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No (Pablo Larraín, 2012)

 
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Overview
 

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Titre original: No
 
Synopsis: Chili, 1988. Lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face à la pression internationale, consent à organiser un référendum sur sa présidence, les dirigeants de l’opposition persuadent un jeune et brillant publicitaire, René Saavedra, de concevoir leur campagne. Avec peu de moyens, mais des méthodes innovantes, Saavedra et son équipe construisent un plan audacieux pour libérer le pays de l’oppression, malgré la surveillance constante des hommes de Pinochet.
 
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Texte de

 
Critique
 
 

Après Tony Manero et Santiago 73, Post Mortem, le chilien Pablo Larraín achève sa trilogie sur la dictature avec No. Radical dans son traitement, casse-gueule, son film n’en reste pas moins universel et cherche à capter les méandres d’un système agonisant. Avec un contexte politique fort en background, il ne livre ni plus ni moins que le portrait d’un homme cherchant à reconstruire une cellule familiale, allégorie de tout un pays déchiré par un pouvoir extrémiste.

Un serial killer dans Tony Manero, un employé d’une morgue dans Santiago 73, Post Mortem, et maintenant un publicitaire dans No. Si Pablo Larraín avait commencé par un film lapidé par la critique, Fuga en 2006, il s’est ensuite imposé comme une figure fondamentale d’un cinéma « politique » pas comme les autres. Cette trilogie qui s’achève avec No vient clore un portrait en trois actes d’un Chili en plein bouleversement, à la fois politique et social, traitant du pays sur deux décennies du début des années 70 à la fin des années 80, du coup d’état de Pinochet à son éviction à la régulière. No traite d’une campagne pour renverser le militaire et de l’espoir d’une démocratie. Mais plutôt qu’un film frontalement politique et factuel, Pablo Larraín livre un portrait en décalage pour aborder la grande histoire à travers la petite, jouant à nouveau sur une fibre anti-spectaculaire au possible, car les révolutions, quoi qu’on puisse en dire, se bâtissent toujours dans l’ombre. Si Pablo Larraín quitte cette fois la radicalité et l’austérité qui pouvaient rendre son précédent film relativement imperméable, il n’en reste pas moins exigeant avec un parti-pris graphique fort visant à semer le trouble dans le regard du spectateur. Fiction ou documentaire ? Témoignage historique ou aventure ? Cette opposition et l’ablation des barrières entre les deux sont au cœur du projet qui derrière la charge virulente mettant en lumière des agissements manipulateurs n’en reste pas moins le récit poignant d’un homme dont le couple a implosé à cause d’un engagement et qui cherche à reconstruire des fondations familiales.

No 1

Ce qui frappe dès les premiers instants de No est bien évidemment sa mise en scène et son visuel tout particulier. Si la caméra à l’épaule est de mise, on trouve surtout une image un peu crade au format bâtard 1:37, format télévisuel visant à briser le sacro-saint repère permettant de voir immédiatement la différence entre une image d’archive et une image provenant du récit. No crée ainsi un trouble visuel, illustration de celui parcourant le récit. En effet, le parallèle entre la création de la campagne du NON et la vie privée du personnage incarné par Gael García Bernal s’avère tout aussi troublant. D’un côté toute une frange de la société chilienne en opposition au régime cherche à faire naître la démocratie pour recréer une unité nationale et cesser les drames, de l’autre un homme recherche à créer l’unité d’une cellule familiale. Dans les deux cas, une nostalgie d’un passé en apparence plus solide, un désir de révolution et surtout beaucoup d’amour pour changer les choses. Ce dernier point se traduit par une façon d’aborder une campagne politique en décalage total avec son époque. L’opposition entre les deux campagnes possède quelque chose de fascinant. D’un côté les partisans du OUI utilisent le vieil outil totalitaire de la peur et la manipulation des images, tandis que de l’autre l’outil du régime se voit détourné et perverti sous influence publicitaire. La Campagne du NON prend la forme d’une campagne publicitaire Coca-Cola typée 80’s, avec des gens heureux qui chantent et une overdose de good vibes. No c’est la victoire du positif sur le négatif, de l’union pour la démocratie sur la tyrannie, et en parallèle celle de la famille sur l’engagement purement politique.

No 2

Avec sa photographie un peu dégueulasse, afin de s’accorder au processus visuel de l’ensemble et cette identité typique de toute une époque, sa mise en scène à l’énergie pour capter l’état d’esprit d’un pays qui se réveille et se soulève après avoir été immobilisé, et surtout ses variations de ton qui n’hésitent pas à embrasser le grotesque des situations, No possède une identité forte. Malgré les apparences, Pablo Larraín reste un esthète qui ose l’image moche à partir du moment où elle sert son propos. Il s’agit ici de poser des questions d’éthique profondes, à savoir jusqu’où aller en terme de décalage pour remporter une victoire politique, jusqu’à scruter les pires débordements possibles. Ce sujet fort – il s’agit tout de même d’une révolution – se voit traité avec une légèreté salvatrice et non sans humour. Le résultat est immédiatement attachant par les questions qu’il soulève et par l’humanité grandissante de ses personnages jusqu’à cette séquence furtive où le publicitaire triomphant ose enfin un sourire avec son fils sur les épaules, au milieu d’une foule en délire célébrant la démocratie et la liberté retrouvée. Loin du traitement documentaire apparent, il s’agit d’une sorte d’aventure humaine souvent très cruelle car elle met en lumière des oppositions franches, notamment entre Gael García Bernal et son patron Alfredo Castro, figure essentielle de cette trilogie chilienne, pousse la réflexion morale assez loin et aboutit sur un portrait familial souvent délicat. On pense par exemple à cette scène très dure où Gael García Bernal doit laisser son fils à sa femme dont il est séparé, suite à des menaces personnelles, et qui croise chez elle son nouvelle amant portant un Tshirt de la campagne du NON. En un plan, il en dit long sur son discours et sur le dilemme fondamental et multiple qui habite son film : Jusqu’où doit aller une propagande et quelle est la limite à ne pas franchir pour sauver sa vie privée face à son travail. Une question parmi la multitude que soulève No, film politique passionnant et aventure tranquille qui vient clore une étude approfondie d’une période essentielle de l’histoire de l’Amérique latine.