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[Critique] Resident Evil : Afterlife (Paul W.S. Anderson, 2010)

 
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Bottom Line

Paul W.S. Anderson reprend les rênes de la saga qu’il a toujours supervisé en apportant à ce quatrième épisode un élément nouveau : le relief. Incapable de saisir en quoi consiste l’utilisation de la 3D dans la mise en scène, il signe un épisode d’une nullité confondante, qui souille une fois de plus la franchise [...]

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Posté le 22 septembre 2012 par

 
Critique
 
 

Paul W.S. Anderson reprend les rênes de la saga qu’il a toujours supervisé en apportant à ce quatrième épisode un élément nouveau : le relief. Incapable de saisir en quoi consiste l’utilisation de la 3D dans la mise en scène, il signe un épisode d’une nullité confondante, qui souille une fois de plus la franchise vidéoludique  tout en flirtant avec le niveau 0 du cinéma. Dans un soucis d’incohérence qui force le respect, Resident Evil : Afterlife transforme ses 60 millions de dollars de budget en un spectacle nanardesque intersidéral, retrouvant ainsi le niveau lamentable du second épisode.

Paul W.S. Anderson est un homme de parole, profondément respectueux envers son public et tout ce qu’il touche. C’est pour cela qu’après avoir fait subir les derniers outrages au jeu vidéo Resident Evil sur grand écran, d’abord directement puis en utilisant des réalisateurs-marionnettes, après avoir assuré que Resident Evil : Extinction et son monde en ruines serait logiquement le dernier de ce massacre, il a décidé de remettre le couvert avec le bien nommé Resident Evil : Afterlife, nouveau film d’une franchise qui a déjà clairement les deux pieds dans la tombe. Pas grand chose à sauver dans cette entreprise dont l’unique objectif est d’enrichir un peu plus ses producteurs – un objectif largement rempli au vu des quelques 300 millions de dollars récoltés – sans se soucier du spectateur considéré une fois de plus comme un crétin qui se contenterait d’un fan service bas de gamme. Il a beau être cynique à souhait, il semblerait que les recettes du film donnent raison à Paul W.S. Anderson : son public ne se soucie guère de la qualité du produit fini et se contente des miettes jetées au vent au milieu de ce triste spectacle, sans doute excité d’assister à ce qui ressemble à la sex tape du couple Anderson/Jovovich, tant la mise en scène du premier adopte un point de vue lubrique sur la seconde.

Resident Evil Afterlife 1 [Critique] Resident Evil : Afterlife (Paul W.S. Anderson, 2010)

Quoique “mise en scène” reste une expression à manier avec des pincettes quand il s’agit d’aborder le cas de Paul W.S. Anderson. Pour Resident Evil : Afterlife, il a découvert un nouveau jouet qui répond au doux nom de PACE Fusion 3-D, la fameuse caméra développée par James Cameron pour le tournage d’Avatar. Dans l’esprit d’Anderson, un nouveau jouet, et non un outil comme chez les vrais cinéastes, c’est un truc cool utilisé comme tel. Et en effet, il s’amuse avec sa caméra 3D pour livrer un résultat incompréhensible, soit un des seuls films tournés en relief dans lequel ce dernier n’a aucun sens. C’est simple, pas un seul plan ne justifie l’utilisation de la 3D, il n’exploite même pas la profondeur de champ accrue que cela lui permet, signe d’un metteur en scène à la ramasse qui s’est trompé de métier et devrait se contenter de son activité très lucrative de producteur. Mais non, Paul W.S. Anderson ressent tellement ce besoin de partager avec le public son regard sur l’absence de formes de sa femme qu’il filme sous toutes les coutures, qu’il n’est pas prêt de lâcher l’affaire. Toujours scénariste, car écrire des scénarios sans queue ni tête est son autre grande passion, il pond cette fois un récit qui d’un côté travaille des liens avec les épisodes précédents, mais d’un autre côté semble oublier qu’ils existent. Ainsi le monde en ruine ne l’est plus vraiment, car un univers post-apocalyptique était cool mais seulement le temps d’un film. “Cool”, le mot préféré du réalisateur spécialiste du racolage massif et éhonté capable de trainer en salle n’importe quel boutonneux, tel un VRP implacable. Des jolies filles avec des flingues, des monstres, de la 3D et des explosions au ralenti, Resident Evil : Afterlife réalise un headshot précis sur le public adolescent et décérébré dont la faim pour la médiocrité au cinéma n’a plus de limite. Sans doute faut-il y voir une action guidée par l’inconscient avec le fantasme du zombie qui se fait corriger par l’héroïne sexy. Qu’importe, le résultat est là, imbuvable et ne tenant jamais compte des bases les plus simples de la narration au cinéma, ni même de celles du jeu vidéo, à moins que pour Paul W.S. Anderson Super Mario Bros soit le modèle de narration à suivre.

Resident Evil Afterlife 2 [Critique] Resident Evil : Afterlife (Paul W.S. Anderson, 2010)

Pour rester cohérent avec les opus précédents, Resident Evil : Afterlife réduit ses enjeux dramatiques à néant en ne prenant jamais au sérieux le principe du survival et en rendant plus ou moins immortelle son héroïne par des artifices embarrassants. Les éléments repris des jeux vidéo le sont tout autant, avec une fois de plus une utilisation vulgaire des références, des corbeaux aux dobermans. Mais le plus triste est de voir à quel point Paul W.S. Anderson n’éprouve pas le moindre respect pour ces emprunts, son cynisme dégueulasse le poussant même à ridiculiser des figures majeures de cet univers. Après avoir transformé Jill Valentine en simple faire-valoir d’Alice, il se paye cette fois la tête d’Albert Wesker qu’il pulvérise littéralement sans se soucier de la mythologie existant derrière le personnage. Même tarif pour un autre bad guy du film, le Bourreau récupéré du jeu Resident Evil 5 et réduit à l’état de fonction jamais vraiment menaçante, mais qui permet à Paul W.S. Anderson de pondre une scène en 3D et au ralenti sous des trombes d’eau, parce que c’est cool les gouttes d’eau en 3D, comme les effets gores. On touche là un autre vrai problème du film : Resident Evil : Afterlife semble se dérouler entièrement au ralenti. Le relief obligeant le réalisateur à rallonger ses plans, il pousse le vice encore plus loin avec ses ralentis interminables et qui, majoritairement, ne trouvent aucune justification dans les séquences. Mais il est vrai que face à ce film, on oublie assez vite de chercher un semblant de sens à ce qui se passe dans le cadre ou à comment le réalisateur les construit tant il semble à côté de ses pompes. Il semble même nous demander de ne pas réfléchir, qu’il n’y a aucune logique dans son travail, à l’image de cette séquence surréaliste de l’atterrissage de l’avion sur le toit d’un immeuble, avec un type qui parvient à retenir l’avion, tout seul… Resident Evil : Afterlife n’est rien d’autre qu’un produit laid et ringard qui pioche ses plans les plus iconiques dans des monuments sortis il y a 10 ans ou plus (Matrix, Matrix Reloaded et Blade II), un film mou du genou et incohérent comme cela n’est pas permis (y compris dans son découpage crétin), d’une vulgarité incroyable (le traitement de Chris Redfield ruiné pour draguer les fans de Prison Break, le combat contre le bourreau qui devient un concours de Tshirt mouillé), racoleur et calibré jusqu’à anéantir tout plaisir de spectateur de cinéma et qui la met bien profond à une franchise de jeu vidéo qui n’avait pas besoin de subir tout ça. D’un autre côté, à en croire la scène où Alice plonge dans le vide pour attirer les zombies qui vont la suivre et tomber, l’histoire du jeu vidéo pour Paul W.S. Anderson s’est arrêtée à Lemmings.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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