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[Critique] Potiche (2010)

 
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Bottom Line

Qu’il est bon de voir un réalisateur aussi doué que François Ozon revenir à ce qu’il sait faire de mieux: la comédie. Après ses errances dramatiques qui n’auront eu pour conséquence que de consommer le divorce entre le réalisateur et son public, de 5×2 au Refuge en passant par Angel et Ricky, François Ozon semble [...]

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Posté le 19 octobre 2010 par

 
Critique
 
 

Qu’il est bon de voir un réalisateur aussi doué que François Ozon revenir à ce qu’il sait faire de mieux: la comédie. Après ses errances dramatiques qui n’auront eu pour conséquence que de consommer le divorce entre le réalisateur et son public, de 5×2 au Refuge en passant par Angel et Ricky, François Ozon semble avoir repris du poil de la bête en renouant avec une veine de cinéma qui lui va si bien. Pas mal de rigolade, un peu d’acidité, une propension à élever le mauvais goût au rang d’art majeur, tels sont les ingrédients de Potiche, qui font mouche à chaque fois et qui permettent à Ozon de signer son vrai grand retour. Toutefois il ne revient pas tout à fait à l’humour un peu trash de ses tout premiers films mais on retrouve dans Potiche une sorte de mélange entre 8 Femmes pour son aspect de grand film choral au casting complètement fou et Gouttes d’Eau sur Pierres Brûlantes pour le côté théâtral appuyé et venimeux. Et ça lui réussit! Car François Ozon signe un petit bijou de comédie assassine non seulement très drôle par l’absurde et son ton over the top, mais également un portrait de femme brillant dans sa construction et son approche. Avec une grande, très grande Catherine Deneuve, pas si potiche que ça.

potiche 1 [Critique] Potiche (2010)

François Ozon ne perd pas de temps pour imposer le décalage qui fera l’essence même de Potiche. Il lui suffit d’une scène d’introduction surréaliste: Catherine Deneuve vêtue d’un jogging rouge improbable, le brushing tout droit sorti des années 50, elle fait son footing puis s’arrête devant les animaux de la forêt pour écrire un poème complètement niais. C’est tout de même le choc de voir notre plus grande actrice tournée en ridicule, preuve qu’elle a toujours le goût du risque, tant mieux. En adaptant la pièce de théâtre de boulevard éponyme de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy – portée à l’époque par Jacqueline MaillanFrançois Ozon trouve l’écrin parfait pour livrer sa vision de notre société, de la crise, de la place de la femme… tout en restant dans un décor des années 70 pour s’affranchir de la rudesse moderne et développer des trésors d’art kitch et nostalgique au charme certain et au pouvoir comique sans égal.

En dressant le portrait de cette parfaite petite épouse qui reste bien à sa place sans jamais l’ouvrir ou faire un pas de travers, il en profite pour créer un personnage féminin des plus intéressants vus au cinéma ces derniers temps. Prise entre 2 univers, celui de son mari chef d’entreprise à l’ancienne, paternaliste et tout puissant, et celui de son soit-disant grand amour de jeunesse, leader syndicaliste, elle va pourtant prendre les commandes. Dans un monde d’hommes, une femme prend les rênes, en voilà une idée moderne pour les années 70! Quoique le constat s’applique également à notre époque. Ainsi il illustre la femme de demain bâtie sur les bases les plus archaïques de celle d’hier, en apparence au moins. Car Suzanne Pujol a bien des secrets bien gardés qui en font un personnage de garce délicieuse, une femme ayant finalement tout compris aux hommes pour pouvoir se créer sa liberté en leur donnant l’illusion du pouvoir. La démonstration par l’absurde est tout simplement formidable, car si Ozon ouvre son décor pour sortir de la maison de poupées de 8 Femmes, avec son usine, ses extérieurs impeccables, sa discothèque qui porte le doux nom de Badaboum, il reste très artificiel. C’est ce qui fait tout son charme, ce mélange entre background théâtral et réalisme social.

potiche 2 [Critique] Potiche (2010)

À la fois satire sociale aux forts accents politiques (comment ne pas y voir une sorte de pastiche admirative de l’ascension de Ségolène Royal, en mieux), déclaration d’amour vache à la screwball comedy saupoudrée de théâtre de boulevard, Potiche est bien une comédie délicieusement old school, chose que maîtrise totalement François Ozon. Il prend un plaisir certain à filmer sa galerie de personnages en tous points exceptionnelle dans ces décors hors du temps. Pas d’effet de style moderne anachronique, il accorde son style à l’époque qu’il met habilement en scène, pour notre plus grand plaisir. Mais un film tel que Potiche est avant tout un film d’acteurs. Et tous sont formidables. De Judith Godrèche incroyable en garce au look ultra moderne mais à l’état d’esprit plus conservateur que sa mère à Jérémie Reinier irrésistible en clone de Claude François, aucune fausse note. Mais c’est le trio central qui subjugue. Gérard Depardieu impérial en communiste romantique, Fabrice Luchini délicieux en connard à l’ancienne, et au milieu Catherine Deneuve, pièce maîtresse du puzzle qui porte le film sur ses épaules. Quelle belle rencontre de comédiens de tous horizons! Quelles belles retrouvailles! Que c’est bon de retrouver François Ozon en pleine possession de ses moyens citant judicieusement des maîtres du cinéma tels que Douglas Sirk ou RW Fassbinder, simple bonheur cinéphile derrière un premier degré toujours accessible.

Comédie aussi improbable que délicieusement barrée, Potiche signe le grand retour de François Ozon après ses errances dramatiques pas toujours heureuses. En retrouvant Catherine Deneuve qu’il avait noyée dans la distribution de 8 Femmes il lui offre non seulement un très grand rôle de composition mais en fait un symbole de libération de la femme. Film féministe jusqu’au bout des ongles, Potiche n’en reste pas moins une pure comédie de mœurs toujours délicieuse, jamais vulgaire, jamais déplacée, mais pas si sage pour autant. Un petit bonheur à savourer pour tant de raisons évidentes.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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