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[Critique] My Dear Enemy (2008)

 
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Bottom Line

Sélection longs métrages au 5ème FFCF Avec déjà 4 longs métrages au compteur, pour la plupart sélectionnés voire récompensé dans des festivals majeurs de par le monde, Lee Yoon-ki reste pourtant un quasi-inconnu en France où les distributeurs ne laissent que peu de chances aux nouveaux venus, préférant s’appuyer sur des valeurs sures qu’ils n’hésitent [...]

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Posté le 15 novembre 2010 par

 
Critique
 
 

Sélection longs métrages au 5ème FFCF

Avec déjà 4 longs métrages au compteur, pour la plupart sélectionnés voire récompensé dans des festivals majeurs de par le monde, Lee Yoon-ki reste pourtant un quasi-inconnu en France où les distributeurs ne laissent que peu de chances aux nouveaux venus, préférant s’appuyer sur des valeurs sures qu’ils n’hésitent pas à dénigrer au moindre faux pas. Il n’y a qu’à voir le traitement réservé aux films de Kim Ki-duk depuis l’Arc… Quoi qu’il en soit c’est un plaisir de pouvoir découvrir ce réalisateur, certes avec un film qui ne sortira jamais dans nos salles ou même en DVD, capable de merveilles selon ses admirateurs. Pourtant My Dear Enemy n’est peut-être pas le meilleur exemple car s’il est passionnant au premier abord, et extrêmement original dans son propos ou son traitement, il souffre de trop nombreuses faiblesses pour bâtir la réputation d’un artiste majeur. Et en première ligne, sa durée dépassant les deux heures et qui constitue un sérieux handicap pour un film qui aurait été presque parfait avec une demi-heure de moins. À 30 minutes près on passe d’un grand film à un truc presque ennuyeux, même si parcouru d’idées géniales. Dommage.

my dear enemy 1 [Critique] My Dear Enemy (2008)

Tout commence par une errance mélancolique, une plongée dans la foule et les gens qui passent pour poser une ambiance qui collera au film jusqu’à la fin. Une sorte de Lost in Translation en moins aérien et donc moins hypnotique mais qui s’en rapproche pourtant en quittant le décor japonais pour une plongée inédite dans un Séoul qu’on n’a pas vraiment l’habitude de voir à l’écran avec autant de détails. Ainsi le thème général reste clairement la relation entre les deux personnages principaux, cachée derrière cette histoire de prêt non remboursé. Ce jour de paye se transforme peu à peu en une émergence de souvenirs et de sentiments enfouis bien trop profond, à tel point qu’ils ont changé à jamais. Elle en particulier, devenue froide, aigrie, sans âme, incapable de sortir un sourire. Lui est toujours une sorte de grand enfant un peu con, sans doute un peu escroc, mais surtout un personnage extrêmement trouble qu’on déteste pour ensuite mieux l’aimer. Le genre de personnage tellement bien écrit qu’il en devient immédiatement attachant.

Car le principal intérêt est bien là, dans les personnages et ce qui les lie, et qui va s’éclairer au fur et à mesure que cet étrange road trip urbain avance. Que s’est-il réellement passé? Quelle était la nature profonde de leur relation? Pourquoi ce besoin soudain de récupérer cet argent? Les nombreuses réponses données au compte-gouttes sont aussi attendues que lentes à arriver. Et c’est là que le film trouve ses limites. Oui il est facile d’accrocher à ce portrait de la ville par des rencontres entre strates sociales, oui le naturel de l’ensemble, une vraie sincérité et une certaine pudeur font mouche mais dieu que c’est long. On n’en voit plus la fin tellement My Dear Enemy s’étale sur ses deux longues heures. Un petit tour sur la table de montage et il frôlait la perfection, d’autant plus qu’il bénéficie de deux atouts de choix, son couple d’acteurs, fabuleux.

my dear enemy 2 [Critique] My Dear Enemy (2008)

Car si Lee Yoon-ki refuse tout artifice de mise en scène, préférant la sobriété, il peut s’appuyer sur un duo qui donne le meilleur de lui-même, un duo d’acteur non seulement parmi les plus en vue en Corée mais surtout parmi les plus talentueux. Lui, Ha Jeong-woo, a déjà fait ses preuves en incarnant brillamment le tueur dans the Chaser. Il incarne ici ce personnage insaisissable avec une justesse incroyable. Elle, Jeon Do-yeon, avait reçu le prix d’interprétation à Cannes pour sa performance bouleversante dans Secret Sunshine et était apparue cette année dans le mal-aimé the Housemaid. Loin de ces interprétations réussies mais outrancières, elle brille par sa sobriété et son naturel, l’antithèse totale de ces rôles-là. Et ce couple improbable fonctionne incroyablement bien, faisant d’autant plus regretter les grosses fautes rythmiques.

Film bancal, aussi sublime par moments que véritablement agaçant, My Dear Enemy déçoit. Mais pas totalement. Car si sa durée excessive peut provoquer ennui et somnolence, il convient d’avouer que le film est porté par un duo d’acteur tout simplement formidable et qu’il nous offre un panorama de Seoul derrière un regard tout à fait inédit. Ni grand film, ni film raté, simplement un bon film qui n’a pas su trouver son rythme…


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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