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[Critique] Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde (2011)

 
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Bottom Line

Le documenteur est à la mode dans le cinéma d’horreur, on frise même l’overdose ces derniers temps. D’autant plus que le genre s’adapte tout à fait à la comédie depuis très longtemps mais il n’était plus synonyme d’humour dernièrement. Le cinéma français n’étant jamais le dernier pour trouver de nouvelles (ou vieilles en l’occurrence) recettes de [...]

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Posté le 23 avril 2011 par

 
Critique
 
 

Le documenteur est à la mode dans le cinéma d’horreur, on frise même l’overdose ces derniers temps. D’autant plus que le genre s’adapte tout à fait à la comédie depuis très longtemps mais il n’était plus synonyme d’humour dernièrement. Le cinéma français n’étant jamais le dernier pour trouver de nouvelles (ou vieilles en l’occurrence) recettes de comédie, voilà donc qui arrive Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde. Avec son titre à rallonge en référence au fameux “Jean-Marie Messier moi-même maître du monde” inventé par les guignols, le troisième film de Stéphane Kazandjian, après Sexy Boys et Modern Love, tous deux accueillis plus que sévèrement par la critique, part sur un concept des plus séduisants et va jouer sur toute la longueur dans un numéro d’équilibriste pas toujours heureux mais parfois très drôle. Entre 1er et second degré, on a du mal à définir où il se positionne réellement mais ce qui est certain c’est que MMGMMM n’est pas un film très subtil et n’aborde le sujet des patrons du CAC40 que sous un seul regard, celui de l’électeur de gauche à tendance syndicaliste. En résulte un film drôle et gauchiste, trop populiste pour toucher large

Moi Michel G milliardaire maitre du monde 1 [Critique] Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde (2011)

Film clairement à petit budget, et qui en joue souvent de façon très habile pour renforcer son aspect documentaire, dans lequel les techniciens du film dans le film sont les techniciens du film, Moi Michel G, Milliardaire, Maître du monde a tout de la comédie française poil à gratter qui ne veut surtout pas tomber dans les travers habituels de ce genre moribond. C’est pourquoi le traitement prend le contre-pied et se traduit sous la forme d’un “documentaire” façon Michael Moore, soit une charge absolue ne bénéficiant que d’un seul et unique point de vue, et ne laissant pas la moindre place pour un autre, tout en lui apportant un traitement comique incisif. Même si on reste malheureusement très loin de Groland, on a tout de même droit à quelques notes assassines et politiquement incorrectes. On pense particulièrement à tout ce qui a attrait aux chinois et aux nains. Mais dans l’ensemble le film s’avère trop sage et ne va pas beaucoup plus loin que le message un peu basique “les patrons sont tous des pourris et les syndicalistes des gentils”. On a vu plus fin comme regard sur le monde et le capitalisme.

D’autant plus qu’en cherchant parfois à nuancer son propos pour montrer cette caricature de patron improbable sous un jour plus humain, Stéphane Kazandjian semble avoir peur d’aller trop loin, d’offenser trop de monde. Du coup, on se retrouve avec une oeuvre gauchiste mais frileuse. C’est dommage, on aurait aimer voir Michel Ganiant se montrer plus méprisant encore vis à vis du peuple, encore plus stupide, encore plus con. Mais non il y a une frontière dans le trash qui n’est pas vraiment franchie et cela pose un problème évident. L’oeuvre est engagée mais pas révolutionnaire, et même s’il s’agit d’une comédie (cela dit personne n’est dupe, la charge est réelle même si elle passe par l’humour) il fallait aller plus loin. Égratigner un peu plus les puissants français, faire tomber Ganiant encore plus bas quand il s’écroule, le piétiner… faire un film moins sage sans doute. Car s’il est drôle et critique, il ne l’est pas assez pour rester en mémoire longtemps.

Moi Michel G milliardaire maitre du monde 2 [Critique] Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde (2011)

Stéphane Kazandjian singe très bien les méthodes de Moore pour mettre en scène son faux documentaire qui fait plus vrai que nature avec ses animations cheap et ses états d’âme du journaliste seul. Toutefois il vaut essentiellement pour ses beaux numéros d’acteurs. Laurent Lafitte confirme film après film à quel point les personnages de tête à claque adultes semblent tous écrits pour lui tandis que François-Xavier Demaison assure le show dans la peau d’un patron-acteur. Impeccable en grand enfant qui joue avec des jouets financiers sans vraiment les comprendre, qui fait des caprices de milliardaire avec son sourire carnassier, la caricature parfois outrancière fonctionne à plein régime. Film d’acteurs avant tout, plus que film à message car ce dernier transpire le populisme, Moi Michel G, Milliardaire, Maître du monde vaut le déplacement, ne serait-ce que pour le sentiment d’inédit qui s’en dégage en France.

Concept amusant que celui de Moi Michel G, Milliardaire, Maître du monde, construire un faux documentaire sur un faux patron du CAC40. Le résultat est une charge façon Michael Moore satirique qui en a les mêmes défauts mais y ajoute un humour souvent bien senti. Toutefois, malgré les prestations remarquables des acteurs, le film souffre de son point de vue jamais équilibré et qui sent plus la fronde que l’honnêteté. On mettra ça sur le compte de la comédie mais le message populiste de bas étage est bien là, et fait un peu tâche face à la modernité du projet pourtant intelligent dans son désir d’égratigner gentiment nos puissants en jouant habilement des clichés.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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