[Critique] Phénomènes paranormaux (2009)
Réalisateur: Olatunde Osunsanmi
Le cinéma d’horreur est en train de suivre une voie des plus dangereuses. À force de trop vouloir s’appuyer sur le succès de films concepts et en n’en sortant plus, le public ne va pas tarder à faire sentir son désamour. Phénomènes Paranormaux, en plus d’un titre français complètement hors sujet sur le thème qui [...]
Le cinéma d’horreur est en train de suivre une voie des plus dangereuses. À force de trop vouloir s’appuyer sur le succès de films concepts et en n’en sortant plus, le public ne va pas tarder à faire sentir son désamour. Phénomènes Paranormaux, en plus d’un titre français complètement hors sujet sur le thème qui n’a absolument rien à voir avec le déjà très mauvais Paranormal Activity, est un nouveau film concept. Ici point question de pseudos fantômes laissant des empreintes de canard dans du talc ou de pseudo mise en scène par des caméras de surveillance mais place aux petits hommes verts. Le titre original the Fourth Kind (le quatrième type) étant bien plus clair sur les intentions en citant à demi-mots Rencontres du Troisième Type, une des plus belles réussites de Steven Spielberg. La référence est bien trop flatteuse car Phénomènes Paranormaux, deuxième film d’un obscur réalisateur dont c’est le deuxième long métrage après un ersatz de the Descent nommé the Cavern (au moins il n’y a pas de publicité mensongère), est un film au concept certes plutôt séduisant au premier abord car assez original mais qui ne masque que brièvement la vacuité abyssale de son propos. Phénomènes Paranormaux ne fait pas peur, tente de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et se perd complètement en cours de route, bouffant à tous les râteliers pour aboutir sur un résultat bâtard et sans grande originalité finalement. Mais c’est surtout, et c’est bien le pire, un film qui brasse énormément de vide.
Milla Jovovich, qui n’en finis plus de faire des choix de carrière plus que douteux, qui nous déclame haut et fort à quel point tout ce qui va suivre est vrai, baignée d’une lumière blanchâtre dans une forêt effrayante. On cherche clairement à nous faire frissonner, mieux encore, à nous faire croire à tout ça. Ces intentions sont tout à fait louables mais Olatunde Osunsanmi, petit protégé de Joe Carnahan pour qu’il avait assisté sur Mise à Prix, ne parvient jamais à les concrétiser et son film ne fait illusion que pendant une trop courte durée. La faute en grande partie à un scénario faiblard à peu près aussi prenant qu’un épisode de Derrick et sans doute repris d’un mix entre plusieurs épisodes d’au delà du réel, soit aussi insipide que le plus oubliable des épisodes de X-Files. Le principe de base qui avait tout pour être amusant, en montant en parallèles de fausses interviews d’archive avec une vraie reconstitution de cinéma, concept plutôt ludique il faut l’avouer même si repris d’émissions du type Mystères (la grande époque Jacques Pradel qu’on s’attend à voir débarquer à chaque instant), ne fonctionne que trop brièvement.
L’exercice tourne rapidement à vide, ne s’appuyant que sur son concept et rien d’autre. Et à moins d’être un ayatollah militant de la cause extra-terrestre ou un scientologue vivant dans l’angoisse du retour de Xenu, il faut avouer que la trame de ces Phénomènes Paranormaux ne passionnera pas grand monde. Osunsanmi ne fait rien d’autre que construire un patchwork d’éléments pris à droite et à gauche tels que quelques faits divers jamais vérifiés d’enlèvements extraterrestres, quelques éléments de thriller ou de films de fantômes, une petite dose de possession façon l’Exorciste, le tout saupoudré d’un ton général qui lorgne plus vers le Projet Blair Witch et Paranormal Activity qu’autre chose. Et si Phénomènes Paranormaux reste supérieur à ce dernier, ce qui n’est effectivement pas très compliqué, il n’empêche que l’ensemble se prend bien trop au sérieux et accumule les fautes de goût autant que les maladresses. Alors il est vrai qu’il y a un réel travail sur l’image et surtout le son mais un bon concept qui tourne à vide en recyclant de vieilles idées ne provoque qu’une chose, l’ennui.
Et si le scénario ne fait illusion qu’une poignée de minutes, l’aspect formel de la chose tient un peu plus la longueur. En effet le réalisateur tente des choses plus ou moins réussies mais y met du coeur à l’ouvrage. Ainsi le montage tout en split-screens souvent réussis séduit d’autant plus qu’il est utilisé avec justesse pour cacher les ellipses narratives mais comme pour le reste il finit par lasser pour ne pas dire qu’il en vient à provoquer une overdose tant le film ne semble reposer plus que là-dessus sur la longueur. En bon film-concept raté, le concept prend le dessus sur le film et devient rapidement indigeste. D’autant plus qu’il n’est pas vraiment aidé par des acteurs qui cachetonnent. Milla Jovovich ne quitte plus son regard apeuré et a bien du mal à rendre crédible son physique tout lisse pour incarner la “vraie” Abbey Tyler zombiesque. Elias Koteas fronce bien les sourcils et Will Patton mime à la perfection la colère et l’incompréhension jusque dans un final presque comique tant il tente à nous faire croire à l’impossible sur un ton bien solennel appuyé par des crédits ridicules.
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