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[Critique] Paperboy (Lee Daniels, 2012)

 
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Bottom Line

Quiconque a subi la triste expérience de Precious sait précisément à quoi s’en tenir avec Lee Daniels. Du cinéma vulgaire et manipulateur qui assène sa morale primaire à grands coups d’effets chocs. Si Paperboy ne surfe pas tout à fait sur la même vague, le film étant à l’opposé du mélodrame, il utilise les mêmes [...]

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Posté le 24 mai 2012 par

 
Critique
 
 

Quiconque a subi la triste expérience de Precious sait précisément à quoi s’en tenir avec Lee Daniels. Du cinéma vulgaire et manipulateur qui assène sa morale primaire à grands coups d’effets chocs. Si Paperboy ne surfe pas tout à fait sur la même vague, le film étant à l’opposé du mélodrame, il utilise les mêmes méthodes dans la narration et la mise en scène pour aborder des sujets de société grave passés à la moulinette d’un auteur sincère mais maladroit. Paperboy c’est la course à l’effet de manche pour livrer un thriller mou et un portrait limité de l’Amérique profonde, qui hérite d’un scénario médiocre doublé d’une mise en images souvent à côté de la plaque. Avec son casting surprenant, mêlant valeurs sures, pointures à contre-emploi et nouvelle génération en quête de reconnaissance, Paperboy n’est qu’un tapis rouge pour un film médiocre au parfum de Louisiane passé de date, une aberration de plus dans une compétition qui privilégie les stars au cinéma.

paperboy 1 [Critique] Paperboy (Lee Daniels, 2012)

Le problème principal du film, au delà de ses tares formelles et ses choix très discutables, se situe dans sa noblesse présupposée sacrifiée sur l’autel de la vacuité narrative. Lee Daniels est sans aucun doute un artiste sincère, mais il n’a sans doute pas bien compris comment traiter de problèmes de société graves au cinéma. Ainsi, il jongle entre les sujets forts, le racisme ordinaire vis à vis du peuple noir dans les États-Unis des années 70, la honte de l’homosexualité, la génération white trash. Sauf que plutôt que de les traiter avec un brin d’intelligence en prenant le temps de les aborder comme il se doit, il préfère l’effet pompier et la gratuité totale des effets chocs en sautant d’un sujet à l’autre sans la moindre application. Grossièrement, il les évacue plus qu’il les traite. Du récit déjà vu mille fois de journalistes qui souhaitent rétablir l’ordre des choses en sortant de prison un condamné à mort à priori innocent, pour fustiger les dérives d’un système judiciaire, il tourne vers la chronique familiale avec deux frères si loin si proches puis vers le thriller érotique, puis vers du survival, et toujours du n’importe quoi. Concrètement, Paperboy c’est la preuve d’un cinéaste qui n’a rien compris à la mécanique narrative du cinéma ou qu’il l’a trop bien comprise et la pervertit dans une optique de vulgarité totale. Lee Daniels foire complètement le moindre petit enjeu dramatique de son film qu’il laisse filer dans tous les sens jusqu’à attendre un niveau de grotesque presque inattendu. Grotesque car les pires excès du film ne sont quasiment jamais justifiés et témoignent d’une volonté de choquer avant toute chose, en n’épargnant rien au spectateur mais sans pour autant avoir le courage d’aller au bout des choses.

paperboy 2 [Critique] Paperboy (Lee Daniels, 2012)

Dans cette optique de film qui jongle avec tout le mauvais goût de la création pour ne rien en sortir de concret, on n’est même plus surpris d’y trouver des éléments dignes des pires expériences déviantes du cinéma trash des années années 70. Nicole Kidman, par ailleurs formidable dans son incarnation de la bimbo white trash qui n’aime rien d’autre que d’accueillir dans son lit des taulards, qui simule une fellation à John Cusack en écartant bien les jambes en gros plan, le jean taché de la jouissance de ce dernier, Nicole Kidman qui repousse un groupe de filles s’apprêtant à uriner sur les piqures de méduses de Zac Efron pour lui offrir la golden shower elle-même, une scène de baise animale entre Kidman et Cusack entrecoupée d’inserts sur des animaux morts… voilà le menu des réjouissances selon Lee Daniels. En privilégiant cette vulgarité à la rigueur d’un récit qui raconterait quelque chose, en préférant filmer le corps musclé de Zac Efron en caleçon pendant tout le film, et en évacuant des figures tutélaires après les avoir torturées physiquement avec toute la cruauté possible, Paperboy rate la naissance d’un acteur filmé comme un objet de fantasme et non comme un personnage dramatique, alors qu’il y avait tous les éléments nécessaires pour le faire. En plus, tout cela est filmé sans talent, monté avec force de faux raccords inacceptables et se pare d’une esthétique artificielle censée représenter les années 70. Médiocre et bien trop vulgaire pour être pris au sérieux.

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Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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