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Looper (Rian Johnson, 2012)

 
Looper affiche
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Synopsis: Dans un futur proche, la Mafia a mis au point un système infaillible pour faire disparaître tous les témoins gênants. Elle expédie ses victimes dans le passé, à notre époque, où des tueurs d’un genre nouveau (les "Loopers") les éliminent. Un jour, l’un d’entre eux, Joe, découvre que la victime qu’il doit exécuter n’est autre que… lui-même, avec 30 ans de plus. La machine si bien huilée déraille…
 
Note
 
 
 
 
 
4.5/5


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Texte de

 
Critique
 
 

Dans son vaste plan de réinvention des genres qu’il aborde film après film, Rian Johnson fait s’emballer la machine avec Looper, son troisième film seulement. Gigantesque patchwork tenant autant de la série B pure que du film d’anticipation très sérieux, entre drame et action, présent et futur, ce film phénoménal au pouvoir de fascination immédiat est une véritable bénédiction dans un Hollywood vidé de ses idées. Looper s’appuie sur des références solides pour créer quelque chose de jamais vu, et s’impose comme un vrai petit miracle.

Dans Brick, il détournait les codes du film noir avec ceux du teen movie, dans Une Arnaque presque parfaite ceux du film d’arnaque avec ceux du film d’aventure, composant à partir de genres préexistants des associations inédites, des genres hybrides. Sa façon de repenser le cinéma qui n’est pas sans rappeler un certain Quentin Tarantino, à la fois habile manipulateur d’attentes précises pour provoquer une forme de jubilation inattendue, mais également redoutable faiseur d’images doublé d’un esprit foisonnant d’idées. Des idées que rien n’arrête, et certainement pas un confortable budget de 30 millions de dollars, soit 10 de plus que son film précédent. Un budget qui lui permet de s’offrir les services de celui qui fut la révélation des années 2000 sans conquérir le grand public depuis, mais également d’une icône du cinéma d’action courant toujours après quelques succès passés. Joseph Gordon-Levitt et Bruce Willis jouant le même rôle avec 30 ans d’écart, en voilà déjà une d’idée totalement saugrenue mais assez géniale à l’écran. La première d’une longue série dans un film qui, à défaut de se réclamer comme révolutionnaire, s’impose comme un exemple solide de ce que doit être la série B populaire. Looper c’est un scénario admirable dans son récit autant que dans ses ruptures de tempo, c’est un film qui ne prend pas le spectateur pour une buse ni pour une intelligence supérieure, qui propose son lot de séquences d’action, de visions futuristes, de noirceur et d’espoir, un film d’un équilibre remarquable qui renoue pendant près de deux heures avec les enseignements de la Quatrième dimension. Une sorte de bénédiction dans l’uniformité hollywoodienne.

Looper 1 Looper (Rian Johnson, 2012)

Looper est un film polymorphe et synthétique bâti autour du concept de paradoxe temporel, exercice on ne peut plus casse-gueule de par la précision d’écriture qu’il nécessite. Sur ce point, Rian Johnson frappe très fort avec un tissu narratif à la fois complexe et au final limpide, se prêtant tout à fait au jeu préféré des geeks hardcores : la quête de l’incohérence. A la première vision Looper semble ne souffrir d’aucune faute dans sa trame, et ce même s’il adopte le parti-pris du futur unique. En cela le film joue la carte de la sécurité, le voyage dans le passé et sa modification ne crée pas de futur alternatif (et ses combinaisons infinies), ce qui ne l’empêche pas de toucher à quelque chose d’assez vertigineux dès lors qu’il fait se rencontrer dans une même temporalité un personnage et son double venu du futur. Toutefois, Looper n’est pas un simple exercice de style autour du paradoxe temporel, il l’utilise comme moteur narratif pour articuler sa dystopie dans un univers qui se situe dans la veine de celui des Fils de l’homme. Un futur proche désabusé construit sur une multitude de détails parvenant à créer un environnement tangible. On n’est pas là face à de la science-fiction grandiloquente avec l’exploration de cités verticales, même si la ville futuriste reste en arrière-plan, pour se concentrer sur une population livrée à elle-même (il n’y a aucun signe visible d’autorité si ce n’est celle des bad guys à la solde du mafieux local brillamment interprété par Jeff Daniels). Un monde entre le film néo-noir, le post-apocalyptique et le western urbain, avec un peuple ayant adopté la violence comme moyen d’expression, où un vol se traduit par une exécution immédiate et expéditive au shotgun dans le dos. Comme dans tout film de SF qui se respecte, Looper contient un important message politique et social, sur lequel Rian Johnson n’appuie jamais plus que nécessaire, se contentant de traiter la chose par la simple narration visuelle. Concrètement, ce futur est la conséquence claire et nette d’une société détruite de l’intérieur par le port d’armes et l’inefficacité de la justice, logiquement dominée par les porte-flingues. Cet univers de violence permanente permet à l’auteur d’établir son récit tortueux autour du concept de destinée, sorte de quête initiatique d’un voyou qui se retrouve face à la personnification d’une rédemption à laquelle il n’a pas envie de croire.

Looper 2 Looper (Rian Johnson, 2012)

Si l’ombre de Terminator de James Cameron est évidente, et majeure, ou même celle de L’armée des 12 singes de Terry Gilliam, Looper construit sa propre identité et sa propre mythologie à travers un traitement proche de celui de Quentin Tarantino ou des Wachowski, à savoir une approche essentiellement cinéphile de motifs parfaitement digérés et intégrés à une œuvre qui, sous couvert d’en appeler à une multitude d’autres, se révèle tout à fait singulière. Looper adopte une patine anachronique qui fait ressembler le film à quelque chose de produit pendant le Nouvel Hollywood, par sa photographie terne, son sens du cadre et ses travellings imposants, une filiation confortée par une approche de la mise en scène qui flirte avec les polars de Martin Scorsese ou Don Siegel pour, d’une séquence à l’autre, évoluer vers le traitement du polar façon Hong Kong des années 90 ou le western. Une liberté totale ponctuée d’éclairs de violence, de plans séquences grandioses, ou tout à coup d’une dilatation du temps simplement par un choix de cadrage et un léger mouvement de zoom, appliquant les idées de mise en scène de Johnnie To en la matière. Tout cela, grâce à un découpage très précis, fait de Looper une sorte de néoclassique osant la synthèse de cinémas profondément opposés et qui se marient avec une fluidité miraculeuse. Rian Johnson n’en oublie pas de proposer un spectacle essentiellement ludique, notamment à travers des ressorts narratifs aussi artificiels en apparence qu’essentiels par leur exécution et leur logique au sein du procédé général. Ainsi, l’impressionnante séquence de flash forward passe du pur exercice de style un peu frimeur à un motif fondamental de sa sa narration, Looper osant aborder un thème trop souvent laissé de côté chez les autres : le souvenir. En opposant présent dystopique et futur, il fait naître un motif de miroir entre le héros et son moi futur, le premier luttant pour son avenir et l’autre pour ses souvenirs, chaque acte effectué affectant l’un et l’autre. Une telle approche nécessite un traitement chirurgical, et c’est bien ce qui fonctionne. A cela s’ajoutent les interprétations incroyables d’un Joseph Gordon-Levitt dont on oublie rapidement les prothèses faciales et d’un Bruce Willis qui n’avait plus autant impressionné depuis bien longtemps (et qui retrouve dans le final une tenue similaire à celle qu’il portait dans Pulp Fiction, au cas où la filiation avec la philosophie tarantinesque n’était pas assez claire). Tous deux sont aussi à l’aise dans l’action pure que dans l’émotion, car Looper est également un film qui a du cœur comme peu en ont, avec notamment un final déchirant et amené grâce à une logique implacable. Rian Johnson manie à merveille son mélange des genres (qui va jusqu’à se réapproprier des éléments de manga dans le surréalisme de certains objets ou dans un personnage clé qui n’est autre qu’une relecture du Tetsuo d’Akira), jongle intelligemment avec l’utilisation de l’ellipse et d’une approche plus frontale, faisant de Looper une série B de luxe comme on avait perdu l’habitude d’en voir, merveilleusement exécutée, bourrée d’idées géniales et d’une cohérence absolue. A tel point qu’on lui pardonne quelques petites facilités, dont une relation pas vraiment nécessaire pour faire avancer l’intrigue, mais qui répond également à une logique de cet univers. Espérons que Rian Johnson persiste dans la SF et renvoie tous les Paul WS Anderson et Len Wiseman dans le placard de la honte. On ne le répètera jamais assez, Looper est un petit miracle.