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[Critique] Revenge (2010)

 
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Bottom Line

Si elle est généralement réduite à l’évocation de ses derniers films, Brothers et After the Wedding, voire Nos Souvenirs brûlés, son escapade américaine, il faut se souvenir que la dame réalise des longs métrages depuis 20 ans, plus précisément depuis le difficilement trouvable Freud quitte la maison en 1991. Autant dire que ce n’est pas [...]

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Posté le 2011/03/15 par

 
Critique
 
 

Si elle est généralement réduite à l’évocation de ses derniers films, Brothers et After the Wedding, voire Nos Souvenirs brûlés, son escapade américaine, il faut se souvenir que la dame réalise des longs métrages depuis 20 ans, plus précisément depuis le difficilement trouvable Freud quitte la maison en 1991. Autant dire que ce n’est pas la dernière venue. Cette année elle risque de faire grincer quelques dents avec ce Revenge qui aura empêché le sublime Incendies de Denis Villeneuve de récolter les Golden Globe et Oscar du meilleur film étranger. Non pas que le film soit mauvais, loin de là. Il est même bon. Mais concrètement il est très loin des plus belles réussites de la réalisatrice tout en suivant une évolution tout à fait logique de son cinéma. Un abandon des codes du dogme définitivement consommé pour aller vers son opposé, une stylisation presque à outrance, des sentiments exacerbés, une absence de retenue totale. Il serait facile de rejeter tout cela en bloc, sauf que Susanne Bier n’a rien d’une opportuniste et Revenge s’inscrit dans un plan de carrière vaste. Avec son nouveau film, elle se rapproche du cinéma d’un autre ancien chouchou de la critique qui a perdu son odeur de sainteté alors qu’il n’a finalement pas changé grand chose dans ses film, Alejandro González Iñárritu. Revenge c’est beau, c’est puissant, c’est émouvant, mais à y regarder de plus près c’est un produit un peu facile et sans doute trop “américanisé”.

Revenge 1 [Critique] Revenge (2010)

Avec Revenge, Susanne Bier s’essaye à ce qui ressemble bien à un film choral. Un film choral sur la vengeance? 21 Grammes! Pas tout à fait, car malgré son titre Revenge ne parle pas tant de vengeance que cela. Tant mieux car les figures autour de la loi du talion ça devient lassant, et tout le monde n’est pas capable de développer autant de cruauté que les coréens. Revenge ce sont les trajectoires croisées de deux familles, au sein de ses familles on y trouve 2 ou 3 destins qui là aussi vont créer des arcs narratifs. Entre les deux enfants qui vont se retrouver sur la même trame, les parents séparés d’un côté, le père en deuil de l’autre, c’est une profusion de personnages et de destins. Pourtant, et c’est clairement la grande force de Revenge, le scénario est tellement brillamment écrit que tout cela s’imbrique sans le moindre problème, dans une logique aussi belle que noire et cruelle. Logique avec la plume de Anders Thomas Jensen, scénariste attitré de Susanne Bier qui livre une fois de plus un travail remarquable de construction.

Et si le film aurait mérité quelques coupes supplémentaires afin de lui imposer un rythme plus efficace, on se prend d’une réelle affection envers toute cette galerie de personnages complètement brisés par la vie. C’est sans doute une des limites de Revenge, son trop plein de noirceur dans sa peinture de la nature humaine, avec peu de place pour l’optimisme. Un couple en instance de divorce, une mère médecin au bord de la rupture, un père médecin en Afrique, un autre ayant récemment perdu sa femme décédée d’un cancer… tandis que les deux enfants ne sont pas en reste. Le premier ne se remet pas de la perte de sa mère et développe une violence sidérante tandis que l’autre, visiblement marqué par l’absence commune du père, sombre dans le rôle de souffre douleur à l’école. À partir de là va se mettre en place une réflexion sur le concept de choix moral, sur comment aborder la violence quotidienne. Tous craquent, et le spectacle s’avère assez terrifiant car on y voit des hommes et femmes qui lâchent prise complètement, jusqu’à en oublier leurs valeurs les plus fortes. Et si tout cela est bien passionnant, une certaine accumulation de clichés (l’école, l’Afrique…) et une fâcheuse tendance à développer le pathos plus que de raison entachent largement la puissance évocatrice de l’oeuvre.

Revenge 2 [Critique] Revenge (2010)

Pourtant, et malgré les effluves de larmes, la présence prépondérante des violons et un certain didactisme émotionnel, Revenge parvient souvent à nous toucher en plein coeur. Mais pas tout à fait là où on l’attendait. Les plus beaux moments resteront la décision du médecin en Afrique, bouleversant dilemme moral, l’affrontement calme face à la bêtise du garagiste brutal et tout simplement la réflexion globale sur l’éducation. Le sujet est vaste, mais les éléments apportés ici par Susanne Bier entraînent une véritable discussion sur les valeurs morales à inculquer à ses enfants. C’est essentiellement grâce au scénario et à son don inné pour la direction d’acteurs que le message passe. En faisant appel à quasiment ce qui se fait de mieux parmi les acteurs d’Europe du Nord, elle fait clairement le bon choix, tous sont fabuleux, y compris les enfants. À l’image, c’est beau, mais sans doute un brin trop démonstratif et poseur pour ce genre de drame complexe. Néanmoins ce mélange entre l’esthétique nordique et une certaine vision du cinéma d’Amérique latine possède de sérieux atouts pour séduire. Mais on lui préfère la relative sobriété dont pouvait faire preuve la réalisatrice par le passé.

Revenge est une oeuvre complexe par sa construction et la multitude de thématiques abordées. Mais sans doute trop. À l’image de sa mise en scène et du traitement en général qui cède souvent à la démesure ou au cliché, le récit de Revenge ratisse large et ne pousse pas au bout ses réflexions les plus passionnantes. Reste l’impression d’un grand film qui ne l’est pas, à trop vouloir faire des appels du pied au public américain par le pathos omniprésent et une esthétique trop léchée. C’est loin d’être ce que Susanne Bier peut faire de mieux, même si on assiste à une évolution assez logique de son cinéma. D’autant plus qu’on assiste à une belle démonstration d’une brochette de très grands acteurs.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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