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[Critique] Nowhere Boy (2009)

 
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Bottom Line

Le biopic est un genre souvent agaçant, le biopic d’une star de la musique est carrément casse-gueule, c’est donc avec une certaine appréhension qu’on aborde ce Nowhere Boy, première réalisation pour le grand écran de Sam Taylor-Wood, photographe de talent et compagne à la ville d’Aaron Johnson.  L’acteur révélé cette année grâce à Kick-Ass se [...]

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Posté le 7 décembre 2010 par

 
Critique
 
 

Le biopic est un genre souvent agaçant, le biopic d’une star de la musique est carrément casse-gueule, c’est donc avec une certaine appréhension qu’on aborde ce Nowhere Boy, première réalisation pour le grand écran de Sam Taylor-Wood, photographe de talent et compagne à la ville d’Aaron Johnson.  L’acteur révélé cette année grâce à Kick-Ass se retrouve à interpréter rien de moins qu’une des plus grandes légendes de l’histoire de la chanson, John Lennon dans ses jeunes années, avant les Beatles. Les biopics de ce genre ça peut donner soit une oeuvre plastiquement démentielle mais ennuyeuse comme La Môme ou quelque chose de bien plus puissant comme Control d’Anton Corbijn. Mais ça peut malheureusement aboutir sur quelque chose comme Nowhere Boy, un film où le sujet l’emporte largement sur la mise en forme qui se retrouve laissée de côté. Ainsi Nowhere Boy est sans aucun doute un puit d’informations sur la jeunesse de John Lennon, sur pourquoi il est devenu cette icône, mais peine à distiller du vrai cinéma. Un film didactique, fade et sans passion.

nowhere boy 1 [Critique] Nowhere Boy (2009)

Avec Nowhere Boy on apprend donc plein de choses sur la jeunesse de l’auteur d’Imagine, sur comment le turbulent John est devenu Lennon, des éléments qui n’auront sans doute rien de nouveau pour les fans hardcore des Beatles, dont le nom n’est jamais mentionné. Mais sur le plan de la fidélité il semblerait que ce biopic ne fasse aucune erreur. Le pari de se focaliser sur l’intime et les relations de John Lennon avec les premières femmes de sa vie pour tenter de dresser le portrait précoce de l’homme derrière le mythe est risqué. On frise la psychologie de comptoir. John a été séparé de sa mère trop tôt, il vit avec une tante conservatrice et psycho-rigide, c’est un élève assez bon mais peu sérieux qui culbute des filles dans les jardins… le portrait devient relativement intéressant quand sa mère entre dans le cadre et s’inscrit comme symbole du bouleversement: l’arrivée du rock ‘n’ roll à Liverpool. John Lennon sera une rock star, plus grand encore qu’Elvis. Ok, on voit où elle veut en venir.

Le soucis c’est que la reconstitution du Liverpool d’après-guerre a beau être somptueuse, les acteurs tous très bons, le scénario de l’auteur du pourtant excellent Control (Matt Greenhalg) s’avère cousu de fil blanc et peine à nous emporter. En ce sens Nowhere Boy s’inscrit complètement dans le genre de biopic dont le sujet est véritablement passionnant au départ mais qui ne dépasse jamais du cadre du sujet et donc ne peut emporter l’adhésion. Il y a pourtant une poignée de scènes fabuleuses ou très drôles, comme la rencontre entre John Lennon et Paul McCartney (incarné par la tête à claques Thomas Brodie Sangster), des séquences musicales bien foutues et parfois un vrai esprit rock ‘n’ roll mais qui ne s’impose jamais véritablement. Un comble tout de même pour un film dont le sujet est une idole. Mais la faute en revient à la réalisatrice, et sur ce point c’est une immense déception.

nowhere boy 2 [Critique] Nowhere Boy (2009)

D’une actrice majeure de la photographie plasticienne, d’une véritable magicienne de l’image (Love You More, son court métrage en compétition à Cannes, est sublime), on pouvait s’attendre à tout sauf à un film aussi académique. Rien ne laisse supposer qu’il y a une vraie artiste derrière la caméra, on est dans du cinéma sans la moindre prise de risque et donc sans véritable saveur. Et c’est une déception sur ce point. Heureusement elle s’appuie sur d’excellents acteurs. Aaron Johnson ne fait que confirmer tout son talent de transformiste même si on a un mal fou à voir John Lennon derrière Aaron Johnson. Anne-Marie Duff est très convaincante en mère adulescente un peu incontrôlable tandis que Kristin Scott Thomas s’impose comme LA valeur sure du film et campe à merveille la tante rigide mais protectrice du jeune Lennon.

Le sujet de Nowhere Boy, l’adolescence de John Lennon, a beau être passionnant, le premier film de Sam Taylor-Wood ne l’est pas autant. Trop engoncé dans le mythe sans jamais l’écorcher, trop académique dans le style jusqu’à en devenir fade, trop sage pour un film parlant de rock ‘n’ roll… c’est vraiment dommage car il y a ce sujet en or et la promesse d’une oeuvre plastique originale de la part d’une réalisatrice photographe. Mais non, Nowhere Boy n’est qu’un biopic de plus, pas inintéressant pour quiconque souhaite en savoir plus sur la jeunesse des Beatles car on y apprend des choses, mais auquel il manque l’essentiel: du vrai cinéma et une énergie dans la mise en scène, afin de sublimer les très bonnes compositions des acteurs.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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