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[Critique] RoboCop (Paul Verhoeven, 1987)

 
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Bottom Line

Avec son titre de série Z, son pitch improbable et sa sortie en pleine décennie maudite, RoboCop aurait pu n’être qu’une grosse bouse de science-fiction ajoutée à la longue liste du genre. Sauf qu’avec Paul Verhoeven aux commandes, c’est tout l’inverse qui s’est produit. 25 ans plus tard, RoboCop reste un monument de violence et [...]

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Posté le 18 août 2012 par

 
Critique
 
 

Avec son titre de série Z, son pitch improbable et sa sortie en pleine décennie maudite, RoboCop aurait pu n’être qu’une grosse bouse de science-fiction ajoutée à la longue liste du genre. Sauf qu’avec Paul Verhoeven aux commandes, c’est tout l’inverse qui s’est produit. 25 ans plus tard, RoboCop reste un monument de violence et une charge politique comme Hollywood n’aura plus jamais le courage d’en produire.

Avec l’improbable remake qui pointe le bout de son nez, par le pourtant brillant José Padilha, il convient de se replonger dans RoboCop, film aux lectures multiples comme peut l’être Predator et qui pouvait autant combler l’adolescent des années 80 par un divertissement populaire et violent de haute volée que l’adulte capable de voir au delà des images qui lui sont proposées. RoboCop, que Paul Verhoeven avait tout d’abord refusé de tourner, comme tous les réalisateurs à qui le projet a été proposé, est un de ces monuments de cinéma qui dérange, qui caresse l’Amérique à rebrousse-poil et lui met le nez dans ses propres déjections. En 1987, Paul Verhoeven fait renaître le cinéma des années 70, celui engagé et enragé de Sam Peckinpah dans un film de SF qui tient plus du western urbain que d’autre chose, propulsé par un propos corrosif sur l’état du monde sous le règne de Ronald Reagan, un humour noir sans cesse à la limite et une violence carrément outrancière. Les USA ont adopté la politique de l’autruche, et le hollandais violent leur sort méchamment la tête du trou sans prendre de pincettes. Et alors que la grande majorité, bien qu’il y ait des dizaines d’exceptions, des films sortis dans les années 80 souffrent cruellement du poids des années et des modes, RoboCop impressionne par son universalité, sa propension à traverser les époques, et son ton visionnaire.

robocop [Critique] RoboCop (Paul Verhoeven, 1987)

Il y a tout dans RoboCop pour aboutir sur un grand film, et il y a essentiellement un discours multiple qui fascine toujours autant, 25 ans plus tard. Le plus fou reste de voir qu’à Hollywood, c’est un réalisateur européen adopté par les USA qui se permet de livrer le discours le plus offensif sur la politique en place. Et le plus beau est qu’il se permettra d’aller encore plus loin 10 ans plus tard avec Starship Troopers afin de créer une sorte de diptyque SF mariant l’efficacité du blockbuster badass à la charge satirique salvatrice. Avec RoboCop, la cible et claire, c’est Reagan et donc l’Amérique. En plein centre, l’ultra-capitalisme, la privatisation à tout-va, la politique sécuritaire, la relation avec le crime organisé, l’urbanisme brutal. Verhoeven n’épargne rien ni personne et pousse la charge à l’extrême dans une vision qui tenait de la satire mais qui s’avère prophétique sur de nombreux points. Il n’y a qu’à voir ce qu’est devenue la ville de Detroit. Il n’y a rien qui soit aussi efficace que le cinéma de genre pour aborder un propos politique aussi riche, et la science-fiction permet tout sans que la censure n’y puisse quoi que ce soit. Ainsi RoboCop frappe fort dans l’estomac de cette Amérique rendue aux financiers, à une période charnière de son histoire et dont les nouvelles têtes pensantes sont des golden boys aux dents qui raclent le sol tant elles sont longues. C’est dans ce contexte que “naît” le personnage de RoboCop, une erreur tragique qui va pousser le vice qui habite Detroit vers une situation cataclysmique. Non seulement la ville est rongée par le crime à un tel point que la police se fait massacrer, mais la privatisation de l’armement donne les pleins pouvoirs à une société privée sur le contrôle de la police, et le programme RoboCop ne laisse même plus la liberté aux officiers de mourir. Tous les futurs possibles dans cet univers, qu’ils passent par RoboCop ou le robot ED-209, ouvrent la voie à l’extinction de l’espèce humaine, pure et simple, et à la prise de pouvoir des machines. Car au delà de son aspect clairement politisé et critique, RoboCop est aussi un grand film de science-fiction qui brasse nombre des thèmes fondateurs du genre.

robocop 2 [Critique] RoboCop (Paul Verhoeven, 1987)

Ainsi RoboCop est un film qui tend assez clairement vers la vague cyberpunk en explorant non seulement le pouvoir des machines mais également, voire surtout, le mariage entre la chair et le métal, entre le cerveau humain et l’électronique, entre l’homme et la machine. Et Paul Verhoeven est suffisamment sage derrière son image d’agitateur hardcore pour établir une saine réflexion sur la lutte interne entre ces deux entités. Quand dans le final RoboCop décide de ne pas arrêter Clarence Boddicker comme le ferait un flic, mais de l’abattre, est-ce l’homme qui prend le dessus sur la machine, surpassant le programme établi pour revenir à la bonne vieille vengeance humaine ? Ou est-ce la machine qui s’affranchit de ses ordres et qui décide que le crime doit être puni par la mort et non la prison ? On tient là un exemple parmi d’autres de ce qui fait la beauté du cinéma de Verhoeven en même temps que ce qui peut déranger dans son discours. Il laisse ouvert le champ des possibles courageusement, et il n’a pas peur de passer pour un réactionnaire (ou un fasciste, certains ont osé) en laissant planer le doute sur ses positions. Reste que dans le film, comme dans la grande majorité de ses autres films, tout est suffisamment bien écrit et complexe pour inviter à une vraie réflexion sur tous ces sujets moraux délicats. Par contre politiquement c’est très clair, il dresse un procès à la doctrine Reagan. Et tout aussi passionnant, on trouve dans RoboCop une magnifique tragédie aux accents christiques. Mais Paul Verhoeven n’est jamais un tendre avec la religion, autre sujet délicat qui le passionne, et il finit par transformer son Christ de métal (il meurt, il renaît, il marche sur l’eau…) en instrument de la vengeance des hommes qui ne pardonnera jamais. C’est par ses multiples niveaux de lecture d’un film qui jongle entre le classique antique et l’audace moderne (l’utilisation des spots de pub et des séries TV pour appuyer la charge anti-capitaliste), qui ose massacrer son héros plein cadre dans un déferlement de balles et d’hémoglobine, qui joue avec des images chocs voire carrément dégueulasses et une violence soudaine, qui ne cantonne pas le personnage féminin au décor mais en fait un personnage d’action qui manie les flingues, et pas que les petits, avec sa bande son imposante et ses délires de mise en scène, son application dans le découpage et son utilisation brillante du plan séquence, son côté assez épuré et crépusculaire, RoboCop est bien un film qu’aurait pu mettre en scène Sam Peckinpah. Paul Verhoeven est un de ses plus beaux héritiers, un vrai metteur en scène talentueux, qui n’a peur de rien, qui sait composer un casting de “gueules” incroyables pour construire des bad guys légendaires, qui est capable de jouer avec la technologie (le stop-motion justifié par les mouvements qui n’ont aucune raison d’être fluides du prototype ED-209) et qui surtout a beaucoup de choses à dire et semble en permanence en colère. Et un réalisateur vénère, quand il possède autant de talent pour canaliser son sentiment dans sa mise en scène et de liberté pour aborder de front les sujets qui fâchent, ça donne beaucoup de très grands films.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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