[Critique] Mother and Child (2009)
Réalisateur: Rodrigo García
Même si son nom ne nous parle pas immédiatement, Rodrigo García n’est ni un inconnu ni un débutant. Depuis 20 ans on retrouve son nom au générique de diverses œuvres plus ou moins recommandables. Technicien caméra sur Génération 90 de Ben Stiller, scénariste sur la série TV En Analyse, réalisateur de 4 longs métrages (dont [...]
Même si son nom ne nous parle pas immédiatement, Rodrigo García n’est ni un inconnu ni un débutant. Depuis 20 ans on retrouve son nom au générique de diverses œuvres plus ou moins recommandables. Technicien caméra sur Génération 90 de Ben Stiller, scénariste sur la série TV En Analyse, réalisateur de 4 longs métrages (dont le pas génial les Passagers) et réalisateur sur des séries TV exceptionnelles telles que Six Feet Under ou Carnivale, le colombien peut être relativement fier de sa carte de visite. Avec Mother and Child, Grand Prix du dernier Festival de Deauville, il bénéficie même de la bénédiction de l’impressionnant trio latino: Alejandro González Iñárritu, Alfonso Cuarón et Guillermo del Toro, tous trois à la production. On peut dire que le film est né sous une bonne étoile, car même son casting est exceptionnel. Mais comme souvent une somme de talent aussi gigantesque soit-elle n’accouche pas d’un chef d’oeuvre, loin de là. Toutefois, s’il est parfois trop poussif et paradoxalement pas assez poussé, Mother and Child reste un film qui mérite tout l’intérêt. En effet, entre le thème général immédiatement passionnant, sa galerie d’acteurs et cette volonté de naviguer dans la voie tracée depuis longtemps par Alejandro González Iñárritu justement, le film possède des qualités indéniables mais finit par tomber dans l’œuvre très oubliable, un beau potentiel un peu gâché.
Mother and Child est construit sur le modèle du film choral, modèle hérité ici du cinéma d’Iñárritu mais suivant un récit beaucoup moins déstructuré. Tellement structuré que le film en devient même assez linéaire malgré la présence de trois récits plus ou moins parallèles, avec trois personnages féminins forts. À vrai dire tout cela commence de façon assez ennuyeuse, comme un mélo lambda sans grand intérêt. Puis, au fur et à mesure qu’apparaissent de nouvelles pièces du puzzle narratif, le film bénéficie d’un nouveau souffle et d’un gain d’intérêt assez net. Ainsi c’est l’évolution des personnages de Karen et Elizabeth, leur relation à distance ou cette absence de relation, qui guide les débats. L’idée de maternité assumée ou non, fantasmé ou attendue, devient le moteur du récit qui se fait de plus en plus subtil. Subtil et surtout très juste dans son aspect humain, et ça fonctionne parfaitement pendant une certaine partie du film, avant que les choses ne tombent dans la surenchère de sentiments.
Ainsi, alors qu’on commençait à être agréablement surpris par le déroulement des évènements, assez inattendus, le film se perd complètement. À des torrents de pathos se mêle une pluie d’explications pour que tous les éléments des récits croisés s’emboîtent parfaitement. Sauf que ça ne colle pas si bien que ça, la partie de Lucy sensée apporter un décalage rythmique ne fait que parasiter les autres histoires, et l’émotion est bien trop poussée. On se rapproche bien trop d’un attentat lacrymal. Bien que Rodrigo Garcia utilise les outils cinématographiques de façon suffisamment habile, tout cela parait bien trop forcé, même s’il est clair que le public féminin, de préférence les mères ou futures mères, seront forcément happées jusqu’aux larmes. Rien n’est laissé au hasard, tout est fait pour faire pleurer, et c’est cette artificialité qui plombe le final, tout comme un certain manque d’originalité.
Visuellement, Rodrigo Garcia n’est clairement pas Alejandro González Iñárritu. Dans un sens tant mieux car il ne tente pas de singer le maniérisme du mexicain, mais d’un autre côté il manque à Mother and Child une véritable identité graphique. La mise en scène est très sobre, la photo assez belle par son aspect naturel, et la narration plutôt fluide. L’accent est marqué notamment sur la musique, très inspirée par les partitions de Gustavo Santaolalla, en moins puissante et utilisée de façon plus maladroite, sonnant parfois là aussi de manière artificielle comme si Rodrigo Garcia n’avait pas confiance en le pouvoir émotionnel de ses acteurs. Pourtant ils sont pour la plupart très bons! En tête le trio star bien entendu. Samuel L. Jackson dans une partition à contre-emploi, loin de l’image du bad guy cool, impressionne par sa faculté d’adaptation. Annette Bening nous touche en plein coeur à plusieurs reprises, de la même manière que Naomi Watts qui hérite d’un rôle qui semble taillé sur mesure. Tous trois démontrent le talent suffisant pour élever le film.
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