Attention celui-là c’est du très lourd. Il faut le voir pour comprendre un peu mieux la réputation calamiteuse que peut se traîner l’écurie EuropaCorp. On sait tous qu’adapter une bande dessinée sur grand écran est toujours un projet assez casse-gueule… le changement de support n’étant que très rarement, voire jamais, bénéfique, tant le fond est lié [...]
Attention celui-là c’est du très lourd. Il faut le voir pour comprendre un peu mieux la réputation calamiteuse que peut se traîner l’écurie EuropaCorp. On sait tous qu’adapter une bande dessinée sur grand écran est toujours un projet assez casse-gueule… le changement de support n’étant que très rarement, voire jamais, bénéfique, tant le fond est lié à la forme. C’est le cerveau du lecteur qui met en mouvement les cases, alors que le cinéma impose son mouvement. Alors quand le grand manitou Luc Besson annonce le passage sur grand écran de la bande dessinée carrément culte pour toute une génération aujourd’hui cinquantenaire, Michel Vaillant, on se retrouve tiraillé entre deux émotions contradictoires : la joie de retrouver des personnages connus, aimés, et la peur du film raté bien concrète. Pour rassurer tout le monde, Luc Besson fait une campagne de publicité énorme avec la présence remarquée des voitures du film au milieu des bolides des 24h du Mans, comme pour renforcer la crédibilité du projet et le réalisme des séquences. À ce sujet, mieux vaut revoir Le Mans avec Steve McQueen ou Grand Prix de John Frankenheimer pour du vrai réalisme. Néanmoins tout amateur d’automobiles trouvait là de bonnes raisons de se sentir attiré par cet étrange objet filmique, tout en faisant l’autruche et en occultant un peu qui se trouve sous la casquette de producteur… grossière erreur!
Et en effet, avant d’être une adaptation de bande dessinée, avant même d’être un film de courses automobiles, Michel Vaillant est une pure production de la grosse machine Besson/EuropaCorp, avec tous les défauts que cela peut impliquer. On a donc droit à de l’humour débile, des acteurs transparents, des situations invraisemblables (des prototypes du Mans sur route ouverte… mais qui peut y croire? On dépasse même la connerie de Driven de Renny Harlin. Tout comme la succession de tonneaux, physiquement impossible avec ce genre de machine), des scènes de courses qui seraient presque les plus belles jamais vues grâce à une photographie superbe (seul vrai bon point du film, Michel Abramowicz a fait un travail remarquable) mais qui se voient plombées par une mise en scène prétentieuse et un montage qui se veut à la mode en n’autorisant jamais un plan de plus de deux secondes… tout simplement navrant.
Par politesse, on ne s’attardera pas sur le jeu des acteurs, car même les meilleurs sont ici complètement à la ramasse. On appelle ça un film raté, une adaptation foireuse ou le symbole de ce que EuropaCorp peut produire de pire, au choix.
Quand un réalisateur médiocre (personne n’a oublié le plantage Sueurs) s’attaque à l’adaptation d’une bande dessinée culte sous l’égide d’un studio aussi peu respectueux de tout ce qu’il touche tel qu’europaCorp, surtout à cette période faste, rien de bon ne peut en sortir. On y retrouve les pires tics de mise en scène des poulains du studio pour arriver sur une espèce de bouillie visuelle qui manque tous les enjeux narratifs et ne réussit même pas les scènes de course. Un bon gros ratage dans les règles de l’art.
Nicolas Gilli
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie.
Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.