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[Critique] Possédée (Ole Bornedal, 2012)

 
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Bottom Line

Au pays des productions horrifiques et bas de gamme estampillées Sam Raimi, un nouveau réalisateur de talent vient de vendre son âme au Diable. Il s’agit du danois Ole Bornedal, auteur de quelques pépites pourtant, qui vient se fourvoyer dans cet exercice bas de gamme et vulgaire, énième resucée de L’exorciste et autres films de [...]

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Posté le 26 décembre 2012 par

 
Critique
 
 

Au pays des productions horrifiques et bas de gamme estampillées Sam Raimi, un nouveau réalisateur de talent vient de vendre son âme au Diable. Il s’agit du danois Ole Bornedal, auteur de quelques pépites pourtant, qui vient se fourvoyer dans cet exercice bas de gamme et vulgaire, énième resucée de L’exorciste et autres films de possession qui non seulement n’apporte rien de neuf au genre, si ce n’est des idées foireuses, mais se permet de le tirer vers le bas par une absence totale de maîtrise de la mécanique interne d’un film d’horreur.

Les films de possession sont étrangement à la mode depuis quelques années, tous plus médiocres les uns que les autres mais brandissant bien haut leur caution “tiré d’une histoire vraie” censée appuyer une certaine forme de terreur primale. Le problème est que tous suivent plus ou moins le même schéma, qui n’est ni plus ni moins que celui appliqué aux objets hantés du cinéma d’horreur japonais par exemple. Ainsi, en ne cherchant jamais à vraiment faire évoluer le genre vers de nouveaux espaces, en y reproduisant toujours les mêmes figures, Possédée s’inscrit dans cette vague insipide, bien loin de la petite surprise que pouvait procurer Sinister par exemple, qui à défaut d’être foncièrement novateur se permettait une efficacité réelle. Dans Possédée tout est convenu, de la famille éclatée aux relations compliquées entre un père seul et ses deux filles, en passant bien entendu par les crises de possession du personnage le plus fragile. Le film a pour lui de bénéficier d’un certain talent dans la mise en scène, Ole Bornedal n’est pas devenu un incapable du jour au lendemain, mais à trop vouloir montrer qu’il fait de belles images sans rien à raconter derrière, avec un ensemble détruit de toutes pièces par un montage calamiteux, il se plante terriblement.

possedee 1 [Critique] Possédée (Ole Bornedal, 2012)

Les problèmes de Possédée sont nombreux et le plus important vient malheureusement de son incapacité chronique à effrayer le spectateur. Les efforts déployés sont louables, afin d’essayer de construire une ambiance, mais ils restent vains. Que ce soit dans l’ambiance justement, artificielle et ne créant aucun zone d’inconfort, ou même dans une peur plus primale à travers des effets chocs, ça ne fonctionne pas. L’idée devant un tel film étant généralement de se faire peur, il y a de quoi être décontenancé par ce manque flagrant d’efficacité. Il y a pourtant quelques belles choses, avec en tête une gamine franchement glauque interprétée par Natasha Calis, et qui porte en elle tous les quelques effets très réussis. Mais globalement c’est l’ennui qui l’emporte largement sur l’effroi, tant l’ensemble du récit avance sur des rails bien connus, sans aucune surprise, avec un déroulé automatique qui ne surprendra jamais personne. Et ce jusqu’à ce satané plan final dont la millionième variation finit par donner le sourire. Jeffrey Dean Morgan assure dans sa partie, avec son charisme qui ne le quitte jamais, mais il offre comme ses petits camarade une prestation qui manque cruellement d’ampleur. Ainsi, le drame qui se joue n’a pas de véritable emprise sur le public car aucun lien émotionnel ne se crée, tandis que les ficelles de l’ensemble sont tellement grossières que l’immersion est rendue totalement impossible. D’autant plus qu’on nous sert quelques éléments franchement grotesques qui n’aident pas vraiment à prendre tout cela au sérieux. Ainsi, aux éternelles insultes du démon à l’exorciste (interprété par Matisyahu, un chanteur de reggae juif grimé en exorciste rabbin) on nous ajoute une invasion de papillons ou encore, comble de la blague, un démon qui apparait sur les images d’un IRM. De bien bonnes idées donc pour cet Exorciste façon yiddish qui n’est pourtant pas annoncé comme une parodie.

possedee 2 [Critique] Possédée (Ole Bornedal, 2012)

Le paradoxe total est qu’Ole Bornedal, sans doute embauché sur ce projet pour ses qualités d’esthète, se fait plaisir avec des compositions magnifiques, un sens du cadre toujours juste et complexe, sauf que tous ses efforts ne mènent nulle part. Il faut dire que cette histoire de boîte hantée a déjà été vue tant de fois et traitée de façon tellement proche qu’il faut un peu plus qu’une mise en scène pleine de frime pour en mettre plein la vue. D’autant plus que la narration est un calvaire de chaque instant, orchestré par un duo de monteurs pourtant pas parmi les pires (Anders Villadsen qui a bossé sur les précédents films d’Ole Bornedal et Eric L. Beason qui a monté plusieurs films de Sam Raimi). Sauf qu’à trop vouloir apporter quelque chose qui ferait sortir le film des figures classiques, ils n’ont rien trouvé de mieux que de ponctuer chaque séquence d’un long carton noir qui semble à chaque fois arriver au beau milieu d’une scène. L’effet est extrêmement désagréable car en plus d’être trivial il vient littéralement ruiner la progression narrative en la stoppant net à caque fois. On passera sous silences les nombreuses incohérences narratives et visuelles, signes extérieurs d’un film fait par dessus la jambe pour sans doute accéder à un projet plus personnel. Possédée est une sacrée déception en provenance d’un cinéaste aussi fascinant qu’Ole Bornedal, le genre de film de commande qui illustre très bien l’aspect de prostitution que peut parfois générer ce type d’exercice. Un film sans réel intérêt et dont le talent des techniciens, en particulier le directeur de la photographie Dan Laustsen, un maître, n’en fait finalement qu’une série Z de luxe, un cache-misère qui ne tient jamais la route et n’a rien à faire au cinéma.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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