[Critique] Rebelle de Brenda Chapman et Mark Andrews
Réalisateur: Brenda Chapman, Mark Andrews, Steve Purcell
A première vue, il ne fait aucun doute que le dernier né des studios Pixar se fera taxer de mélange bâtard entre Raiponce et Frère des ours. Le limiter à cela serait une grossière erreur car s’il est parcouru de l’esprit Disney, Rebelle est bel et bien un film Pixar. Pas le meilleur, ni le [...]
A première vue, il ne fait aucun doute que le dernier né des studios Pixar se fera taxer de mélange bâtard entre Raiponce et Frère des ours. Le limiter à cela serait une grossière erreur car s’il est parcouru de l’esprit Disney, Rebelle est bel et bien un film Pixar. Pas le meilleur, ni le moins bon, mais une œuvre qui s’inscrit dans la logique créative du studio dans une veine relativement premier degré comme pouvait l’être Cars 2 par exemple. Riche, au rythme enlevé, techniquement époustouflant, Rebelle sait masquer sa production un brin chaotique derrière son efficacité. L’ambivalence du film vient du fait qu’il semble assez clairement s’adresser au jeune public, lorsque le studio s’est fait une spécialité de jouer sur des niveaux de lecture très clairs pour contenter tous les publics, des plus jeunes aux plus âgés. C’est ce qu’on aurait tendance à penser immédiatement à la sortie de Rebelle, avant que la beauté du film, sa complexité, sa richesse, son universalité dans le propos ne nous écrasent implacablement. D’ailleurs, il ne faut pas se laisser leurrer par le “rebelle” de son titre, et plutôt se souvenir du “brave” (courageuse) du titre original car c’est bien de cela qu’il s’agit : une leçon de courage, ou plusieurs même, avec au centre les liens aussi fragiles qu’incassables unissant une fille à sa mère.
![Rebelle 1 Rebelle 1 [Critique] Rebelle de Brenda Chapman et Mark Andrews](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/06/Rebelle-1.jpg)
Sans grande surprise, Rebelle prend la forme d’une aventure humaine et d’une quête initiatique. Ainsi, le fait “révolutionnaire” d’un personnage principal féminin chez Pixar, quand cela a déjà été fait à plusieurs reprises chez Disney, n’est finalement qu’un prétexte. Rebelle n’est pas l’œuvre féministe attendue, et c’est tant mieux car le film y gagne en portée universelle. Pour les plus jeunes, le spectacle est éblouissant. Ponctué de séquences virtuoses, de morceaux de bravoure technique et de vrais morceaux de comédie, sans oublier des éléments de pur effroi ou une construction dramatique millimétrée, Rebelle impressionne. En tant que divertissement pur, il est bien difficile de lui reprocher quoi que ce soit tant le film semble taper dans le mille à chaque coup. Construit sur une rythmique quasi parfaite malgré la succession d’auteurs, le film dame le pion à une grande majorité de blockbusters, sans parler de la démonstration de Pixar en terme d’animation, qui éclate littéralement toute la concurrence qui semble tout d’un coup avoir 10 ans de retard. C’est bien simple, visuellement on est dans le jamais vu, avec un niveau de détail proprement ahurissant aussi bien dans les éléments des personnages que des décors. Rebelle est un enchantement permanent et une leçon d’animation au reste du monde, il y a de quoi rester bouche bée devant tant de talent. Ça doit pleurer à chaudes larmes chez les autres. Mais fort heureusement le film ne se limite pas à une démonstration de savoir-faire, aussi impressionnante soit-elle. Et si la narration souffre parfois de baisses de régime, clairement la faute aux auteurs s’étant succédés, ou d’un humour assez bas de gamme, avec notamment les triplés en caution humoristique parfois digne de la vulgarité de Shrek (gags à base de morve au nez ou de plongée dans un décolleté généreux), l’ensemble se situe dans la stratosphère du cinéma d’animation. Dans ses envolées épiques dès que Merida enfourche son cheval, dans ses affrontements tétanisants avec un monstre gigantesque, dans la tragédie qui se met peu à peu en place entre une fille et une mère qui vont symboliquement de plus pouvoir communiquer, dans cet élément narratif que le studio a intelligemment préservé dans sa campagne de promotion et qui constitue le cœur de tout ce beau récit, dans la féérie de certains passages qui renvoient aux plus belles œuvres d’heroic fantasy et aux plus classiques des légendes, Rebelle impressionne par sa richesse, tout simplement. On est là face à un film d’aventure et un récit initiatique de très haut niveau, et qui joue intelligemment avec les fondements de ce type de récit, habituellement très masculin. En faisant de l’héroïne une princesse héritière dont la vie semble cloisonnée par les obligations dues à son rang, et qui va par son courage remettre en cause tout un système poussiéreux, Brenda Chapman a eu une idée formidable que Mark Andrews a parfaitement saisi au moment de reprendre les rênes du projet. Rebelle traite clairement de l’émancipation de la femme, mais de l’émancipation de la jeunesse avant tout, de la remise en cause des institutions, de la bêtise rétrograde du conservatisme.
!["BRAVE" (Pictured) MERIDA. ©2012 Disney/Pixar. All Rights Reserved. Rebelle 2 [Critique] Rebelle de Brenda Chapman et Mark Andrews](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/06/Rebelle-2.jpg)
Tout cela tandis qu’en profondeur Rebelle traite de sujets autrement plus vastes, utilisant l’humour et l’aventure pour mettre en avant la faiblesse des suiveurs, la puissance des mythes et légendes qui se doivent de n’être jamais négligés au quotidien, ou plus basiquement des conséquences de nos actes. On pourra pester contre la naïveté du propos, mais on préférera y voir quelque chose d’universel donc, et un message adressé aussi bien aux plus jeunes qu’aux adultes qui les accompagnent généralement. Oui c’est un film dont on sent une certaine influence de Disney, mais on est bien face à un Pixar pur jus, et pas le moins bon. La réflexion sur la maternité est tout simplement passionnante, et d’une justesse assez incroyable (pendant qu’un personnage devient une femme, l’autre devient une mère), le regard posé sur la communication l’est tout autant, la réappropriation d’une certaine imagerie du Seigneur des anneaux est enfin intelligente et dépasse le statut d’emprunt (de la séquence dans une salle en ruines au final au bord d’une étendue d’eau) et surtout, la morale de tout ça, prononcée littéralement et qui met en avant la représentation des légendes, fait plaisir à voir. Rebelle n’est donc pas un film si premier degré que cela, c’est un film foisonnant, dans le cadre comme dans ses thèmes, tout en composant avec des morceaux de bravoure de mise en scène, une gestion du mouvement, du relief1 et un découpage qui sèment gentiment la concurrence, encore une fois. A cela s’ajoutent une représentation de l’Écosse qui frise l’insolence tant le niveau de réalisme est grand et une composition incroyable de Patrick Doyle qui participent à la mise en place d’un univers complet. Ça en deviendrait presque lassant si cette réflexion n’était pas liée au plaisir immense de voir ces films, mais il est clair qu’il y a Pixar, et il y a les autres.
- Concernant la 3D, les conditions de projection n’étaient pas vraiment idéales, avec une image trop sombre et un ghosting trop prononcé pour pouvoir y porter un jugement définitif. Mais la mise en scène est pensée en relief, c’est évident. [↩]













