de l’alphabet, dans l’ordre, sont cachées dans le film. Bon, c’est clairement un film de junkie, partiellement fait pour des junkies (ce jeu en question c’est typiquement le genre de truc sur lesquels on peut rapidement bloquer étant stone), mais pas seulement… C’est avant tout une vraie comédie franchement drôle et rafraîchissante. De plus, intelligemment, Araki ne fait ni l’apologie ni le procès du cannabis, il dresse simplement un constat de la jeunesse (américaine, mais on peut sans trop de problème l’extrapoler à la jeunesse européenne), avec un humour qui désamorce vite un sous-texte plus grave.

Alors c’est très fun, on ne sait pas trop à quoi s’attendre et on se retrouve finalement devant une sorte de road movie sous acide, on croise une galerie de personnages franchement géniaux : Danny Trejo et John Cho en livreurs de saucisses, Adam Brody en dealer rasta, Danny Masterson (That 70′s Show!!!) en roomate super bizarre… des seconds rôles, voir des caméos qui font plaisir. Et puis il y a Anna Faris. En fait c’est simple, sans elle dans le rôle principal et sans Araki à la réalisation, on serait devant un film sans intérêt. Elle porte tout le film à elle seule, avec son physique de girl next door super mignonne mais gaffeuse et complètement défoncée… et elle assure, bien loin de sa piètre performance dans la série des Scary Movies, on est plus du côté du rayon de soleil qu’elle emmenait dans Lost in Translation.

smiley face 2 [Critique] Smiley Face (2007)

Et on passe vraiment un bon moment, on rigole sans que ça soit non plus hilarant (bon y’a bien quelques scènes à pleurer de rire c’est vrai)… mais on se rend compte que ça tourne quand même un peu à vide. Et ça nous frappe encore plus quelques jours plus tard et qu’il ne nous reste pas grand chose en tête… alors que Mysterious Skin, même plusieurs année plus tard on ne l’oublie pas! C’est donc quand même décevant… C’est vrai que c’est très bien mis en scène, le montage est génial, la bande son aussi, mais il manque quelque chose pour en faire un grande comédie alors qu’il y avait là le potentiel pour une oeuvre culte. Des rebondissements il y en a à la pelle, des situations carrément loufoques aussi, on se fait gentiment balader sauf qu’il manque vraiment quelque chose, et s’il faut trouver un message il faut bien creuser…

Car oui on y voit aussi une forme de critique d’une jeunesse perdue… mais diviser les jeunes en deux catégories, d’un côté les junkies de l’autre les geeks, c’est légèrement réducteur et pas du niveau du réalisateur. Reste qu’on passe vraiment un bon moment car c’est plein de fraîcheur, on n’a pas à trop réfléchir sauf si on tente le jeu cité plus haut, et c’est tout de même un vrai délire psychédélique sur pellicule…

Mais en fait on sent bien que si ce film existe, c’est simplement pour être le catharsis de Gregg Araki qui s’est senti submergé par la noirceur de ses films précédents et qui recherchait cette forme de simplicité et de folie douce. On pourra toujours y chercher un sous-texte, c’est avant toute chose une comédie drôle, délirante, pleine de trouvaille visuelles très fun, mais vide et vite oubliée.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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