Random Article


 
News
 

Skyfall (Sam Mendes, 2012)

 
Skyfall affiche
Skyfall affiche
Skyfall affiche

 
Overview
 

Réalisateur:
 
Acteurs: , , , , , , ,
 
Scénariste: , ,
 
Compositeur:
 
Directeur De La Photographie:
 
Monteur:
 
Genre: , ,
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Synopsis: Dans SKYFALL, la loyauté de James Bond envers M est mise à l’épreuve lorsque la directrice des services secrets britanniques est rattrapée par son passé. 007 doit identifier et détruire la menace, quoi qu’il lui en coûte à titre personnel…
Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de r elocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…
 
Note
 
 
 
 
 
4/5


User Rating
5 total ratings

 


Texte de

 
Critique
 
 

Résurrection. C’est dans ce simple mot prononcé non sans humour dans la bande-annonce que se situe l’essence de Skyfall. Un thème souvent associé à la saga et ses changements d’interprète, et qui donne à Sam Mendes et Daniel Craig plus qu’un banal gimmick mais plutôt une profession de foi. Ce James Bond n°23 est autant une renaissance qu’un regard synthétique sur les 50 ans de carrière de l’agent secret britannique le plus célèbre et le plus adulé de l’histoire du cinéma, un film d’action ample et moderne qui aborde la légende derrière 007.

Bien qu’il ne se soit jamais caché de son ambition de toucher à un cinéma plus populaire, le doute était permis quant à l’embauche de Sam Mendes aux commandes d’un des blockbusters les plus attendus de l’année. Réalisateur plutôt calibré « auteur » et dont les quelques scènes d’action jusqu’à présent se limitaient à une approche assez contemplative – voir les gunfights atmosphériques des Sentiers de la perdition – l’anglais oscarisé ne semblait pas le choix le plus logique pour une franchise relancée sur des rails très sains par Martin Campbell et son Casino Royale. Et ce d’autant plus que Quantum of Solace ruinait une grande partie des espoirs de voir la saga partir sur des bases solides, la réduisant à un ersatz bancal de Jason Bourne. Sauf que Skyfall fait table rase des deux précédents films et se joue habilement des incohérences induites. La clé de voute de cette vaste entreprise de dépoussiérage – voire même de réinvention pure et simple – se nomme John Logan. Le scénariste de Gladiator et Rango, appelé en renfort des auteurs en charge de la franchise depuis 10 ans, a apporté tout son savoir-faire en matière de mythologie du héros pour faire de Skyfall un film qui place la quête de son personnage au centre de toutes les attentions. Et cela au risque de livrer un script dont les enjeux dramatiques, autres que ceux liés directement à James Bond et sa renaissance, semblent quelque peu anecdotiques. Plus qu’une suite banale arrivant à point nommé pour l’anniversaire, le nouveau James Bond est un film à part difficile à intégrer dans la saga mais qui porte sur elle une ombre bienfaisante.

Skyfall 1 Skyfall (Sam Mendes, 2012)

Comme on pouvait finalement s’en douter avec la venue de Sam Mendes, Skyfall est probablement le film le plus théorique de la saga, tranchant avec l’imagerie populaire de cinéma pop-corn qu’elle véhicule depuis maintenant 50 ans. Et c’est pourtant à travers cette imagerie qu’il construit son récit. Au delà des vulgaires clins d’œils bien mis en évidence, le temps d’une réplique (« For M. eyes only »), à l’apparition d’un personnage, d’un gadget (petite pique aux stylos qui explosent), d’un véhicule ou d’une petite mélodie familière, c’est dans sa synthèse entre les James Bond des différents âges (la masculinité, le charme, l’exotisme, les cascades, les bad guys, les décors…) que le film réussit parfaitement son objectif de film-mémoire. Mais plus encore que cela, le récit de Skyfall opère un retour aux sources littéral et symbolique pour accompagner la quête initiatique du héros et de son némésis. Il le fait à travers des motifs classiques de ce type de récit, à savoir la mort, la renaissance, la trahison, les figures parentales et la prise de conscience de son propre rôle. Cela conférant au film une dimension à la fois classique mais aussi très moderne, le traitement bénéficiant clairement de l’influence du travail de Christopher Nolan sur sa trilogie Batman et son héros torturé à la rencontre de sa destinée dans un environnement contemporain. La filiation est nette et ce ne sont pas les quelques envolées sporadiques d’un Thomas Newman sous influence zimmerienne qui viendront contredire cet état de fait. Skyfall rejoint ainsi, dans un sens, l’approche de The Dark Knight ou de Mission impossible : protocole fantôme et leurs héros fatigués, faillibles, dont le destin est intimement lié à l’exploration de leur caverne intérieure. Et si Skyfall s’avère surprenant par son ambition, radicalement opposée au principe de divertissement basique et explosif, il n’en demeure pas moins un blockbuster de haute volée dont les 2h25 ne perdent jamais une forme d’élégance qui est autant la marque de fabrique de Sam Mendes que de Roger Deakins, qui assurent tous deux un spectacle ne décevant jamais. Mieux, Sam Mendes se découvre un don pour filmer l’action, renvoyant au placard la médiocrité des séquences hystériques du précédent opus. Dans la traditionnelle séquence pré-générique, autant par la précision et la géométrie de ses cadres que par l’intelligence de son découpage, il revisite en 10 minutes non seulement le nouveau classique de la poursuite sur les toits d’Istanbul (Taken 2 mais également quelques séquences de la saga Jason Bourne à la topographie similaire) mais également les figures plus traditionnelles de la poursuite à moto ou du combat sur le toit d’un train lancé à vive allure.

Skyfall 2 Skyfall (Sam Mendes, 2012)

En refusant systématiquement le surdécoupage qui fait tant de mal au cinéma d’action moderne, en posant sa caméra et en pensant sa narration en faisant confiance au pouvoir de l’image, plus qu’à l’agression d’un montage trop cut, il opère un premier retour aux sources salvateur. Il n’y a pas des dizaines de séquences d’action dans Skyfall mais elles sont toutes composées à la perfection, avec un sens du tempo qui n’oublie pas de coller à la spécificité de son héros : c’est un agent secret avant tout et il pratique donc l’infiltration plutôt que l’attaque frontale en mode bourrin qui fait tout péter. Sam Mendes a parfaitement saisi le concept et adopte donc une mise en scène qui prend son temps et permet au spectateur d’analyser l’environnement avec le personnage autant que d’assimiler chaque action et la comprendre. Le travail sur le plan purement visuel est tel qu’on en viendrait presque à regretter le niveau global des enjeux du fil principal de l’intrigue, pas vraiment à ce niveau d’excellence. C’est sans doute dans le besoin d’inclure certains éléments « pop » pour trancher radicalement avec un traitement plus brutal et réaliste que se situe la faille, donnant lieu à quelques éléments incohérents, voire vulgaire, à l’image du traitement du terrorisme électronique qui reste malheureusement sommaire. C’est d’ailleurs sur ce point qu’un personnage majeur déçoit, alors que son introduction en amont dans le film était tout simplement brillante. Las, c’est bien peu de chose face aux forces en présence dans Skyfall. Si les James Bond Girls ne sont jamais passionnantes, Daniel Craig, sa mâchoire carré et son regard glaçant enflamme à nouveau l’écran dans une interprétation de l’espion qui reste sans doute la meilleure à ce jour, tandis que Javier Bardem se glisse sans trop de problème dans la peau du pur némésis au comportement outrancier, les deux formant avec Judi Dench un motif triangulaire passionnant lorsqu’il se révèle. Il y a bien sur quelques fautes de goûts dans certains dialogues, assez dommageables, mais l’humour à froid des échanges entre Bond et M. apporte quelques respirations légères bienvenues, tandis que Sam Mendes développe grâce à Bond un de ses thèmes chéris, celui de l’héritage à travers les figures du parent et de l’enfant, une constante dans son œuvre qui s’intègre merveilleusement à ce digest. Et comme il serait criminel d’aborder Skyfall sans mentionner le travail de Roger Deakins, disons qu’il livre des images qui resteront parmi les plus belles vues au cinéma cette année, qu’il applique à sa photographie la thématique du héros de l’ombre et qu’il en sort des plans miraculeux. L’arrivée en pirogue à Macao et ses contrastes, l’impressionnante séquence de l’immeuble de verre à Shanghai, ses ombres chinoises qui transforment les personnages en silhouettes et son combat en plan séquence avec un léger zoom avant (la rupture avec le traitement sous-Greengrass de Quantum of Solace est une idée de génie), ou encore tout ce dernier acte qui transforme Skyfall en film de siège crépusculaire dont les silhouettes se découpent dans les flammes et la fumée, autant d’images qui bénéficient de la puissance iconographique de Roger Deakins. Impressionnant à plus d’un titre, excessif tout en restant très posé, symbolique (la disparition progressive de l’environnement pour laisser le héros face à ses démons et aux forces de la nature), on se gardera bien de trancher si oui ou non Skyfall est le meilleur film de la saga, mais c’est assurément une grosse réussite.