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[Critique] Our Homeland (2012)

 
Our Homeland de Yang Yong-hi (2012)
Our Homeland de Yang Yong-hi (2012)
Our Homeland de Yang Yong-hi (2012)

 
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Festival Paris Cinéma 2012 : en compétition Yang Yong-hi fait partie de ces réalisatrices dont la vie est suffisamment passionnante pour en faire des dizaines de films. Mi-japonaise, mi-nord-coréenne, elle fait partie de cette “communauté” nord-coréenne très présente au Japon et dont l’occident n’a pas nécessairement entendu parler. Une communauté dénigrée par les japonais “de [...]

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Posté le 2012/07/03 par

 
Critique
 
 

Festival Paris Cinéma 2012 : en compétition

Yang Yong-hi fait partie de ces réalisatrices dont la vie est suffisamment passionnante pour en faire des dizaines de films. Mi-japonaise, mi-nord-coréenne, elle fait partie de cette “communauté” nord-coréenne très présente au Japon et dont l’occident n’a pas nécessairement entendu parler. Une communauté dénigrée par les japonais “de souche” qui n’ont jamais vraiment perdu cette peur de l’étranger sur leur île. Mais alors que tous ces coréens cherchent à cacher leurs origines en adoptant des noms japonais, Yang Yong-hi est un de ces êtres humains courageux ayant choisi l’honnêteté, peu importent les risques éventuels. Après deux films documentaires, Dear Pyongyang qui la montrait à la rencontre de ses frères envoyés par le père en Corée du Nord, et Sona, the Other Myself qui s’intéressait à sa nièce rencontrée lors de ce même voyage, elle passe le cap du film de fiction. Une fiction infusée de réalité bien entendu, Yang Yong-hi reproduisant un portrait de sa propre famille et de sa propre existence, mettant en lumière et dans un style peut-être plus universel que celui du documentaire (au moins pour le grand public) une situation aberrante. Mais plus que tout, Our Homeland est une belle évocation de la famille et du déracinement culturel.

our homeland 1 [Critique] Our Homeland (2012)

Avec son image grisâtre typique des productions japonaises tournées à la HDCAM et sa mise en scène relativement effacée, concentrée sur la construction des cadres et le découpage plutôt que les mouvements de caméra, Our Homeland n’est pas nécessairement le film le plus sexy qui soit. Cependant, cette esthétique étant une relative constante au Japon, on oublie rapidement ce traitement pour se laisser happer par un film au sujet rare et qui mérite toute l’attention ne serait-ce que pour ce point. Éminemment personnel, Our Homeland possède toutes les qualités et défauts inhérents d’un film-catharsis. Ainsi, à travers le personnage de Rie, son avatar fictionnel, c’est toute l’incompréhension et la rancœur de Yang Yong-hi, séparée bien trop tôt de son frère, qui écrase l’écran. Et au delà du portrait fascinant de ces japonais envoyés en Corée du Nord dans l’espoir d’un paradis sur Terre, sujet en or qui infuse le film, au delà du drame concernant la tumeur au cerveau du frère en question, c’est autant d’une charge contre les pratiques de la Corée du Nord qu’une formidable histoire de famille qu’il s’agit. Très sobrement, sans jamais grossir le trait d’un récit déjà tragique, la politique s’invite à la table du drame intimiste pour créer un objet de cinéma engagé. La Corée du Nord est la cible, au même titre que le père de famille sympathisant. En ressort le portrait d’un père glacial et détruit de l’intérieur par les démons de ses choix passés, personnage passionnant alors qu’il n’occupe que les coins du cadre, doublé d’une illustration assez offensive de la manipulation de masse dans ce dernier bastion communiste. Sans grands discours, mais simplement en utilisant ses personnages à bon escient, et en particulier le chaperon envoyé de Corée, Yang Yong-hi en dit long sur les maux qui rongent cette société inhumaine. Cependant, l’exercice trouve également sa limite dans ce coup de vitriol. En effet, la réalisatrice a souffert, cela se ressent, et elle peine à prendre le recul nécessaire parfois. Ainsi elle fait de la Corée du Nord un enfer dans lequel la vie d’un individu ne pèse pas lourd, dans lequel le système de santé est archaïque et où les ressortissants japonais n’ont finalement pas le droit aux traitements que peuvent apporter les pays étrangers, y compris leur terre natale. Il y a sans doute beaucoup de vrai là-dedans, peut-être même la totalité du discours, mais le revers de la médaille est qu’en en faisant un pays où tout est noir, on peut avoir l’impression que le Japon est à l’inverse une sorte de paradis. Reste que cette idéalisation est franchement nuancée par le bref rôle du médecin qui refuse de traiter Son-ho pour des raisons “politiques”.

our homeland 2 [Critique] Our Homeland (2012)

La politique est au cœur de Our Homeland, bien que traitée en arrière-plan. La vraie beauté de l’exercice se situe dans l’analyse des rapports humains, dans la douce mélancolie qui transpire de l’écran lors de retrouvailles de vieux amis après 25 ans de séparation, dans l’apparition de la bien-aimée de jadis, dans ces moments de bonheur fugace. Our Homeland est l’histoire d’un retour impossible, de l’illusion de rentrer chez soi, et des regrets. Tragique et pourtant tourné vers un message d’espoir, le film capte quelque chose de fort à travers le détail. Une chanson, une valise, un costume… des détails du quotidien qui deviennent tout à coup lourds de sens quand ils se voient mis en perspective avec un destin et un écart culturel massif. C’est également le récit d’une mère, bonté incarnée et qui ne peut plus réfréner ses sentiments dans une société où la neutralité de façade reste de rigueur, ou celui d’une sœur en révolte contre les décisions du passé qui lui ont été imposées. Our Homeland est souvent passionnant dans sa peinture sensible comme dans son désespoir. Porté par des interprètes incroyables, dont Arata (déjà incroyable dans son incarnation de Mishima pour Koji Wakamatsu) bouleversant de retenue, Sakura Ando débordant d’amour et de révolte, ou encore Yang Ik-joon (acteur et réalisateur de Breathless), monolithe coréen, Our Homeland est une belle proposition de cinéma dramatique et social de la nouvelle génération du cinéma japonais. Dans son évocation politique mêlée au drame intimiste, on pense même au cinéma de Hirokazu Koreeda, c’est dire à quel point ce premier essai fictionnel de Yang Yong-hi laisse de beaux espoirs d’avenir une fois l’exorcisme personnel finalisé.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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