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[Critique] Nous sommes la nuit (Dennis Gansel, 2010)

 
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Bottom Line

La mode des films de vampires n’a décidément pas de frontières, et n’est pas prête de faiblir. Tout du moins c’est ce que semblent se dire plein de réalisateurs qui ont vu à travers le phénomène (agaçant mais c’est un fait : le public répond présent) de la saga Twilight une bonne occasion de se [...]

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Posté le 26 décembre 2010 par

 
Critique
 
 

La mode des films de vampires n’a décidément pas de frontières, et n’est pas prête de faiblir. Tout du moins c’est ce que semblent se dire plein de réalisateurs qui ont vu à travers le phénomène (agaçant mais c’est un fait : le public répond présent) de la saga Twilight une bonne occasion de se plonger pour la première fois dans le genre ou de ressortir de vieux scénarios abordant le thème vampirique. C’est cette seconde approche qui concerne Nous sommes la nuit, le nouveau film d’un réalisateur allemand des plus prometteurs puisqu’il s’agit de celui qui l’an dernier nous avait pondu l’ambitieux, bien que bancal, La Vague. Dennis Gansel s’est donc sans doute dit qu’il pouvait se la jouer tranquille sur son nouveau film, simplement en surfant sur sa réputation toute neuve et en utilisant un vieux scénario écrit dans sa jeunesse. Et si une chose est certaine, c’est que cela se ressent tant Nous sommes la nuit ressemble à une œuvre d’adolescent perturbé entre ses hormones qui le titillent et le désir de faire du cinéma très (trop) sérieux. Nous sommes la nuit promet beaucoup avec son trio de bombasses aux yeux criant braguette sur l’affiche et sa tagline sans équivoque : “Immortelles. Insatiables”. C’est un peu la promesse de l’anti-Twilight justement, un film fun et hypersexué. Malheureusement ce n’est pas le cas, Nous sommes la nuit est un film aussi sensuel qu’une publicité pour un magasin de bricolage, un film racoleur qui chauffe en amont le public masculin pour ne jamais le satisfaire… frustration quand tu nous tient!

nous sommes la nuit 1 [Critique] Nous sommes la nuit (Dennis Gansel, 2010)

Ça commence pourtant fort avec la séquence d’introduction la plus improbable vue depuis des lustres. Une sorte de mélange entre le pire des films de vampires et Sex & the City, dans un jet privé où 3 sublimes vampires parlent shopping tout en se sifflant des litres de sang et de champagne. Sourire aux lèvres, on s’attend logiquement à suivre un film décomplexé aux relents nanardesques et sexys, le petit plaisir coupable de fin d’année en somme! Mais pas du tout. Car passé cette scène de grand n’importe quoi assumé, Nous sommes la nuit devient tout de même très sérieux et tente d’embrasser le mythe du vampire avec un profond respect tout en voulant le démonter en l’inscrivant dans la ville de Berlin moderne, paradis des fêtards et peuples de la nuit. Le soucis c’est que le mélange est clairement maladroit, pour ne pas dire carrément foiré. Car on a l’impression d’assister à une compilation de quelques uns des meilleurs films de vampires (ou tout du moins les plus originaux) en même temps qu’à un long vidéoclip de musique électro. C’est étrange.

Ainsi Dennis Gansel développe un récit qui lorgne dans sa globalité sur le magistral (bien qu’il se soit pris un vilain coup de vieux) Aux Frontières de l’aube de Kathryn Bigelow avec son héros qui refuse catégoriquement sa nouvelle condition de suceur de sang. On pense aussi beaucoup à l’intrigue d’Entretien avec un vampire, modernisée et agrémentée d’éléments provenant de Blade et Blade II, en moins bon et bien plus consensuel. Le principal problème dans tout ça est qu’on ne sait pas trop à quel degré le prendre. Pas assez con et drôle pour être pris pour un nanar, pas assez bien écrit pour le prendre sérieusement, le film peine à trouver un véritable ton. D’autant plus qu’il est tout de même truffé de séquences qui flirtent avec le débile : une course en voitures de sport qui semble sortie tout de droit d’un clip de gangsta rap, un passage dans un centre commercial à la Sex & the City ou encore la scène de la piscine qui ne cède jamais à la tentation de plonger dans l’aspect sexy tant attendu. Entre déceptions claires et moments de gros WTF, on ne sait vraiment pas quoi penser. Et tout cela avec d’innombrables séquences de boîte de nuit qui font de Berlin la capitale de la vie nocturne et pourraient très bien servir de clips au prochain album de David Guetta, avec gros son, alcool qui coule à flot et pétasses sous coke.

nous sommes la nuit 2 [Critique] Nous sommes la nuit (Dennis Gansel, 2010)

Finalement Nous sommes la nuit ne nous raconte rien de bien nouveau avec un récit qui ne parle que du refus de la condition de vampire. Le regard sur plusieurs générations de fonctionne jamais, la love story improbable pue le cliché, et tout ça pour aboutir sur un final bien trop convenu et gentil pour imposer quoi que ce soit de mémorable. Les actrices sont quant à elles plutôt bonnes en gravures de modes gothiques descendant de Mina Harker ou en filles paumées et camées jusqu’aux yeux, bien qu’elles surjouent pour la plupart, accentuant le second degré du machin. C’est également plutôt bien mis en scène, avec un côté tape à l’oeil relativement agréable et là aussi dans le ton de la gaudriole involontaire. Mais Nous sommes la nuit ne brille véritablement sur aucun point, et déçoit surtout par son sérieux et un refus total d’aborder intelligemment l’aspect fascinant et sexué du vampire, les quelques scènes un peu chaudes manquant cruellement de sensualité. Toutefois on se console avec une poignée d’effets sanglants plutôt réussis, mais c’est bien maigre.

Avec ses blondasses dopées à la vodka, à la coke et au sang de leurs victimes, ses très nombreuses scènes de boîte de nuit, son esthétique clippesque et son côté bruyant pour pas grand chose, Nous sommes la nuit aurait pu séduire. Mais le résultat est tout autre car Dennis Gansel veut certes mettre en avant les aspects les plus cools du vampire ainsi que les plus noirs et torturés mais il oublie qu’un vampire est avant tout un être aux pouvoirs hypnotiques et surtout un symbole sexuel. Nous sommes la nuit manque cruellement de sensualité, contrairement à ce qui est annoncé, et navigue constamment entre relecture paresseuse d’idées déjà vues et nanar dopé à la musique électro. Trop outrancier et paradoxalement bien trop sage, ce film de vampires jet-setteuses s’en retrouve au final sans grand intérêt et très oubliable…


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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