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[Critique] Pulsions (Brian De Palma, 1980)

 
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Bottom Line

Plagiat d’Alfred Hitchcock, film réactionnaire, pain béni pour les féministes primaires… à sa sortie Pulsions a pris cher, et pas qu’un peu. En pleine gueule de bois post-illusion des 70′s, l’Amérique n’a pas digéré la manipulation de Brian De Palma qui livrait pourtant un de ses films les plus aboutis. Ressorti dans une copie intégrale [...]

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Posté le 9 août 2012 par

 
Critique
 
 

Plagiat d’Alfred Hitchcock, film réactionnaire, pain béni pour les féministes primaires… à sa sortie Pulsions a pris cher, et pas qu’un peu. En pleine gueule de bois post-illusion des 70′s, l’Amérique n’a pas digéré la manipulation de Brian De Palma qui livrait pourtant un de ses films les plus aboutis. Ressorti dans une copie intégrale et belle à en pleurer, Pulsions reste aujourd’hui un des plus beaux thrillers jamais tournés.

Pulsions est un incroyable film sur l’illusion, tout en cristallisant tout ce qui peut définir le cinéma de De Palma. Du sexe, du mystère, un maniérisme qui fait virer le film vers une forme d’abstraction et des faux-semblants imparables. Le plus beau dans Pulsions, c’est la vaste palette d’émotions à travers lesquelles Brian De Palma réussit à faire passer le spectateur. Entre l’excitation des sens de sa première séquence et ce choc final, toute une gamme de genres et de sensations se voit déployée jusqu’à transformer le film en un véritable poison dont il est impossible de se libérer jusqu’au générique de fin. Et tout cela ne pouvait être possible que chez ce grand metteur en scène cinéphile qui ne cherche jamais à plagier Alfred Hitchcock mais qui au contraire s’impose comme son disciple, le seul qui aurait vraiment tout saisi à la méthode du maître et qui va construire tout son film autour d’un motif matriciel : la scène de la douche de Psychose. Brian De Palma nourrit son œuvre d’un trauma cinématographique à tel point qu’il accouche lui également d’un film hautement traumatique.

pulsions 1 [Critique] Pulsions (Brian De Palma, 1980)

Pulsions est typiquement un film-concept qui navigue entre les expérimentations de son réalisateur et une réelle déférence aux travaux de son aîné. La beauté de l’exercice se situe dans la dissection qu’opère Brian De Palma sur la scène de la douche de Psychose, comme un enfant surdoué qui brise un jouet complexe et le remonte comme il le veut mais en ayant clairement saisi la méthode originale. Cette scène mythique, il la prend, la triture, la découpe, la relis et en fait l’épine dorsale de son film. Pulsions s’ouvre et se ferme sur une scène de douche, traitées sous deux angles totalement différents mais ayant la même finalité : rappeler que le film d’Hitchcock restera à jamais la matrice du thriller moderne et l’utiliser pour appuyer le fait que le cinéma reste l’art de l’illusion par excellence. Ces deux séquences, la première hautement érotique et la seconde beaucoup plus calme, sont construites sur le même mode et en miroir. Le mal y fait une intrusion sous forme de choc inattendu (et surréaliste pour la première) avant d’être éliminé par le cinéma pur, à savoir l’illusion représentée par le rêve. Brian De Palma ne cherche pas le réel dans le cinéma, c’est pour lui une terre de fantasmes dans laquelle tout est permis, et il l’utilise autant dans un but de “divertissement” de son public que pour livrer une sorte d’état des lieux d’une Amérique bernée par ses rêves. Un état des lieux un brin amer, dans lequel les douces visions cotonneuses peinent à masquer une réalité bien plus brutale. Dans cette optique, le rêve humide inaugural mène forcément vers un réveil pathétique (une scène de baise froide) provoqué par une mort imaginaire à la fois violente et sensuelle. Ce besoin de marier le sexe et le sang chez De Palma vient sans doute du fait que si son film est fortement porté par Psychose, il l’est également par un tout autre genre, le giallo, et un de ses piliers Dario Argento. Pulsions semble également infusé de cinéma fantastique, genre à priori peu en rapport avec le thriller, mais auquel la thématique du double si chère à De Palma (Sœurs de sang est sorti 7 ans plus tôt) renvoie immédiatement. Le double à travers les séquences-miroirs, à travers les miroirs prépondérants au sein même du cadre (et que De Palma utilise comme personne), à travers le split-screen (un de ses plus beaux dans Pulsions à base d’écrans TV qui crée une véritable sensation de vertige d’images) mais également dans les personnages. Angie Dickinson/Nancy Allen, Michael Caine/David Margulies, Keith Gordon/Dennis Franz, autant de personnages doubles qui marchent dans les pas l’un de l’autre, avec en illustration extrême ce tueur transsexuel et schizophrène.

pulsions 2 [Critique] Pulsions (Brian De Palma, 1980)

Mais Pulsions est également un film sur les espaces au cinéma, logiquement en étant bâti sur la scène de douche de Psychose qui trouve un écho inédit dans la séquence centrale de l’ascenseur. Véritable traumatisme cinéphile, où la sauvagerie du meurtre n’a d’égal que la virtuosité de son montage et donc la gestion de sa temporalité, elle constitue une vision moderne et mobile de la douche, dans un décor glacial fait de métal, où interviennent des visions de cadre dans le cadre. A travers cette séquence et au-delà du choc d’éliminer de façon aussi brutale un personnage qui semblait principal, incroyablement bien construit, Brian De Palma effectue un tour de force en effectuant un basculement de point de vue aussi audacieux que naturel. Des basculements, Pulsions en est truffé, comme tout bon film sur l’illusion, tout comme de plans chocs. Brian De Palma manie la grammaire cinématographique avec une aisance qui fait froid dans le dos, et quand il décide d’impressionner le spectateur il y parvient sans aucun mal. Et quand il décide de doter son tueur de l’arme préférée des gialli, un rasoir, ce n’est pas un hasard non plus. Qu’il propulse dans le cadre le visage toujours peu identifiable de son tueur (encore un élément de giallo, comme l’arme ou la tenue de cuir) ou une lame s’enfonçant dans une jugulaire, illustrée frontalement, il trouve à chaque fois l’effet qui fonctionne et qui imprime l’esprit du spectateur qui ne peut plus se sentir en sécurité devant ce film. C’est pour cela que l’adjectif qui lui convient le mieux est “vénéneux”, car il possède les attraits d’une silhouette élégante et irrésistible qui révèle une cruauté et une noirceur sidérantes. Pulsions représente bien la quintessence du cinéma de De Palma, quand son cinéma racontait quelque chose et ne se contentait pas d’aligner des plans signature pour satisfaire les fans. Quand il dilate le temps et réduit l’espace lors de cette incroyable séquence de filature/séduction dans le musée, il ne livre pas seulement une démonstration de mise en scène, il utilise sa technique pour amorcer son mouvement dramatique suivant et perdre littéralement le personnage d’Angie Dickinson (lors du dernier travelling, il s’en écarte pour la première fois, pour la laisser seule et perdue). Rien n’est gratuit, tout y est d’une précision chirurgicale, y compris la composition en apparence un peu désuète de Pino Donaggio qui participe à créer une sorte d’illusion, tout comme la photo du regretté Ralf D. Bode et ses lumières diffuses irréelles. Quant aux accusations des féministes à l’encontre du destin tragique de Kate Miller, elles sont juste dignes d’une pensée étriquée et d’un autre temps. De Palma ne cherche pas à punir la femme pour ses actes, elle n’est que l’instrument d’un esprit torturé qui ne supporte pas son bonheur soudain… à voir et à revoir, au même titre que Psychose.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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