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[Critique] Redd Inc. (Daniel Krige, 2012)

 
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Bottom Line

Étrange Festival 2012 : Compétition internationale. Ni vraiment un bon film sur le pouvoir du regard tout puissant, ni vraiment un torture-porn accompli, Redd Inc., production australienne, échoue dans ses deux promesses d’expérience extrême. Une frustration d’autant plus grande que la figure du tortionnaire aurait pu donner quelque chose d’excellent sous les traits de Nicholas [...]

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Posté le 8 septembre 2012 par

 
Critique
 
 

Étrange Festival 2012 : Compétition internationale.

Ni vraiment un bon film sur le pouvoir du regard tout puissant, ni vraiment un torture-porn accompli, Redd Inc., production australienne, échoue dans ses deux promesses d’expérience extrême. Une frustration d’autant plus grande que la figure du tortionnaire aurait pu donner quelque chose d’excellent sous les traits de Nicholas Hope.

On ne peut pas dire que le scénario de Redd Inc. brille par son épaisseur. Utiliser les victimes d’un patron machiavélique pour faire du torture-porn, rien de très original. On aurait aimé parler de « drôle d’objet australien » ou balancer la formule toute faite « OFNI » devant un traitement déroutant d’un film clairement pour les moins de 16 ans. Or, Redd Inc. ne tient absolument pas sa promesse initiale. Un rythme monotone cherche à créer le malaise. Le patron, Reddman, accusé de meurtre, a construit sa petite entreprise de torture dans une version extrême des open spaces. La division du travail se confronte à une obligation de côtoyer en permanence ses collègues sans intimité possible. On partage ses douleurs, on se défoule sur l’autre, on se monte la tête les uns des autres, etc… Sans chercher à trop disserter, Daniel Krige s’en prend banalement au monde du travail, à l’absurdité de sa dictature intérieure. Quand un employé travaille mal, il est blâmé. Cela se traduit dans le film par une balafre sur le front. Au bout de cinq avertissements, la sanction est bien pire… Les quelques passages bien sanglants et cruels s’avèrent plutôt réussis. Sans aller jusqu’à la créativité malsaine de Saw ou ludique de Destination Finale, Redd Inc. maltraite les ongles, les jambes et autres paires d’yeux. Sauf que ces moments un peu tendus se font attendre, embourbés dans une intrigue principale qui ne choisit pas entre le semi-sérieux et le délire complet.

Redd inc 1 [Critique] Redd Inc. (Daniel Krige, 2012)

Car Krige tient à son histoire d’homme qui se considère accusé à tort. Il Enferme six victimes autour de tables, affublés d’ordinateurs, et leurs demandent de refaire l’enquête. Tous ont un lien avec le procès passé : témoins oculaires, juge, flic, Reddman se la joue Faites entrer l’accusé. En découle des scènes répétitives où les victimes se forcent à travailler, où elles ont droit aux repas dégueulasses et aux pauses pipi de cinq minutes strictes. Si dans son final, le long-métrage tente de sortir de sa torpeur pour virer au gentil slash-movie, le changement arrive trop tard. Le plaisir est moindre et, comme souvent dans ce genre de film parodique, les twists relancent péniblement la machine. Grâce à Nicholas Hope (Bad Boy Bubby) en tortionnaire cynique, le film trouve tout de même une forme de beauté sacrificielle, où un homme terrorisant pense réellement mener une justice. La classe évidente de l’acteur surplombe le reste de la clique qui courbe l’échine. Chacun se voit jouer une partition selon son attribut officiel, autant menottés dans l’acting que physiquement. L’héroïne sexy du film, Annabelle Hale, avec son visage aux faux airs de Sasha Grey, ne rivalise pourtant pas de tension sexuelle comme son modèle implicite. C’est bien un problème quand on se veut un « torture-porn ».

redd inc 2 [Critique] Redd Inc. (Daniel Krige, 2012)

Le film ne se contente que de quelques postures vaguement sexys ainsi que d’un simple plan de recoiffage pour offrir une ambiguïté sexuelle au bourreau. Et c’est à peu près tout. D’ailleurs, même certaines scènes gores ne profitent guère de la frontalité attendue. Il y a des victimes – encore heureux – mais seules celles persécutées autour de la table bénéficient d’un traitement sans hors-champ. Reste le huis clos, plutôt bien mené, avec sa froideur lumineuse et ses couloirs glauques. Le rapprochement avec l’atmosphère impersonnelle des vraies entreprises échoue en partie. Il lui aurait peut-être fallu plus accentuer sur les désagréables sons du quotidien (le néon qui s’allume, l’ordinateur qui souffle) pour intérioriser le mal-être de ces victimes au demeurant plutôt résistante à la fatigue. Redd Inc. est un film sur le regard tout puissant (le patron a des écrans de surveillance sur chaque employé, il connait bien leur vie) mais ne reproduit pas la force tyrannique de celui-ci avec brio.


Alexandre Mathis

 
Ancien tenancier de Plan-c, depuis plombier pour Playlist Society et mercenaire bienveillant pour Filmosphere, Accreds et plus si affinités. Ne pas trop toucher aux idoles Miyazaki /Coppola/ Malick sous peine de se faire ridiculiser.


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