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Scott Pilgrim (Edgar Wright, 2010)

 
Scott Pilgrim d'Edgar Wright (2010)
Scott Pilgrim d'Edgar Wright (2010)
Scott Pilgrim d'Edgar Wright (2010)

 
Informations
 

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Titre original: Scott Pilgrim vs. the World
 
Synopsis: Scott Pilgrim n’a jamais eu de problème à trouver une petite amie, mais s’en débarrasser s’avère plus compliqué. Entre celle qui lui a brisé le cœur – et qui est de retour en ville – et l’adolescente qui lui sert de distraction au moment où Ramona entre dans sa vie - en rollers - l’amour n’a jamais été chose facile. Il va cependant vite réaliser que le nouvel objet de son affection traîne les plus singulières casseroles jamais rencontrées : une infâme ligue d’ex qui contrôlent sa vie amoureuse et sont prêts à tout pour éliminer son nouveau prétendant. À mesure que Scott se rapproche de Ramona, il est confronté à une palette grandissante d’individus patibulaires qui peuplent le passé de sa dulcinée : du mesquin skateur à la rock star végétarienne en passant par une affreuse paire de jumeaux. Et s’il espère séduire l’amour de sa vie, il doit triompher de chacun d’eux avant que la partie soit bel et bien « over ».
 
Note
 
 
 
 
 
3/ 5


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Posté le 2010/11/23 par

 
Critique
 
 

On a beau réfléchir, il est difficile de saisir les raisons qui ont poussé Edgar Wright à se lancer dans cette adaptation de Scott Pilgrim vs. the World, comic-book phénomène – même si pas forcément séduisant – de Bryan Lee O’Malley. Lui qui symbolisait une nouvelle vague de réalisateurs britanniques capable de merveilles, maîtrisant les genres et leur mariage improbable: vrai film de zombies et vraie comédie pour Shaun of the Dead, vrai blockbuster d’action et vraie comédie pour Hot Fuzz. Pour sa première expérience chez l’oncle Sam il se retrouve avec ce gloubi-boulga filmique insensé qui excite les geeks du monde entier depuis l’annonce même du projet, alors qu’il n’y a finalement pas de quoi fouetter un chat. C’est bien beau de réaliser un film OVNI, encore faut-il que l’oeuvre dépasse le simple statut de déclaration d’amour à tout un pan de la culture alternative des 20 dernières années. On s’en doutait un peu mais le résultat est sans appel: Scott Pilgrim d’Edgar Wright n’est rien d’autre qu’un fantasme masturbatoire pour geeks et un gros délire potache. Amusant mais vain, on comprend mieux pourquoi le film a pris autant de temps pour sortir en France (il est sorti en vidéo aux USA avant même sa sortie cinéma chez nous). Car Scott Pilgrim a beau jouer à merveille son rôle de film presque expérimental parfois extrêmement jouissif à l’image, il n’en reste pas moins une banale bluette mise en scène comme un jeu vidéo et dotée d’un scénario digne des pires jeux vidéos justement, comprendre que les 5 ans d’écriture ont abouti sur un vide scénaristique abyssal.

scott pilgrim 1 Scott Pilgrim (Edgar Wright, 2010)

Et ce qui devait faire la force de Scott Pilgrim l’enfonce paradoxalement. Car le machin dure tout de même pas loin de deux heures et ne présente qu’une suite de séquences agencées de façon improbable qui n’en font en rien une oeuvre de cinéma. Le seul et unique enjeu dramatique du film est de savoir si Scott va réussir à terrasser la ligue des ex-boyfriends de Ramona, fille au charisme d’huître dont il est tombé follement amoureux, c’est maigre. Et la mise en forme de la chose suit à peu près la trame scénaristique d’un jeu de baston des années 90, à savoir un combat, une transition inintéressante, un autre combat… pour arriver jusqu’au boss de fin, lui éclater la gueule et gagner la partie. Et ça se veut être un film générationnel? Très honnêtement on est là devant quelque chose qui ravira les amateurs de jeux vidéo mais risque de laisser les spectateurs de cinéma sur la touche tant l’ensemble manque de liant. En comparaison le très fun Speed Racer, qui jouait à peu près avec les mêmes codes mais bien plus intelligemment, c’est du Tarkovski.

Mais il est vrai que pour les hordes de geeks, c’est le bonheur sur pellicule. Derrière les accords fadasses de rock alternatif (grosse déception cette BO) c’est un festival de références dans tous les sens. Un peu de Mario par ici, un peu de Zelda par là, un zeste de Final Fantasy, pour les plus évidentes. Mais étant donné que Scott Pilgrim est un pur produit marketing parfaitement formaté pour sa cible, les vrais geeks et hardcore gamers, certaines références nous échappent sans doute. On s’en fout après tout, car un film qui ne s’adresse qu’à une micro-communauté n’a pas plus d’intérêt que ça. C’est bien là tout le problème de Scott Pilgrim, la raison pour laquelle il aura du mal à échapper à l’échec commercial, il ne s’adresse qu’à une frange minuscule du public, laissant le reste au bord du chemin. Car au début le film est amusant, avec son esthétique pop et toutes ces incrustations kitsch, des barres de vie aux petits coeurs en passant par les ondes musicales, mais à force de répétitions il finit par ennuyer et le délire annoncé déçoit terriblement. C’est d’autant plus rageant que le côté expérimental, même si parfaitement calibré, mélangeant toutes sortes d’influences en se les réappropriant, était vraiment amusant. Mais le trop étant l’ennemi du bien, on frise l’overdose.

scott pilgrim 2 Scott Pilgrim (Edgar Wright, 2010)

Pas grand chose à redire du côté de la mise en scène, Edgar Wright reste un grand réalisateur capable de manipuler l’image avec talent. Il s’est clairement amusé, abolissant toutes sortes de limites, et livre un film véritablement unique. Mais là encore, si l’enrobage fascine il ne parvient pas à masquer la vacuité et la niaiserie d’un scénario à la ramasse. Il n’est pas vraiment aidé par son acteur principal, Michael Cera, qui film après film devient de moins en moins supportable, ne sortant jamais de la figure de l’ado à problèmes à la voix de crécelle. Pas mieux pour Mary Elizabeth Winstead dans une relecture fade du personnage de Kate Winslet dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind. C’est plus du côté des seconds couteaux que se situent les réjouissances. Jason Schwartzman délicieux en big boss, Brandon Routh dans une prestation ultra jouissive, tout comme Chris Evans, excellents dans le second degré. Sans oublier l’apparition surréaliste de Thomas Jane et Clifton Collins Jr. Il y a bien de très grandes choses dans Scott Pilgrim, mais déséquilibrées par tellement de défauts que parler là de chef d’oeuvre tient de l’hérésie.

Oui Scott Pilgrim c’est du fun en barres, oui visuellement on se prend une claque par minute, oui c’est un film quasiment expérimental et qui va au bout de son concept. Sauf qu’Edgar Wright semble avoir oublié l’essentiel. C’est bien beau de rendre un tel hommage à 30 ans de jeux vidéos, de comics et autres cultures bis, mais même un bon jeu vidéo a besoin d’un scénario, et Scott Pilgrim démontre une faiblesse fatale à ce niveau. Amusant au départ, le film et sa romance jamais émouvante finit par agacer tant il tourne en rond et à vide. Adressé uniquement au public geek pas forcément exigeant en termes de cinéma, Scott Pilgrim ne pourra que laisser de marbre la majorité du public. C’est dommage car le film est bourré d’idées visuelles tout simplement géniales mais en se tirant immédiatement une balle dans le pied en oubliant que les spectateurs trentenaires ne sont pas tous des hardcore gamers, il fait une grossière erreur.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.