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[Critique] Ploy (2007)

 
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Bottom Line

Après son pur exercice de style Vagues Invisibles (magnifié par la photo de Chris Doyle), le réalisateur thaïlandais à qui on doit le très frais et émouvant Monrak Transistor et le superbe Last Life in the Universe continue son exploration d’un cinéma de plus en plus abstrait, de plus en plus planant, mais garde toujours [...]

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Posté le 2009/09/15 par

 
Critique
 
 

Après son pur exercice de style Vagues Invisibles (magnifié par la photo de Chris Doyle), le réalisateur thaïlandais à qui on doit le très frais et émouvant Monrak Transistor et le superbe Last Life in the Universe continue son exploration d’un cinéma de plus en plus abstrait, de plus en plus planant, mais garde toujours la même ligne directrice en mettant en avant ses personnages. Des êtres en plein drame. Il aborde ici un sujet maintes fois rencontré au cinéma, l’autopsie d’un couple en crise, l’analyse des sentiments amoureux… des sentiments qu’il va faire exploser et peut-être renaître, en glissant dans le récit un détonateur qui s’appelle Ploy, une jeune fille à la beauté négligée, un personnage à la frontière du réel qui va bouleverser l’existence de ce couple.  Et Pen-Ek Ratanaruang signe un film d’une simplicité déroutante car il s’avère finalement d’une profondeur insoupçonnable au premier abord. Il ne signe peut-être pas encore son chef d’œuvre mais il s’en approche de plus en plus…

S’il s’éloigne du vide de Vagues Invisibles, Ratanaruang reste sur sa lancée stylistique tout en étant beaucoup moins esthétisant. La référence qui saute immédiatement aux yeux c’est bien sur Lost in Translation pour le lieu quasi unique, un hôtel, et pour le style particulièrement vaporeux du long métrage. Tout se déroule devant nos yeux comme un rêve éveillé… d’ailleurs est-ce réel? Se trouve-t-on devant un état mi-éveillé, mi-endormi propre aux conséquences du jet-lag? Ou est-ce tout simplement un rêve? On s’en fera sa propre opinion mais il est clair qu’on navigue ici aux frontières du réel, proche d’un fantastique que ne renierait pas David Lynch, la noirceur en moins. Ploy ne cherche jamais un statut d’œuvre importante, mais se le crée pourtant avec aisance… c’est là tout son charme.

ploy 1 [Critique] Ploy (2007)

Avec un ligne qui pourrait très bien se retrouver dans le plus ennuyeux des films “d’auteur”, Ploy va mettre en parallèle la fuite de l’amour pour un couple et sa naissance par le désir pur pour un autre. Cet autre couple, le barman et la femme de chambre, représente à la fois l’illustration d’une passion naissante et un fantasme que fait surgir l’arrivée de la jeune Ploy dans cette chambre d’hôtel. Mais on ne sait pas vraiment à qui appartient ce fantasme… ni si ça en est vraiment un! Toujours est-il qu’en même temps qu’elle réveille un certain désir, Ploy va faire imploser le couple. Mais d’une telle façon qu’elle va finalement faire naître un dialogue qui semblait avoir disparu après 7 ou 8 ans de vie commune. Un dialogue malheureux certes, plein de jalousie, de reproches, d’incompréhension mutuelle, mais un dialogue tout de même. Et il sera fait la démonstration que contrairement à ce que pensait l’homme, l’amour n’a pas nécessairement de date de péremption…

Parenthèse enchantée et cauchemardesque d’un couple entre deux trajets en taxi (peut-être qu’ils se sont tout simplement assoupi…), construit comme une boucle, un huit-clos où le temps semble tourner au ralenti et où les sentiments sont exacerbés à leur extrême, Ploy impressionne par sa maîtrise. On ressent la chaleur moite de Bangkok, le malaise dans la chambre d’hôtel et le désir assouvi dans l’autre chambre. Sensuel, torride, tragique, magique, Ratanaruang marche sur les traces d’Antonioni et de Wong Kar Wai par son illustration des comportements amoureux qui sont montrés sous leur jour le plus érotique. Des corps qui se frôlent, qui se rassurent, qui cherchent l’autre puis le trouvent, la mise en scène presque en apesanteur nous entraîne dans une expérience qui frôle l’état d’hypnose.

ploy 2 [Critique] Ploy (2007)

Et en tant que spectateur, on se retrouve comme invité dans cette chambre, dans un rôle qui nous rappelle à la fois des fragments de souvenirs et qui nous place comme voyeur sans le côté malsain de la chose. Il est étrange de voir à quel point la bulle que crée le film coupe complètement les personnages du monde qui continue de tourner à l’extérieur. C’est vraiment presque deux heures d’onirisme pour un film qui traite les sujets du désir et de l’amour, de leur façon de s’insinuer au plus profond des êtres et de les contaminer complètement. Les personnages passent par tous les états possibles et Ratanaruang pose sa caméra à la perfection pour saisir ces petits détails infimes qui nous scotchent à l’écran. Planant au possible, bercé par un lumière diffuse et une fumée de cigarette constante, Ploy est l’autopsie parfaite de l’amour qui se meurt, et de celui qui (re)nait également.

Le film ne tombe jamais dans la facilité, il prend son temps pour décortiquer la moindre réaction. les acteurs sont magnifiques, pour la plupart on les a déjà croisé soit chez le réalisateur soit dans des films thaïs arrivés jusque chez nous. Ils donnent corps à ce trip sur les sens, un film qui ne s’explique que difficilement avec des mots tant il se vit et se ressent.

Jouant avec le spectateur jusqu’à l’extrême, sans vraiment lui donner les clefs pour comprendre, Ploy laisse libre cours à l’interprétation qui sera différente selon sa propre expérience. Mais c’est une expérience en soi, le genre de pur moment de cinéma où on se sent vraiment proche des personnages, mais en flottant dans les airs, un peu comme Ploy, un personnage qu’on peut voir soit comme réel, soit comme la personnification de la conscience de ce couple. Un être à la fois fantastique, mystérieux, sensuel et très simple, comme le film tout entier.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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